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L’État mélanésien de Vanuatu propose d’acquérir sa nationalité pour 130.000 dollars. Les profils des acquéreurs varient, mais beaucoup ont eu des démêlés judiciaires. L’UE se dit préoccupée.

Alors que tous les regards sont braqués sur la Nouvelle-Calédonie, à l’aube d’un ultime référendum d’autodétermination qui aura lieu le 12 décembre, l’État voisin de Vanuatu commence aussi à faire parler de lui.

L’archipel a en effet décidé de mettre en vente des «passeports dorés» permettant d’acquérir sa nationalité, pour la modique somme de 130.000 dollars, rapporte le Guardian. Depuis 2020, plus de 2.000 clients se sont déjà manifestés. Le quotidien britannique a pu en obtenir la liste.

Parmi eux se trouvent quelques hauts responsables politiques, comme l’ancien Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj, ou Alaa Ibrahim, gouverneur dans la banlieue de Damas et proche du clan Assad. Mais aussi des personnalités moins recommandables, comme le célèbre escroc Gianluigi Torzi, accusé d’avoir soutiré 15 millions d’euros au Vatican.

«La plupart font l’objet d’allégations, d’enquêtes et de procédures judiciaires en cours. Quelques-uns ont fait l’objet de poursuites seulement après avoir obtenu la citoyenneté de Vanuatu… S'il y a des condamnations substantielles, leur citoyenneté peut être révoquée», explique ainsi au Gardian Floyd Mera, directeur de la Financial Intelligence Unit de Vanuatu.

Il faut dire que le programme de citoyenneté par investissement (CPI) de l’archipel présente quelques avantages. Il est d’abord l’un des plus rapides et des moins onéreux du monde, à en croire les agences qui le commercialisent. Mais il permet surtout de profiter d’une fiscalité très accommodante, ce qui a pour conséquence de favoriser les trafics et l’implantation des syndicats du crime.

«Les lois fiscales de Vanuatu, presque dignes d'un paradis fiscal, le rendent très attrayant pour le blanchiment d'argent […] Cela permet de tisser des réseaux dans le Pacifique, qui tend de plus en plus à devenir une plaque tournante de la drogue», déclare au Guardian Jose Sousa-Santos, chercheur en politiques publiques du Pacifique.

L’UE hausse le ton

Les «passeport dorés» ont en outre l’intérêt d’ouvrir les portes du Royaume-Uni et de l’Union européenne sans visa. Bruxelles a d’ailleurs fait part de ses préoccupations sur le sujet aux autorités de Vanuatu, les incitant à intensifier leurs vérifications d’antécédents avant l’octroi de la nationalité.

Malgré ces mises en garde, en 2021, l’État insulaire continuait de vendre ses précieux passeports à des personnalités ayant eu des démêlés avec la police dans leur pays d’origine, relate le Guardian.

L’archipel y trouve son compte puisque ces ventes, au demeurant légales, lui ont rapporté plus de 116 millions de dollars l'an passé, soit 42% de ses recettes publiques pour cette même année. Une rentrée de fonds non négligeable pour l’un des pays les plus pauvres de la région, dont le PIB par habitant est estimé à 2.780 dollars, selon la Banque mondiale.

La République de Vanuatu est en particulier fréquemment en proie aux séismes et aux tsunamis. En 2015, le cyclone Pam avait ravagé l’archipel et sa capitale Port-Vila, causant la mort de 16 personnes.

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Tags:
crime organisé, évasion fiscale, Océanie, Vanuatu, passeport
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