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Le gouvernement Biden a ouvert ce mardi plus de 320.000 km2 à l’exploitation de gaz et pétrole dans le golfe du Mexique. Une décision en rupture avec le discours du Président Démocrate sur la protection de l’environnement, mais qui lui permet d’être « gagnant sur tous les tableaux », estime l’avocat Olivier Piton.

Joe Biden a 78 ans, mais les adducteurs encore souples pour le grand écart. Le lundi 30 août, l’équipe du Président américain a annoncé l’ouverture d’un Bureau du changement climatique et de l’équité en matière de santé. 24h plus tard, la même Administration annonçait son intention d’ouvrir des millions d’hectares de terres fédérales à la prospection pétrolière et gazière.

La décision, qui concerne quelque 80 millions d’hectares d’eau dans le golfe du Mexique et potentiellement des centaines de milliers d’autres sur la terre ferme, représente une franche rupture avec son discours sur la protection de l’environnement.

Gaz et pétrole à foison

Durant sa campagne, le candidat Démocrate avait fait vœu de mettre fin aux nouvelles concessions fédérales sur l’exploitation de pétrole et de gaz. Devenu entre-temps Président, il avait annoncé en janvier 2021 un moratoire sur les nouveaux forages pétroliers et gaziers sur les terres fédérales.

Mais au mois de juin, un juge fédéral de Louisiane, nommé par l’ancien président Donald Trump, a rendu une décision obligeant le gouvernement à obtenir l’approbation du Congrès pour instaurer ce moratoire, une mission apparemment impossible. Alors qu’elle aurait pu se contenter de ne pas mettre en vente ces terres riches en hydrocarbures, la Maison-Blanche a plutôt décidé de les remettre aux enchères. Cette vente pourrait permettre de produire jusqu’à 1,1 milliard de barils de pétrole brut et 4.400 milliards de mètres cubes de gaz naturel, selon un document de vente publié en ligne.

«C’est un classique de la gauche de gouvernement», constate maître Olivier Piton. «Ces Démocrates font des promesses durant les campagnes, mais dans la réalité, ils fonctionnent au pragmatisme. Ce n’est d’ailleurs pas le premier gouvernement sur la ligne “sociale-démocrate” à jouer cette carte-là, et ce ne sera pas le dernier», explique à Sputnik l’avocat, spécialiste des États-Unis.

L’auteur de La Nouvelle révolution américaine et Les Transgressifs au pouvoir –Emmanuel Macron et Donald Trump (Éd. Plon), note d’ailleurs que le Président Biden «a toujours été très flou» sur les mesures concrètes qu’il prendrait en faveur du climat.

Joe Biden a «refusé de soutenir le Green Deal»

Durant la campagne, celui-ci a en effet «refusé de soutenir le Green Deal», proposé par l’aile gauche du parti Démocrate, incarné par la jeune Alexandra Ocasio-Cortez.

«Joe Biden n’a pas donné son blanc-seing à un quelconque positionnement environnementaliste. Du fait de son discours, on lui prête des intentions qui n’ont jamais été la réalité, autre que réintégrer les États-Unis dans les accords de Paris, qui sont non contraignants», précise notre interlocuteur.

Malgré une surcommunication sur les enjeux liés au climat, la lutte contre le dérèglement climatique à la sauce Biden repose sur deux colonnes: le retour américain dans l’accord de Paris et atteindre des émissions nulles dans l’ensemble de l’économie au plus tard en 2050. Dans les deux cas, les objectifs s’avèrent pour le moins ambitieux, mais les moyens d’y parvenir n’ont pas encore été clairement définis.

Surtout, en restant ambigu sur la question climatique, Joe Biden conserve une marge de manœuvre politique lui permettant d’adopter une politique économique plus «pragmatique», quitte à la mener au détriment de l’environnement, comme c’est le cas avec cette récente décision concernant les explorations d’hydrocarbures dans le golfe du Mexique.

Biden, «gagnant sur tous les tableaux»?

Le schéma était exactement le même au nord de la frontière américaine en 2020 avec le Keystone XL pipeline. Là aussi, Justin Trudeau, Président libéral-démocrate, habitué des grandes phrases sur la protection de la planète, avait fait primer l’économique sur le politique malgré les importantes critiques venues de sa gauche.

Une stratégie qui ne dessert pas politiquement cette gauche de gouvernement.

«Biden est plutôt gagnant sur tous les tableaux. Ça lui permet de donner une image plutôt centriste et donc de rassurer les modérés.»

Sur sa droite, «l’opposition républicaine ne le critiquera pas trop pour cette décision.» Ceux-ci sont généralement «favorables à faire primer l’économie sur l’écologie

Le seul contrecoup politique que Biden pourrait viendrait de sa gauche.

«Les “usual suspects” vont se plaindre, mais que représentent-ils vraiment?», se demande Olivier Piton.

Des groupes de protection environnementaux proches de l’aile gauche du parti Démocrate ont déjà prévu une contre-attaque politique et judiciaire. En effet, ceux-ci ont déposé une plainte au niveau fédéral pour empêcher les possibles explorations d’avoir lieu.

«Cette vente est profondément décevante. L’Administration Biden s’est pliée à l’industrie pétrolière en s’appuyant sur sa campagne de désinformation et de pression politique, ignorant l’urgence climatique croissante à laquelle nous sommes confrontés», a déploré Brettny Hardy, avocat de l’ONG Earthjustice.

​La gauche intersectionnelle, Greta Thunberg en tête, n’a pas manqué de critiquer cette décision du Président Biden, bien que cela n’aura que peu d’effet sur sa politique, prédit Olivier Piton. Les deux camps sont de toute façon antagonistes.

«Les relations avec l’aile gauche du parti Démocrate ont toujours été exécrables. Il y a eu une sorte d’union sacrée durant la campagne pour faire tomber Trump, mais désormais, la guerre a repris de plus belle», conclut-il.

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Tags:
États-Unis, Joe Biden, écologie, risques écologiques, catastrophe écologique, protection de l'environnement, exploration, hydrocarbures
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