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Le fils du célèbre politologue Zbigniew Brzezinski a été proposé par Joe Biden comme ambassadeur des États-Unis en Pologne. La décision a fait sensation en Europe de l’Est. Mais Varsovie l’a rejetée dans un premier temps. Le diplomate était considéré comme… polonais!

N’importe qui ayant vécu en Pologne connaît l’intransigeance administrative qui y règne et les blocages vétilleux qui en découlent. Nul n’y échappe. Pas même la Maison-Blanche! Il aura ainsi fallu «des mois d’arrangements procéduraux» pour lever l’obstacle à la nomination de Brzezinski comme ambassadeur à Varsovie!

Il ne s’agit pas ici de Zbigniew, célèbre conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, mais de son fils Mark. Du côté de la presse anglo-saxonne on préfère le présenter comme le frère de la coprésentatrice du talk-show Morning Joe… Quoi qu’il en soit, Mark Brzezinski a finalement été proposé le 4 août par Joe Biden en tant qu’ambassadeur extraordinaire plénipotentiaire (ambassadeur nommé par le Président des États-Unis et non par le département d’État), le plus grand honneur qui soit pour un diplomate américain. Une belle histoire qui aurait pu ne jamais voir le jour. En effet, si la validation de cette candidature par le Congrès ne devrait être qu’une formalité, recevoir l’aval de Varsovie n’aura pas été une promenade de santé comme l’a révélé le portail Onet.pl.

Mark Brzezinski, polonais malgré lui

Fort d’une carrière dans l’Administration Clinton, également conseiller de Barack Obama, puis ambassadeur en Suède, cet avocat de formation a tout pour plaire à Varsovie. Il parle polonais (et même français), a effectué une partie de ses études en Pologne, a reçu la plus haute distinction du pays (l'Ordre du mérite de la République de Pologne) des mains du Président Lech Kaczyński en 2009. Il présente toutefois un défaut de taille. Selon l’administration polonaise, il est polonais par ascendance. Un détail que dément le principal intéressé.

Or, impossible de devenir le représentant d’un État étranger au pays de Jean-Paul II en étant soi-même citoyen polonais. La période de vacance du poste, depuis le départ du dernier ambassadeur il y a près de sept mois, traduit l’ampleur du drame pour les autorités locales. Ces dernières exigent que Mark Brzezinski adresse au Président Andrzej Duda une demande d’abandon de sa nationalité polonaise. Démarche sans précédent, à laquelle se refuse le diplomate américain qui n’admet pas être polonais.

Derrière cette démarche tatillonne des Polonais, et quelque peu dégradante pour un dignitaire de haut rang, l’Administration américaine perçoit une autre motivation. Celle de l’humilier dans le contexte de rafraîchissement bilatéral qui, depuis l’élection de Joe Biden, sévit entre Varsovie et Washington.

Varsovie en froid avec l’Administration Biden

Connu pour avoir été particulièrement proche de Donald Trump, le gouvernement conservateur polonais ne cache pas sa déconvenue depuis l’arrivée au pouvoir des démocrates. Une «bouderie», aux yeux de journalistes français auxquels n’a pas échappé le «culte» qu’on voue habituellement à l’Oncle Sam sur les bords de la Vistule.

Les sujets de désaccord ne manquent pas. Au-delà des querelles sociétales ou du traitement des Russes, avec lesquels Washington voudrait se rapprocher, selon certains analystes, les Polonais doivent garder en mémoire les piques de Joe Biden à leur encontre durant sa campagne. En octobre 2020, le candidat démocrate avait ainsi mis dans le même panier la Hongrie, la Pologne et la Biélorussie, en tant qu’illustrations de la «montée des régimes totalitaires dans le monde». Un reproche mal vécu dans un pays qui soutient activement l’opposition biélorusse. L’aval fin mai de Joe Biden à la levée des sanctions contre Nord Stream 2, le gazoduc entre l’Allemagne et la Russie que n’a cessé de dénoncer Varsovie, n’a certainement pas arrangé les choses.

Si les Américains y ont vu un geste de mauvaise volonté de la part des Polonais, leurs diplomates ne sont pas les seuls à passer par les fourches caudines de Varsovie. L’Allemagne a récemment attendu trois mois avant de voir son candidat accepté, alors même qu’il présentait le pedigree à première vue idéal pour prendre ses quartiers en Pologne: ex-premier adjoint au secrétaire général de l’Otan, notoirement connu pour ses positions antirusses en tant qu’ambassadeur allemand à Prague. Bémol, le père de ce diplomate proposé par Berlin avait servi dans le bunker d’Hitler en avril 1945. Détail qui avait soulevé de «sérieuses réserves» au sein de l’exécutif polonais.

Le «droit soviétique» à la rescousse

Pour autant, les choses se sont arrangées pour Mark Brzezinski. Comme le relate Onet.pl, avocats et diplomates du ministère polonais des affaires étrangères ont trouvé une faille dans la législation de leur pays afin de permettre à Brzezinski de prendre ses fonctions d’ambassadeur des États-Unis. Ironie du sort pour ce descendant d’une famille d’aristocrates ayant fui le bolchévisme, son salut émane d’une loi soviétique des années 1960. Aux termes de ce texte, deux parents issus de deux pays du bloc de l’Est pouvaient choisir quelle nationalité donner à leur enfant.

Au cas où cette formalité n’aurait pas été remplie, à l’âge de 18 ans, le jeune devenait automatiquement citoyen du pays d'origine de la mère. Dans la mesure où la famille de Brzezinski n’a jamais entretenu la moindre correspondance avec l’administration soviétique au cours de la guerre froide, Mark est donc censé avoir pris la citoyenneté tchèque, pays d’origine de sa mère. Mark Brzezinski est attendu cet été à Varsovie. Il y prendra ses fonctions à l’automne après des vacances bien méritées au bout du bout d’un marathon bureaucratique à la polonaise…

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