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Sanctions de l'Occident contre la Russie (350)
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Dans son interview à l'agence Sputnik, le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias souligne l'inefficacité des sanctions antirusses.

A travers l'histoire, la Russie et la Grèce ont toujours maintenu de très bonnes relations. Lors de votre visite à Moscou deux semaines après votre nomination, vous avez dit que la Grèce poursuivrait sa coopération avec la Russie. Quelle est la position du nouveau gouvernement grec à cet égard?

Nous estimons que la Russie devrait à long terme être intégrée dans l'architecture sécuritaire européenne et qu'il n'y a pas besoin d'un système sécuritaire orienté sur une confrontation avec la Russie.

Nous croyons qu'une pacification est nécessaire en Ukraine et que l'Europe ne doit pas rompre ses relations avec la Russie, et la Russie, à son tour, doit s'abstenir de démarches qui minent la confiance dans ses relations avec l'Union européenne.

De nouvelles sanctions ont été décrétées à l'encontre de la Russie le 16 février dernier, bien que l'accord de Minsk soit entré en vigueur le 15 février. Quelle est la position d'Athènes à ce sujet?

Le 29 janvier 2015, sur notre proposition, qui a été soutenue par tous nos partenaires, l'Union européenne n'a pas adopté les sanctions sectorielles élaborées par une structure correspondante de l'UE. Aujourd'hui, nous nous abstenons toujours d'adopter des sanctions sectorielles. Les autres sanctions ont été décrétées bien avant la formation de notre gouvernement. Nous estimons en général que les sanctions ne sont pas un instrument efficace. Nous devons nous rappeler l'expérience de la Grèce, qui a imposé des sanctions et un embargo à l'encontre de la République de Macédoine, et comme vous le savez, ces mesures n'ont profité qu'à des oligarques impliqués dans le trafic illégal des matières premières.

Dans l'histoire des relations internationales, il y a des exemples de sanctions qui ont produit leur effet, mais il ne s'agissait que de stimuler ou de lancer des négociations. Comme je l'ai déjà dit, les sanctions sont inefficaces dans la plupart des cas, surtout si elles sont nées dans un accès de colère ou visent à faire plier l'adversaire.

Lors d'une rencontre avec le président chypriote Nikos Anastasiades, le premier ministre grec Alexis Tsipras a déclaré que la Grèce et Chypre pourraient jouer le rôle de "pont de la paix" entre la Russie et l'UE. Quelles sont les perspectives d'une telle idée?

La Grèce et Chypre font partie de l'Union européenne et nous ne nous considérons pas hors de l'UE, mais dans le même temps nous sommes deux pays qui ont de puissants liens culturels, historiques et traditionnels avec les pays des BRICS. Nous sommes surtout liés à des pays tels que l'Inde, la Chine et la Russie avec laquelle nous avons toujours maintenu de profonds rapports historiques, culturels et religieux.

La Grèce et Chypre sont en mesure d'assumer ce rôle de pont entre l'UE, dont nous faisons partie, et un pays comme la Russie. Nous n'avons jamais été en guerre, nous n'avons jamais échangé de réciprocités négatives, ce qui est le cas entre certains membres de l'UE. Cela veut dire que nous sommes en mesure de jouer le rôle de pont.

En décembre 2014, la Russie a renoncé au projet South Stream. Aujourd'hui, le géant énergétique russe Gazprom et ses partenaires turcs envisagent la mise en place de Turkish Stream avec un terminal gazier à la frontière entre la Grèce et la Turquie. Qu'attend la Grèce de ce nouveau projet?

La Grèce envisage de jouer le rôle de connecteur, et cela concerne notamment le gazoduc en provenance de Turquie. On peut ainsi appeler ce projet Hector Stream, en l'honneur du héros de Troie, qui incarne toutes les parties de la Méditerranée.

Donald Tusk a dit que la Grèce ne pourrait résoudre ses problèmes financiers qu'avec le soutien de l'Union européenne et des institutions financières internationales, en raison de l'absence de propositions d'assistance de la part de la Russie ou de la Chine. Le gouvernement grec envisage-t-il à solliciter une aide financière russe ou chinoise?

La Grèce développe des relations économiques, commerciales et d'investissements avec tous les pays du monde, comme tous les membres de l'UE. La Grèce, en tant que partie de l'Union européenne, maintient des liens avec l'UE et, comme tout autre pays du monde, elle entretient des relations avec d'autres pays.

Quelle est l'attitude actuelle de Bruxelles envers la Grèce? Est-ce que selon vous Bruxelles prête l'oreille à la voix d'Athènes?

Je dirais qu'au cours de ces cinq dernières années, la Grèce n'a pas eu de voix à Bruxelles, et Bruxelles n'a pas eu d'oreilles pour l'entendre. Je pense que depuis le 29 janvier, lorsque nous discutions de sanctions sectorielles contre la Russie, les oreilles des Européens se sont ouvertes, et nous contribuons aujourd'hui à la formation de la politique européenne.

Nous avons cessé de considérer qu'une politique européenne est possible sans nous. Nous faisons partie de la politique de l'UE, ce qui signifie que nos intérêts doivent être pris en compte dans le cadre de cette politique. Il ne faut pas oublier que l'Europe est une superbe fille de la Méditerranée emmenée par Zeus dans les montagnes de la Crète. Sans cet enlèvement, l'Europe n'existerait pas aujourd'hui!

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Tags:
sanctions, Union européenne (UE), Nikos Kotzias, Grèce, Russie
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