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    Le président russe Vladimir Poutine lors d'une conférence de presse à Minsk

    Poutine et le baromètre ukrainien

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    Accords de Minsk-2 sur l'Ukraine (février 2015) (108)
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    Plus vaste dans ses enjeux que certains ne le pensent, le conflit ukrainien dans toute son infinie complexité est en quelque sorte la pierre de touche ou le baromètre de la stratégie poutinienne. Analyse de Françoise Compoint. Analyse de Françoise Compoint.

    Sommet de Minsk
    © REUTERS / Mykola Lazarenko / Ukrainian Presidential Press Service
    Les dernières interventions de Vladimir Poutine ainsi que celles de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov et celles du représentant permanent de la Russie auprès du conseil de sécurité de l'ONU, Vitali Tchourkine, confirment cette volonté prépondérante de stabilisation multilatérale caractérisant une politique d'équilibre que certains penseurs qualifient de westphalienne.

    On a beau dire que la Russie est un pays agresseur obsédé par des douleurs fantômes acquises suite à l'effondrement de l'URSS, il n'en demeure pas moins certain que les évènements qui ont démarré par le putsch de février 2014 et qui ont progressivement conduit à l'impasse de Debaltsevo ne résultent pas d'une mainmise de l'armée russe sur le Donbass — sans quoi nous parlerions déjà de l'impasse de Kiev — mais bien d'une série de provocations fomentées de l'extérieur et dont la visée fait écho aux pronostics formulés par Brzinski en 1997. Ils se résument à ceci: l'Ukraine sera l'un des cinq pivots stratégiques nécessaires à l'avènement de la domination anglo-américaine à l'échelle mondiale, sa vocation consistera à être le noyau critique de la sécurité de l'Europe avec la France, l'Allemagne et la Pologne ce qui gommera automatiquement son statut de trait d'union entre l'Est et l'Ouest.

    Or, comme on a pu le constater dès le printemps, ces plans furent contrariés par le soulèvement du Donbass auquel la Russie ne s'est pas opposée sans toutefois, contrairement à ce qu'on lui reproche, recourir à l'ingérence cette pratique étant plus familière à l'OTAN. Déçu, l'auteur du Grand Echiquier enjoint les pays occidentaux à « pré-positionner » des troupes dans les pays baltes parce que Poutine pourrait essayer de tester la force de frappe de l'OTAN. Qui sait si le maître du Kremlin n'irait pas jusqu'à mettre la main sur Riga et Tallin? Autrement dit, il s'agirait de dissuader un leader de faire quelque chose qu'il ne lui serait jamais venu à l'idée de faire dans la mesure où cela n'aurait aucun sens. Le ridicule frise l'absurde et ne sert une fois de plus qu'à endoctriner les foules.

    Jean Géronimo est docteur en économie et spécialiste des questions économiques et géostratégiques. Il est l'auteur de La pensée stratégique russe, entre réforme et inertie et nous a livré son analyse du positionnement de la Russie face au drame ukrainien.

    Radio Sputnik. « Le sommet qui s'est récemment tenu à Minsk a été qualifié de "sommet de la dernière chance", sinon, c'est la guerre. De quelle guerre s'agirait-il selon vous? Serait-ce une guerre entre l'OTAN et la Russie si l'on va jusqu'au bout du raisonnement?

    Jean Géronimo. Il s'agit avant tout d'une stratégie de dramatisation pour accélérer l'accord mais aussi pour faire pression sur Moscou en le culpabilisant. Après, il est vrai qu'un risque de conflit entre la Russie et l'OTAN existe bel et bien ce qui nous amène à nous interroger sur deux points. Théoriquement, une guerre entre la Russie et l'OTAN est impossible l'Ukraine n'appartenant pas à l'Alliance. Qui plus est, tant la Russie que l'OTAN sont a priori contre toute idée de guerre. Pratiquement, la guerre est néanmoins possible. Si des dérapages interviennent — j'entends par dérapages des pièges tendus par des Etats hostiles à la Russie comme la Pologne ou les Etats baltes — il n'est pas exclu que l'OTAN invoque un devoir moral d'ingérence ce qu'il avait fait durant la guerre en Irak en 2003, en ex-Yougoslavie en 1999 et en Lybie plus récem-ment.

    Par ailleurs, je considère que la guerre a commencé au début des années 2000, c'est ce que j'ai appelé dans mon livre « la guerre tiède ». Depuis cette période précise, l'Ukraine est considérée comme une pièce stratégique sur l'échiquier eurasien. Cette guerre tiède et le statut stratégique de l'Ukraine au coeur de celle-ci explique deux choses: d'une part, la révolution de couleur qui a eu lieu à Kiev avec le coup d'Etat du 22 février, d'autre part, le conflit périphérique auquel nous assistons. Cette révolution est l'expression du soft power développé dans la doctrine américaine actuelle et présenté comme étant une alternative aux guerres frontales. Elle fait appel au quatrième pouvoir et aux ONG. Son objectif fondamental consiste à pénétrer l'espace post-soviétique afin de donner le pouvoir à des dirigeants dociles et contrôler les espaces énergétiques vitaux, en l'occurence ukrainiens.

