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L’UEFA a refusé l’illumination du stade de Munich aux couleurs arc-en-ciel pour le match Allemagne-Hongrie, initiative proposée par la mairie en réaction à la loi hongroise interdisant la «promotion de l’homosexualité». L’autorité du football européen refuse toute politisation, souligne Kévin Veyssière, spécialiste de la géopolitique du sport.

Le service communication de l’UEFA ne chôme pas durant l’Euro.

Entre le maillot ukrainien antirusse, les génuflexions antiracistes de plusieurs équipes et la proposition d’illuminer l’Allianz Arena de Munich aux couleurs arc-en-ciel, l’organisation internationale essaie d’éteindre toute polémique.

L’UEFA «doit décliner» la demande de Dieter Reiter, maire de Munich, d’arborer les couleurs de la cause LGBT à l’occasion du match Allemagne-Hongrie ce 23 juin. L’initiative allemande visait l’adoption de la loi hongroise interdisant «la promotion de l’homosexualité» auprès des mineurs. «De par ses statuts, l’UEFA est une organisation politiquement et religieusement neutre», a expliqué la confédération européenne dans son communiqué transmis à Sputnik. Le RainbowGate était lancé.

L’UEFA refuse de viser la Hongrie

«L’initiative munichoise consistait à éclairer le stade aux couleurs de la cause LGBT en réaction à une décision du Parlement national hongrois», observe Kevin Veyssière, auteur de Football Club Geopolitics (Éd. Max Milo), qui comprend un tel arbitrage de l’UEFA. La mise en place de cette illumination pour la réception des Hongrois aurait en effet, selon lui, remis «en cause la décision d’un pays» et de son Parlement ce qui aurait «ouvert la boîte de Pandore». Un précédent qu’il aurait été par la suite impossible à maîtriser.

«Si l’UEFA prend parti, cela signifierait qu’elle prend parti contre la Hongrie, elle ne peut pas se le permettre. L’UEFA reste une organisation avec des fédérations nationales. Cela signifierait qu’elle prenne parti pour un pays et pas forcément pour un autre.»

En d’autres termes, l’organisation dirigée par le Slovène Aleksander Čeferin n’a pas à s’ingérer dans les relations interétatiques, en l’occurrence entre l’Allemagne et la Hongrie. Si l’UEFA promeut régulièrement des campagnes en faveur des droits de l’homme et des minorités, celle-ci a estimé qu’il n’était pas dans ses prérogatives d’intervenir davantage dans le champ politique.

«Compte tenu du contexte politique de cette demande spécifique –un message visant une décision prise par le Parlement national hongrois– l’UEFA doit décliner cette demande», pouvait-on lire dans le communiqué.

Une réponse qui en a déçu certains. Clément Beaune, secrétaire d’État français aux Affaires européennes, a déclaré regretter le refus de l’UEFA, estimant que cela «aurait été un symbole très fort». Affirmant partager totalement les valeurs de tolérance promues par l’initiative, l’instance européenne ne peut néanmoins pas accepter de véhiculer un message visant spécifiquement un pays ou un gouvernement:

«L’UEFA, c’est 55 fédérations nationales. Elle est obligée d’être consensuelle, parce que différents intérêts nationaux entrent en ligne de compte. Même si les différentes fédérations nationales s’occupent de sport, il s’agit d’organes extrêmement politiques dans chaque pays, car il est très important de participer à l’Euro et d’y faire bonne figure.»

La proposition de la municipalité munichoise d’envoyer «un signe visible de solidarité avec la communauté LGBTI de Hongrie» avait fait bondir Budapest. C’est donc avec soulagement que le ministre hongrois des Affaires étrangères a appris la nouvelle: «Dieu merci», les dirigeants du football européen ont fait «preuve de bon sens» en ne participant pas à ce qui aurait été selon ses dires «une provocation politique envers la Hongrie.» Le chef de la diplomatie hongroise avait jugé «extrêmement nuisible et dangereux de mélanger sports et politique.» Et Peter Szijjarto de tacler l’offensive germanique, affirmant que «l’expérience historique montre que c’est une mauvaise chose et plus que quiconque, les Allemands le savent bien.»

​Si Berlin a indiqué que la décision revenait notamment à la fédération allemande, le porte-parole du gouvernement allemand a déclaré que la loi hongroise était contraire aux valeurs européennes.

Le Rainbow flag sera de toute façon présent dans le stade

Toutefois, le drapeau arc-en-ciel sera bel et bien visible ce 23 juin à l’Allianz Arena. Symbole de sa position inextricable, l’UEFA a autorisé Manuel Neuer, le gardien de but et capitaine de l’équipe allemande de football à arborer le brassard arc-en-ciel qu’il porte depuis le début du tournoi. Alors que l’instance européenne avait lancé une procédure d’enquête contre le portier, celle-ci a fait machine arrière indiquant que ce geste «promeut une bonne cause». Le porte-parole de la Mannschaft, la sélection allemande, a précisé que celui-ci ne visait pas particulièrement Budapest, mais qu’il était un «signe d’adhésion» de l’équipe allemande aux «valeurs de diversité, d’ouverture, de tolérance, contre la haine et les discriminations.» Kevin Veyssière distingue les deux initiatives, dont le degré justifierait deux décisions distinctes:

«Un brassard, c’est l’image de l’équipe nationale qui est en jeu. Cela concerne moins l’UEFA, même si ça reste un match de l’Euro. Mais l’illumination du stade reste quand même bien plus importante qu’un brassard.»

Mais Manuel Neuer ne sera pas le seul. Les organisateurs de la marche des fiertés de Munich, associés à Amnesty International, prévoient de distribuer 11.000 drapeaux aux spectateurs du match. La municipalité bavaroise a également indiqué qu’elle allait pavoiser plusieurs de ses bâtiments aux couleurs arc-en-ciel. Souhaitant contenter tout le monde, l’UEFA a ainsi proposé d’illuminer l’Allianz Arena aux couleurs de l’arc-en-ciel un autre jour, soit le 28 juin, soit début juillet.

Avant le début de la compétition, c’est le choix du maillot ukrainien qui avait fait scandale avec la présence de deux slogans «Gloire à l’Ukraine! Gloire aux Héros» ainsi qu’une carte du pays incluant la Crimée. Une référence claire aux slogans des fascistes ukrainiens qui ont collaboré avec l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale, devise reprise plus tard par certains manifestants de Maïdan en 2014. L’UEFA avait tranché le 10 juin dans le vif, en priant Kiev de masquer les mots «Gloire aux héros», l’instance avait jugé la mention clairement de «nature politique».

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Tags:
LGBT, Viktor Orban, Clément Beaune, Allemagne, Hongrie
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