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Assassinat du Président haïtien (17)
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Un Premier ministre en partance qui déclare l'état de siège, le président du Sénat désigné par huit de ses pairs pour assurer l'intérim: l'assassinat du président d'Haïti mercredi a agravé la crise institutionnelle dans laquelle était déjà plongé ce pays pauvre des Caraïbes depuis des mois.

Le pouvoir exécutif haïtien brutalement affaibli par le meurtre du chef de l'Etat a mis les deux autres -- législatif et judiciaire -- à l'épreuve.

Jovenel Moïse n'ayant pas organisé d'élections depuis son arrivée au pouvoir en 2017, les mandats des parlementaires haïtiens sont arrivés à expiration sans que leurs successeurs ne soient désignés. Haïti ne compte donc plus, depuis janvier 2020 et la fin du mandat des députés et de la majorité des sénateurs, que dix représentants nationaux élus, soit le tiers du Sénat.

Et le pouvoir judiciaire n'est pas beaucoup mieux loti: l'administration de Jovenel Moïse n'a pas non plus proposé de juges pour remplacer les membres du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire dont les mandats de trois ans arrivaient à leur terme, laissant un Conseil aux rangs dégarnis et dont le président est décédé du Covid-19 en juin.

«En ce qui a trait à la Constitution, il n'y a pas de possibilité de trouver une solution (à la crise politique actuelle, ndlr) car Jovenel Moïse et son équipe avaient bien pris le soin de démanteler toutes les institutions. Que l'on se tourne vers le Parlement ou l'appareil judiciaire, il n'y a rien», résume Marie Rosy Auguste Ducena, avocate pour le Réseau national de défense des droits humains.

Le Premier ministre en charge des affaires courantes

Quelques heures après l'assassinat, Claude Joseph, Premier ministre depuis avril, s'est déclaré en charge des affaires courantes, en déclarant notamment l'état de siège dans le pays pour 15 jours, disposition qui renforce les pouvoirs de l'exécutif.

«La Constitution est claire. Je dois organiser des élections et transmettre le pouvoir à quelqu'un d'autre qui ait été élu», a-t-il par ailleurs déclaré lors d'un entretien diffusé samedi sur la chaîne américaine CNN.

En Haïti, la Constitution prévoit certes que le Premier ministre assure l'intérim en cas d'empêchement du président, mais Jovenel Moïse avait nommé deux jours avant sa mort un nouveau chef de gouvernement, Ariel Henry. Cette nomination, enregistrée lundi au Journal officiel, a conduit certains observateurs à remettre en question la légitimité de Claude Joseph.

Dans ce contexte, huit des dix sénateurs encore en fonctions ont signé vendredi soir une résolution offrant au président du Sénat, Joseph Lambert, le titre de président provisoire de la République.

«On ne peut pas nier que les dix sénateurs sont les dix seuls élus restants mais il est évident qu'ils ne sont pas représentatifs de la population», critique la militante Emmanuela Douyon.

Et la personnalité de Joseph Lambert, un politicien expérimenté, est loin de faire l'unanimité en Haïti, où il a «toujours été décrié», selon Marie Rosy Auguste Ducena.

Haïti demande d'envoyer des troupes

Le gouvernement haïtien a indiqué vendredi avoir demandé aux Etats-Unis et à l'ONU d'envoyer des troupes en Haïti afin d'aider à sécuriser des sites stratégiques, comme les ports et les aéroports, de crainte qu'ils ne soient sabotés après l'assassinat de Jovenel Moïse.

Un appel qui semble faire écho aux années d'occupation américaine entre 1915 et 1934, initiée suite à l'assassinat du président haïtien de l'époque, Vilbrun Guillaume, et jugé inutile par de nombreux observateurs.

«On a eu la Minustah (une mission de l'ONU de 2004 à 2017) pendant toutes ces années et après son départ, regardez ce que nous sommes en train de vivre: une gangstérisation quasi complète du territoire national», déplore Emmanuela Douyon.

La mainmise des gangs sur Haïti s'est aggravée depuis le début de l'année. Depuis juin, des affrontements entre bandes armées dans l'ouest de la capitale ont poussé des milliers d'habitants des quartiers pauvres à fuir leur logement.

L'émissaire de l'ONU en Haïti apporte son soutien

De facto à la tête d'Haïti depuis mercredi, Claude Joseph a reçu le soutien d'Helen La Lime, émissaire de l'ONU en Haïti, mais cette prise de position irrite les acteurs de la société civile haïtienne.

«Ça n'est pas une représentante des Nations unies qui doit dire "Voilà qui est en charge": ça rappelle les périodes coloniales et personne n'a envie de revivre ça», souligne Emmanuela Douyon.

«Après Black Lives Matter, après tous ces mouvements pour demander la réparation de l'esclavage, ça n'est pas le moment pour des forces étrangères de montrer qu'ils essaient d'imposer des solutions aux Haïtiens», estime la militante.

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Haïti, ONU, président, meurtre
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