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«En une semaine»: la princesse Soraya Malek d’Afghanistan estime que l’Alliance atlantique aurait bien pu mettre fin à la guerre, et vite, mais son intention semble avoir été autre. Dans un entretien à Sputnik, elle évoque ses inquiétudes pour l’avenir du pays que les États-Unis viennent de quitter.

Le peuple afghan «éprouve une grande douleur» après de longues décennies marquées par des «invasions, occupations et destructions», indique la princesse Soraya Malek d’Afghanistan, nièce du roi Amanullah Khan, qui habite et travaille en Italie. Interrogée par Sputnik Italia, elle confie trouver «très étrange» le déroulé des évènements récents dans son pays:

«On n’est pas au courant des accords de Doha entre les États-Unis et les talibans*. C’est étrange qu’ils aient conquis toutes les villes et surtout Kaboul, entrant en moto et pick-up sans résistance de la part des troupes afghanes. Très étrange…»

Les forces américaines se sont retirées avant le 31 août, à l’issue d’une opération d’évacuation hâtive de deux semaines. Soraya Malek est catégorique en dressant le bilan de 20 ans d'opérations sur le sol afghan. «Avec l’armée la plus puissante au monde», les Occidentaux ne sont parvenus ni, primo, à évincer les talibans*, ni, secundo, à reconstruire, pointe-t-elle.

«Cela veut dire que la volonté était que la guerre continue. En une semaine, s’ils l’avaient souhaité, ils auraient libéré le pays», estime la princesse.

Deuxièmement, «80% des fonds sont revenus dans les poches de l’Occident. Le reste a été englouti par les dépenses militaires, pas grand-chose [n’a atteint] la société civile», poursuit-elle. Des routes ont été construites, mais pas d’usines.

D’un jour à l’autre, les nouveaux maîtres de Kaboul devraient annoncer la composition d'un gouvernement. Globalement, il y a peu d’espoir qu’après leur reprise du pouvoir, les choses retrouvent un bon cours, d’après Soraya Malek.

«Si les talibans* ont changé, il n’est pas compréhensible que les gens fuient. Les gens sont terrifiés et quittent le pays même à pied», constate-t-elle. «Je crois que la guerre se poursuivra, j’en suis même persuadée.»

Le sort des femmes

L’avenir des femmes afghanes reste en suspens, malgré les promesses des talibans* de respecter leurs droits. Sous leur règne précédent entre 1996 et 2001, elles pouvaient quitter la maison à condition qu’elles soient accompagnées d’un chaperon masculin de leur famille.

Cette fois, les femmes seront «invitées à porter le voile» mais «ne seront pas obligées de porter la burqa», avait déclaré le 17 août le porte-parole du mouvement, Zabihullah Mujahid. Elles auront droit à l'éducation jusqu'au niveau universitaire et le droit de travailler, mais devront sûrement vivre selon la charia. Le nouveau gouvernement inclusif devrait décider de «comment les femmes participeront à la vie sociale», avait ajouté Zabihullah Mujahid.

Vers un gouvernement réellement «inclusif»?

De plus, le mouvement radical souhaiterait que les femmes «fassent partie des structures gouvernementales», avait de son côté annoncé Enamullah Samangani, membre de la Commission culturelle des talibans*.

Militante pour les droits des femmes, Soraya Malek se retient de constater un progrès significatif en la matière: «Certes, quelque chose a été fait. Mais c’est toujours trop peu parce qu’on n’a pas voulu. Il n’y a eu que de la propagande».

Les promesses les talibans* aboutiront-elles? Selon le chef adjoint de leur bureau politique au Qatar, Sher Mohammad Abbas Stanekzai, interrogé par la BBC, il «pourrait ne pas y avoir» de femmes nommées à des postes à responsabilité, mais elles pourraient occuper des postes inférieurs.

Les Afghanes, dont le sort préoccupe jusqu’à l’Onu, viennent régulièrement manifester pour leurs droits depuis la reprise du pouvoir. Le Secrétaire général Antonio Guterres s’est dit notamment inquiet des«récits de violations croissantes des droits humains des femmes et des filles d'Afghanistan qui craignent un retour aux jours les plus sombres».

*Organisation terroriste interdite en Russie

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OTAN, Afghanistan, États-Unis
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