    Radio Sputnik. 80% des Ukrainiens mobilisés ont refusé de se rendre dans le Donbass pour ne pas mener une guerre, primo, inutile, secundo, fratricide. Ne croyez-vous pas qu'à ce rythme-là le pays risque d'imploser radicalement avant même le renforcement des hostilités dans le Donbass, quitte à imaginer que Porochenko soit destitué à la suite de son prédecesseur?

    Jean Géronimo. Une partie de l'Ukraine rejette l'évolution politique issue du Maïdan via l'ingérence occidentale et qui a provoqué une fracture irréversible. Celle-ci s'est faite en deux temps, d'abord par le putsch du 22 février 2014 qui n'est pas reconnu par une partie de la population, entre autres parce que le pouvoir qui en est issu prône une politique anti-russe et ultra-nationaliste s'inspireant de certains éléments propres à l'idéologuie néo-nazie, ensuite par l'élection de Petro Porochenko le 16 mai 2014 celui-ci verrouillant l'inflexion pro-otanienne de l'Ukraine en imposant un modèle ultra-libéral prévu par l'accord d'association et de libre-échange. D'autre part, il légalise la politique répressive menée dans le Donbass depuis le 24 avril 2014 en accentuant de fait la division politique de l'Ukraine. De ce point de vue, la légitimité de Porochenko pose problème: il n'a été élu que par une partie du pays, notamment par l'Ouest. En découle que s'il a été élu avec 54% de voix, cela ne représente que 33% du corps électoral inscrit.

    Il y a donc une menace d'implosion, voire celle d'un deuxième putsch vu la pression exercée par les ultra-nationalistes et certains courants néo-nazis. La révolution du Maïdan a réveillé la fracture Est-Ouest en empêchant tout retour en arrière suite au caractère sanglant du conflit, notamment celui d'Odessa occulté par les médias.

    Je pense qu'à ce stade il reste une autonomie à négocier qui s'apparenterait à une République autonome, la décentralisation proposée étant une option irréaliste. C'est le seul moyen qui reste pour éviter une implosion totale car l'Ukraine est une bombe géopolitique à retardement.

    Radio Sputnik. Quelle est selon vous la stratégie de Vladimir Poutine à travers Minsk 2?

    Jean Géronimo. Elle est simple et se résume à la défense des intérêts nationaux. Il y a une dimension diplomatique, stratégique et humanitaire.
    Il s'agit premièrement de lutter contre l'isolement diplomatique de la Russie en développant son image internationale et en renouant le dialogue avec l'Occident.

    Il s'agit deuxièmement de réduire la politique anti-russe et de sécuriser la périphérie post-soviétique où l'Ukraine a une part stratégique colossale. La défense de ce grand glacis de sécurité pésuppose la neutralité du territoire ukrainien ce qui apparaît impossible dans le cadre de l'expansion otanienne et l'implantation projetée du bouclier antimissile américain. Si l'Ukraine appartient à l'OTAN, tôt ou tard se posera la question de la poursuite de l'expansion du système de défense antimissile américain. Cet ensemble d'enjeux fait partie des menaces prises en compte par la nouvelle doctrine de sécurité russe.

    Il s'agit enfin de protéger les Russes de l'étranger. On voit bien que certains sont considérés dans les Etats baltes comme étant des non-citoyens ce qui fait penser aux Untermensch de l'époque hitlérienne. Il faut donc les protéger des doctrines ultra-nationalistes et néo-nazies la politique ukrainienne actuelle signifiant leur renouveau à travers la haine du Russe ou du communiste.

    En somme, nous avons affaire à une stratégie centrée sur les intérêts nationaux, une stratégie qui est dominée par le souci de Vladimir Poutine de ne pas déstabiliser la région ».

    Commentaire de l'auteur. L'abcès de Debaltsevo vient d'être crevé mais les pertes de l'armée sont aussi grandes que profondes sont les plaies des 42 millions d'habitants d'un pays pour qui Minsk 2 représente une dernière lueur d'espoir. Si le dénouement est encore loin — quid de Kharkov, de Marioupol et d'Odessa?— l'avenir politique de Porochenko est d'une extrême fragilité, sans quoi, aurait-il évacué sa famille hors d'Ukraine? Cette vulnérabilité est à l'image de l'unité fragilissime d'un pays miné par la faillite et les affrontements nationaux, terrain propice à l'éclosion des pires courants extrémistes. Plus que quiconque, Poutine en a conscience ce qui explique sa fermeté face aux provocations les plus grossières et le fait qu'il ait plus d'une fois souligné — aspect passé sous silence par le mainstream médiatique — son attachement à l'unité de l'Ukraine. Mais l'unité, au stade où nous en sommes, n'est-ce pas la paix et l'interaction des régions? Probablement. A Kiev et aux Républiques de voir comment ces conditions seront remplies.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    OTAN, Vitali Tchourkine, Petro Porochenko, Sergueï Lavrov, Vladimir Poutine, Minsk, Donbass, Ukraine, Russie
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