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Une propagation fulgurante du Covid-19, des pénuries alimentaires et énergétiques et maintenant des manifestations antigouvernementales: Cuba va mal. Une situation périlleuse que le député François-Michel Lambert attribue aux actions du gouvernement américain. Entretien.

«La vérité, c’est que Cuba a faim. Cuba a faim quasi exclusivement à cause d’un embargo que mènent les États-Unis depuis soixante ans, qui a été aggravé sous la période Trump. L’ancien Président américain a pris 243 mesures contre Cuba, une tous les quatre jours de son mandat», dénonce le député François-Michel Lambert.

Et cela n’est pas près de s’arrêter. Washington a annoncé le 23 juillet de nouvelles sanctions financières ciblées contre le ministre cubain de la Défense, Alvaro Lopez Miera, et une unité spéciale de police pour la «répression» des «manifestations pacifiques et prodémocratie» du 11 juillet à Cuba, tout en menaçant l’île de nouvelles mesures punitives.

Lignes rouges –Jean-Baptiste Mendes reçoit François-Michel Lambert, député du Groupe Libertés et territoires et président du groupe d’amitié France-Cuba.

Sous le double effet de la pandémie et du renforcement de l’embargo «le plus long de toute l’histoire de l’humanité», l’économie cubaine s’est contractée de 11% en 2020. Même si Cuba ne recense seulement que 2. 019 décès liés au coronavirus, elle connaît ce mois-ci une «augmentation dramatique» des cas dans plusieurs de ses provinces, selon l’Organisation panaméricaine de la santé.

Crise à Cuba, la lourde responsabilité des USA

Scandant «à bas la dictature!», «qu’ils s’en aillent!», «liberté!», quelques milliers de manifestants ont bravé les interdictions et défilé le 11 juillet dans les rues de La Havane et d’autres villes du pays. On l’aura compris, la population est excédée par les pénuries, les coupures de courant quotidiennes et les restrictions d’approvisionnement.

Une crise globale dont Washington est largement responsable, estime le parlementaire, qui préside le groupe d’amitié France-Cuba de l’Assemblée nationale:

«Il y a des choses à critiquer sur le régime en place à Cuba comme tout autre pouvoir, mais il y a avant tout une réalité. Ce sont les choix de l’empire américain, je pèse mes mots, de récupérer ce qui, pour eux, ne devrait être qu’un Porto Rico, c’est-à-dire une île dans la galaxie des USA […] Que les États-Unis ne viennent pas nous raconter des histoires, ce sont eux qui affament et qui empêchent le peuple cubain de vivre.»

L’aide humanitaire vis-à-vis de Cuba tombe sous le coup de l’embargo américain. Et notre interlocuteur d’évoquer les dons d’une ONG suisse à destination de La Havane qui ont été bloqués, car l’assureur du transport «était lié à des intérêts américains». Au début de la crise sanitaire, c’est un avion du géant chinois Alibaba contenant des respirateurs qui «n’a pas pu se poser à Cuba» en raison de l’extraterritorialité des sanctions américaines. Troisième exemple, c’est l’ambassade cubaine à Paris qui s’est vu notifier par sa banque française que ses comptes seront clos d’ici six mois.

Une nouvelle tentative de changement de régime?

Le 9 juillet, l’autorité nationale cubaine de régulation des médicaments (Cecmed) a ainsi autorisé l’utilisation en urgence du candidat-vaccin cubain Abdala, dont l’efficacité est évaluée à 92,28%. Si La Havane a développé plusieurs vaccins contre le Covid-19, l’île n’a «pas les moyens d’acheter» ni «l’autorisation d’importer» des seringues, des flacons, des adjuvants, «ce qui est encore pire», car les transactions sont en dollars.

François-Michel Lambert a déposé au bureau de l’Assemblée nationale un projet de résolution ce 21 juillet demandant la levée du blocus contre l’île afin de lui permettre de produire des vaccins contre le Covid-19. Alors que Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a appelé au calme et au dialogue, le député juge les positions française et européenne sur Cuba «d’une faiblesse et d’une soumission inacceptables».

«Quelles réponses apportons-nous? Aucune. Est-ce que l’UE a mis en place une task force, des moyens pour contrer ces lois extraterritoriales et pour dire aux États-Unis que ce n’est pas acceptable et pour les sanctionner à hauteur?»

Portant ainsi une lourde responsabilité dans cette crise, les États-Unis seraient également «à la manœuvre» dans l’organisation des rassemblements du 11 juillet. Dressant un parallèle avec le réseau d’espionnage tentaculaire Pegasus de l’Israélien NSO, le parlementaire est certain de l’implication américaine. «Qui peut croire le contraire? Vous pensez qu’ils ne mettent pas tous les moyens possibles?», s’emporte-t-il. Le hashtag #SOSCuba, lancé début juillet, est notamment pointé du doigt. Contacté par l’AFP, Julian Macias Tovar, expert espagnol en réseaux sociaux, n’a noté que 5.000 tweets entre le 5 et le 8 juillet accompagnés de cette mention. Puis 100.000 le 9, 500.000 le 10, 1,5 million le 11 et deux millions le 12, poursuit-il. Des comptes souvent faux ou automatisés, qui auraient déjà été employés «pour attaquer [le Président mexicain, ndlr] Andrés Manuel López Obrador, le gouvernement argentin et le gouvernement espagnol», tous de gauche.

Influence US à Cuba, un air de déjà-vu

Et François-Michel Lambert appelle à lire en creux les déclarations de Joe Biden demandant à ce qu’Internet soit rétabli et accessible pour tous les Cubains. C’est-à-dire, selon le député, de «pouvoir transmettre des influences et des influenceurs pour stimuler, encourager des personnes qui sont prêtes à se retourner contre leurs propres dirigeants». Dans une note du CF2R (Centre français de recherche sur le renseignement) publiée le 18 juillet, Alain Rodier, ancien officier supérieur, confirme d’autre part que les États-Unis ont «toujours maintenu des réseaux d’influence» dans l’île caribéenne.

Le Président cubain Miguel Diaz-Canel s’est empressé d’y voir une tentative américaine de changement de régime, estimant que les États-Unis avaient «échoué dans leurs efforts pour détruire Cuba». Même ton adopté par les gouvernements latino-américains de gauche, de la Chine ou encore de la Russie, dont la diplomatie a mis en garde contre toute «ingérence étrangère» qui favoriserait «la déstabilisation de la situation sur l’île».

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Cuba, Biocubafarma, embargo contre Cuba, États-Unis, sanctions
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