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Le chef de la diplomatie allemande a proposé le 8 juin à l’Union européenne de supprimer le droit de veto des États membres pour améliorer la capacité d’action de Bruxelles. Florian Philippot, le président des Patriotes, y voit surtout un projet pour renforcer la domination de Berlin.

«C’est un coup de force sur ce qu’elle considère de plus en plus comme son empire et qui est, de fait, de plus en plus son empire. […] C’est un coup de force pour mettre l’Europe à sa botte et imposer encore plus ses vues», s’insurge Florian Philippot.

La déclaration du ministre allemand des Affaires étrangères de ce 8 juin, proposant de supprimer le droit de veto dont dispose chacun des États membres de l’UE, n’a pas fait que des heureux. Elle a même provoqué un tollé dans le camp des souverainistes, de François Asselineau, de Julien Aubert jusqu’au président des Patriotes. Car selon ces derniers, la mise en place de ce projet représente un pas de plus vers la domination allemande de l’Europe.

Heiko Maas justifie sa proposition afin que l’Europe ne soit plus «prise en otage» dans ses capacités d’action par ceux «qui paralysent la politique étrangère européenne avec leurs vetos». Il faisait notamment référence aux récents vetos hongrois sur une déclaration critique envers la Chine et sur un appel au cessez-le-feu entre Israël et la Palestine. Mais pour Florian Philippot, «quand la puissance dominante dit qu’elle veut supprimer le droit de veto, c’est forcément à son avantage».

«Pas du tout un projet européen»

On l’aura compris, le partisan du Frexit est très remonté contre cette proposition qui servirait les intérêts de l’outre-Rhin sous couvert de logique d’intégration fédérale. Ça «n’est pas du tout un projet européen», estime-t-il, accusant Berlin de défendre ses propres intérêts. «À la limite, on ne peut pas leur en vouloir», convient-il. Ainsi est-ce davantage aux dirigeants français qu’il en veut, ceux-ci étant à ses yeux coupables de «trahir systématiquement les nôtres».

«Concrètement, quand la puissance dominante a tous ces énormes instruments de pression, au-delà de son seul poids démographique, pour agir sur d’autres pays, sur un cercle de pays qu’elle contrôle, on sait très bien que cela va servir son intérêt national.»

Plus grande économie européenne et de loin, l’Allemagne dispose de moyens aujourd’hui considérables pour parvenir à ses fins politiques. Elle dispose ainsi d’un Hinterland (arrière-pays) continental permis par les élargissements successifs de l’UE, c’est-à-dire les pays de la Mitteleuropa, dont la Hongrie, la Tchéquie et la Pologne. Des États dépendants des usines allemandes sur leur territoire, qui constituent une zone d’influence conséquente pour obtenir une majorité relative, suffisante pour l’emporter au Conseil européen.

Beau joueur, le ministre allemand des Affaires étrangères a défendu son initiative «même si cela signifie que nous pouvons être mis en minorité». Mais Florian Philippot n’y croit pas une seconde, «tout ça, c’est pour faire bonne figure», dénonce-t-il. À la volonté affichée de Heiko Maas d’éviter la menace d’une «Europe à deux vitesses», le souverainiste répond du tac au tac que «l’Allemagne veut une Europe à une seule vitesse, la vitesse allemande».

​Et celui-ci d’énumérer les grandes politiques européennes qui pour lui ont déjà été adoptées de façon à servir les intérêts allemands. L’Allemagne a «modelé l’Union européenne pour en faire sa chose de manière très consciencieuse». C’est d’abord et surtout l’euro qui est «en fait le mark». Si François Mitterrand avait lourdement insisté pour instaurer la monnaie unique, Berlin n’avait accepté ce projet fédéraliste qu’à la condition de le germaniser. L’euro a ainsi été arrimé à une banque centrale indépendante à Francfort, dirigée par des gouverneurs soucieux de lutter contre une inflation qui permet de soutenir la compétitivité allemande. «C’est une monnaie qui sert les intérêts allemands», considère-t-il. Avec le marché unique institué en 1986 par le Français Jacques Delors, Berlin a pu développer une politique commerciale de libre-échange qui lui a permis de «vendre ses voitures et ses machines outils». Et plus récemment, sur le projet laborieux du SCAF, l’avion de combat franco-germano-espagnol, où l’Allemagne réclame le leadership, «c’est cohérent, elle dégaine dans tous les sens», considère le président des Patriotes, un brin admiratif.

Le veto, fer de lance de la souveraineté nationale?

Cependant, comme l’a rappelé Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, lui-même partisan de la fin du droit de veto, l’unanimité est paradoxalement nécessaire entre les 27 pour arriver à sa suppression. Mais «tout est possible», estime Florian Philippot, appelant à se méfier. En effet, le ministre allemand des Affaires étrangères n’a «pas dit ça au hasard». Dès son investiture, la présidente allemande de la Commission, Ursula Von der Leyen, avait promis une «Commission géopolitique», il n’en a pour l’instant rien été. Car la politique extérieure de l’Union européenne est soumise entièrement à l’unanimité, à l’instar de la fiscalité. De ce système découle la possibilité qu’un pays utilise son veto pour bloquer, retarder ou atténuer des prises de position européennes.

Interrogé en février par Sputnik, Édouard Husson, professeur à l’Institut franco-allemand d’études européennes, observait que l’UE ne «peut absolument pas être prise au sérieux» sur le plan diplomatique et qu’«il n’y a pas de puissance européenne». Celui-ci évoquait les sanctions prises à l’égard de la Russie, des mesures «pas extrêmement étendues». La faute –ou grâce– à un «un très laborieux compromis» entre les différents membres de l’Union. Favorable à une levée des sanctions, l’Italie s’opposait ainsi à Berlin qui maintient des «positions très antirusses».

Mais ce sont plutôt la Hongrie et la Pologne qui sont actuellement dans le collimateur de Berlin. Depuis juillet 2020 et l’accord sur le plan de relance de 750 milliards d’euros, ces deux pays ont constamment menacé d’y apposer leur veto, reprochant à Bruxelles la conditionnalité de ces aides au respect de l’État de droit. Ce constat de la paralysie du plan de relance, voire de l’Union européenne tout entière, aura certainement fait pencher la balance des indécis. Une opposition qui n’aura toutefois «pas duré», relève Florian Philippot, voyant ainsi dans ce projet de suppression du droit de veto la volonté de «se débarrasser de toutes les possibles résistances contre un projet de domination». «La souveraineté» des États membres repose ainsi pour lui sur cette unanimité qui permet à chaque pays de mettre son veto.

«Ce qu’avait négocié de Gaulle lors du compromis de Luxembourg, c’était le maintien de l’unanimité. Mais on ne pourra plus rétablir l’unanimité sur tous les sujets au sein de l’UE. Donc évidemment, la seule solution, c’est de quitter l’UE.»

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Tags:
souverainisme, Florian Philippot, Allemagne, monnaie, Traité de Maastricht, Union européenne (UE)
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