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L’arrivée récente de 130 Français en Terre sainte permet à l’exécutif israélien de saluer une hausse de l’immigration hexagonale. Sans y voir une nouvelle tendance, l’écrivain franco-israélien Marco Koskas réfléchit aux raisons qui peuvent pousser les Juifs de France à prendre la voie de l’exil.

Ils sont désormais 1.884 Français ayant rejoint Israël depuis le début de 2021. Ce 4 août, la presse israélienne faisait part de l’arrivée de 130 nouveaux immigrants en provenance de France.

Installé en Israël dix ans auparavant «pour des raisons personnelles», l’écrivain franco-israélien Marco Koskas «ne peut pas dire qu’il constate un désir des juifs français d’émigrer plus grand qu’avant». Si la ministre israélienne de l’Immigration et de l’Intégration note une augmentation des arrivées de 116% en 2020 par rapport à l’année précédente en provenance de France, l’auteur d’Ivresse du reproche (Éd. Fayard), souligne que s’il y a «augmentation, c’est qu’on est passé de 1.200 à 3.000. Ce sont des chiffres très petits quand même, très modestes».

Affaire Halimi, «un moment de grand désarroi pour la communauté juive»

L’alya, comme on nomme l’immigration vers Israël, a toujours été, d’après l’écrivain franco-israélien, «un horizon pour les Juifs», teinté d’un «mélange de sentiments, de fantasmes, de décisions». Et la motivation peut venir d’un fait concret, tel que de «ne pas pouvoir se fier à la justice, qui devrait dire la loi et condamner les fautifs». La décision de la magistrature française dans l’affaire Sarah Halimi, dont l’assassin a été jugé irresponsable de ses actes, «parce qu’il avait fumé du haschich avant de la torturer et défenestrer», a particulièrement marqué les esprits. La confirmation du verdict en avril 2021 par la Cour de cassation «a été un moment de grand désarroi pour la communauté juive», déplore notre interlocuteur.

La communauté juive ne reste pas extérieure au problème d’insécurité, dont témoigne le bilan analytique de la délinquance paru en juillet dernier. Pour Marco Koskas, l’affaire Sarah Halimi focalise le sentiment d’insécurité «qui domine dans la communauté juive française».

«Il y a un sentiment aussi que d’une manière générale, tous les gouvernements qui se succèdent n’ont d’autre préoccupation que de contenir la violence des banlieues, y compris au prix de la sécurité des Juifs».

Pour l’auteur de Bande de Français (autoédité, diffusé sur Amazon), «on a l’impression que les pouvoirs publics en général depuis 30 ans −depuis Chirac en tout cas− font du calme dans les banlieues et de l’espoir de pacification des banlieues le sujet numéro un de leurs préoccupations».

Le sentiment d’insécurité prime

Sans la juger «générale», Marco Koskas cite «une tendance très marquée» chez les jeunes Juifs: éviter de fréquenter les établissements scolaires publics du Seine–Saint-Denis, «parce que dans la plupart d’eux, la majorité est musulmane».

«Macron prétend lutter contre l’antisémitisme. Or, on ne voit aucune mesure concrète. Au contraire, on voit une magistrature qui s’imagine que rendre la justice c’est un jeu de l’esprit et qui déculpabilise le meurtre des Juifs», dénonce l’écrivain.

«Ça fait froid dans le dos», s’exclame Marco Koskas, qui oppose aux paroles publiques du Président de la République «la décision concrète» d’un «magistrat qui a pris la décision que l’assassin de Sarah Halimi était irresponsable de ses gestes».

Le fait que «le Président Macron, contrairement à son prédécesseur, n’a jamais mis les pieds en Israël en visite officielle» en dehors de sa présence à Jérusalem pour le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz en janvier 2020, lui parait significatif.

«Il est venu pour l’anniversaire de l’Holocauste, mais il n’est pas venu en Israël. En ne venant pas en visite officielle en Israël, il participe à la démonisation de l’État d’Israël auprès de la jeunesse musulmane de France», martèle Marco Koskas.

«Je ferai tout pour conjurer la solitude des Juifs de France», avait déclaré à l’époque Emmanuel Macron. Ce qui n’a pas empêché l’apparition d’un slogan antisémite lors des récentes manifestations anti-pass sanitaire.

Étoile jaune détournée

Pourtant, Marco Koskas «ne croit pas» que les derniers épisodes d’utilisation de l’étoile jaune par les opposants à la vaccination puissent influencer le désir des Juifs de quitter la France. L’auteur demeure toutefois très critique vis-à-vis «des ignares et des illettrés qui se servent du martyr juif pour faire avancer leurs thèses complotistes».

«Ça peut indigner les Juifs, surtout ceux qui ont de la famille disparue dans les camps, mais cela ne peut pas être une motivation pour l’alya. L’alya fait partie d’une autre conception», assure l’écrivain.

Il peut également y avoir des raisons pratiques à cette émigration, et le Covid-19 en fait partie. En janvier 2021, quand les pays européens s’essoufflaient sous les vagues pandémiques, Israël n’a dénombré aucune nouvelle contamination et aucun nouveau mort du coronavirus, pendant une assez longue période.

«Une dernière raison pour avoir envie d’immigrer, c’est qu’Israël s’est montré le champion de la lutte contre le Covid en arrivant à zéro malade il y a quelques mois. Pour les Juifs, c’est probablement une raison supplémentaire, bien que non essentielle», conclut Marco Koskas.

Aujourd’hui, les contaminations sont reparties à la hausse. Et Israël préconise une troisième dose de vaccin pour les personnes âgées et à risque, malgré l’opposition de l’Organisation mondiale de santé.

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Tags:
immigration, Israël, antisémitisme, France
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