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Auteur des Egarés, un livre-clé pour comprendre la réalité proche-orientale, Jean-Michel Vernochet, très versé dans le journalisme d’investigation, est parmi les meilleurs spécialistes de la facette diplomatico-militaire de la région.

Question. Quid du dossier nucléaire iranien?

Jean-Michel Vernochet. De but en blanc je vous dirai tout de suite que je suis relativement optimiste. Je me dis que cet accord devrait advenir tout simplement parce qu'il y a la volonté d'aboutir. Vous connaissez la fameuse sentence: Là où il y a une volonté, il y a une voie! Le Président Obama a une vision stratégique plus large, plus générale qui dépasse la stratégie à courte vue et régionale de l'Etat d'Israël. Le Président Obama, lui, songe à l'Ukraine… Ses conseillers regardent du côté de l'Asie et des périls qui montent aussi bien que ceux qui existent, comme les élections au Taïwan.

Pour revenir à l'Iran, la position de la France est tout à fait claire et point ambigüe. Une fois de plus, M. Fabius nous a joué la même comédie qu'aux conférences de paix à propos de la Syrie à Genève. Il s'entend à faire capoter ces conférences les unes après les autres pour des raisons d'exigences, ou plus exactement intransigeance. Au rang des puissances régionales — Arabie Saoudite, Israël, Qatar, etc. — qui s'opposent à tout règlement négocié et honorable avec l'Iran, il faut ajouter la France qui joue un jeu que je n'ose qualifier de délétère mais qu'il l'est sur le fond. Lorsque l'on veut faire échouer les négociations, on pose des exigences qui sont totalement inacceptables pour revenir à propos de la Crimée aux exigences européennes à l'heure actuelle.

Mais encore une fois la Maison Blanche veut aboutir et en voilà un signe: alors que nous sommes en plein navrouze, festivités équinoxiales et que tout est censé s'arrêter en Iran, à commencer même d'ailleurs par les négociations, elles se poursuivent bon train. C'est dire le degré d'implication de l'élite iranienne et la volonté aussi de conclure.

Mais je ne crois qu'il n'y a rien de nouveau dans ces négociations le sujet étant trouver des garanties suffisantes pour que l'Iran puisse à la fois développer un programme nucléaire civile mais en même temps ne pas développer d'armements nucléaires.

Q. La France serait-elle réticente à ce développement du secteur nucléaire iranien, Suit-elle le programme israélien?

Jean-Michel Vernochet. Je pense qu'il ne faut pas parler de la position de la France, la position de M. Fabius et de François Hollande ne sont pas la position de la France! En tout cas même si c'est la position de Paris et du gouvernement français, mais vous le savez aussi bien que moi et on l'a vu tous les deux lors des dernières élections départementales, le Parti Socialiste est un parti ultra-minoritaire! Il n'existe que par des alliances plus ou moins contre nature. Il ne s'agit donc que de la classe dirigeante qui aujourd'hui soutient une certaine politique, moins alignée sur la politique de M. Obama qu'elle ne l'est sur un axe Tel Aviv — Riyad! Et ce n'est pas un fait nouveau! Tout cela est très compliqué et difficile à résumer. Depuis un certain temps déjà la France n'a plus de politique souveraine dans ce domaine. La politique de M. Fabius, d'ailleurs par ses propres attaches communautaires et communautaristes sont des choix et des options qui ne coïncident pas avec l'intérêt national de la France, ni avec l'intérêt des Européens, ni avec les intérêts de la Terre en général!

Q. Que pensez-vous des rebelles chiites houthis au Yémen? Cette réunion serait-elle jugulée?

Jean-Michel Vernochet. Ce qu'il y a d'extraordinaire c'est que nous avons une dizaine d'Etats les Etats-Unis ne participant à la coalition anti-houthis! Mais on a le Qatar, le Koweït et l'Arabie Saoudite. Les Etats-Unis, eux, interviennent par le soutien logistique et obligatoirement par les données satellitaires qui sont transmises sur les positions des rebelles. Qu'il y ait un soutien diplomatique de l'Iran à l'égard de cette rébellion est indéniable. Mais il ne faut pas croire que l'Iran intervienne directement. Le Yémen est un pays qui regorge d'armes! Les houthis disposent de quelques éléments d'aviation. Ils ont aussi de l'équipement anti-aérien très moderne. Ils auraient abattu deux chasseurs bombardiers saoudiens. D'ailleurs le Téhéran s'est ému de cette opération houthie qui ne pouvait arriver au meilleur moment que dans le cas de figure actuel: cela permet de faire capoter les négociations sur le nucléaire iranien. Les Etats-Unis jouent un jeu étonnant, mais il est bon à savoir que parfois entre la CIA, le Pentagone et le Département d'Etat il y a de très fortes divergences et même des rapports de force. Si l'opération était vraiment déclenchée avec le feu vert américain, il eût fallu attendre l'échéance des négociations de Genève!

Commentaire. Les beaux messieurs vêtus de leurs splendides atours à Lausanne ne se rendent peut-être pas compte qu'ils sont en train de mettre en jeu l'équilibre planétaire. Si l'Iran accédait à la maîtrise de l'atome militaire, donneriez-vous cher pour l'Etat d'Israël? Certes, non! Et Israël ne pourra jamais l'accepter quitte à effectuer la première frappe contre les chiites. Quel que soit le scénario, le drame deviendra mondial. Et le dossier houthi ne fait qu'envenimer un jeu qui s'avère être déjà truqué de fond en comble!

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Houthis, programme nucléaire iranien, Proche-Orient, Iran, Yémen
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