Ecoutez Radio Sputnik
    Le Lénine noir Ayo Beness

    Le "Lénine noir" raconte son combat dans le Donbass

    © Facebook
    Interviews
    URL courte
    Situation dans le Donbass (2015) (227)
    0 70616113

    Le "Lénine noir" Ayo Beness s'exprime sur le Donbass

    Ayo Beness a 35 ans, il est chercheur en microbiologie. De mère russe et de père ougandais, cet homme public s'est mis à la tête de la branche locale du parti non enregistré l'"Autre Russie" après son déménagement à Londres. Dans son pays natal, en Lettonie, il militait activement pour les droits de la population russophone. Il se considère socialiste, bolchevique et communiste; dans la presse, on l'appelle le "Lénine noir". Après le début des événements en Crimée, il s'y est rendu avec d'autres membres de son parti. Après le rattachement de la Crimée à la Russie, il est allé dans le Donbass où il lutte maintenant du côté de la République autoproclamée de Lougansk.

    En tant que citoyen de la Lettonie, pays membre de l'Union européenne, vous avez passé plusieurs années à Londres. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous rendre d'abord en Crimée puis dans le Donbass?

    J'ai appris des médias et de mes camarades du parti l'"Autre Russie" qu'il y avait eu un coup d'État en Ukraine et qu'en février 2014, les participants du soi-disant Euromaïdan avaient renversé le gouvernement légitime de Ianoukovitch. La population de la Crimée, dont 90% est Russe, n'a pas voulu se soumettre à Kiev et a décidé de tenir un référendum sur l'indépendance. Or, les autorités ukrainiennes ont déclaré qu'elles ne prendraient pas en compte les résultats du vote et y répondraient par une action de force. Les unités d'auto-défense ont été rapidement créées en Crimée, et je me suis rendu là-bas pour soutenir la population.

    D'où viennent les armes des insurgés?

    Au cours des trois premiers mois du conflit, l'armée de Kiev était très faible et agissait de façon maladroite. À cause de ces actions non professionnelles, l'armée ukrainienne a perdu la plupart de ses avions et 65% du matériel militaire. Toutes les armes lourdes que nous avons ont été saisies de Kiev. La plupart se trouvait déjà sur le territoire de la République populaire de Lougansk — il y avait bien des unités militaires. Une partie en est à nous, une autre prise de Kiev.

    Quelle est la composition de l'armée des insurgés?

    C'est la population locale, les bénévoles, les inter-brigades. Notre organisme public l'"Autre Russie" est en train de former une inter-brigade, et il y a déjà plusieurs milliers de personnes qui se sont inscrites, y compris de la Lettonie, de la Chine, de la France, de la Serbie, de différentes régions de la Russie, du monde entier. De l'Afghanistan, du Brésil et de l'Espagne. Ces bénévoles supportent la gauche et s'opposent à l'impérialisme euro-américain.

    Les Européens sont généralement favorables à l'indépendance nationale. Par exemple, lorsqu'on a autorisé l'Écosse à tenir un référendum, l'Angleterre n'a pas envoyé de troupes, elle n'intimidait personne. Même si l'Ukraine affirme adhérer aux standards européens, elle agit de manière complètement opposée en violant ces normes européennes. Et l'Europe ferme les yeux sur cette violence.

    Comment, à votre avis, le conflit dans le Donbass va-t-il se développer?

    Je suis sûr que dans le futur, Kiev, qui s'est empêtré dans des contradictions de classe, ainsi que dans des contradictions sociales et politiques insolubles, devra lâcher ces territoires. Et il y aura alors un Donbass indépendant et une Nouvelle Russie indépendante. Les Républiques populaires de Lougansk et de Donetsk auront des relations économiques développées avec la Russie, à l'exemple de l'Ossétie et de l'Abkhazie.

    Je crois que pour tenir le coup et devenir un État riche et prospère, une nationalisation est nécessaire. Je suis marxiste-léniniste et je crois que nous devons construire ici une société socialiste. Les gens à qui je parle regrettent tous l'effondrement de l'URSS et disent qu'à l'époque, ils vivaient en bonne entente, qu'il n'y avait pas de guerre. Les Ukrainiens, les Juifs et les Russes étaient frères pour toujours. Après l'effondrement de l'Union, le pouvoir est passé aux mains des groupes nationalistes dont le but était le pouvoir, et l'ennemi le peuple. Certes, l'avenir appartient au socialisme, le programme maximum est la restauration de l'URSS. Je suis sûr qu'à terme, le socialisme gagnera dans toutes les républiques, y compris en Russie. Idéalement, par la voie pacifique, si possible. Plusieurs mines et usines dans le Donbass sont détruites et abandonnées par leurs propriétaires. Elles doivent être toutes nationalisées, comme cela a été fait en Corée du Nord au début des années 1950. Les impérialistes japonais et américains y avaient tout détruit, et il fallait restaurer toute l'industrie en partant de zéro. Je pense qu'ici, ce sera pareil.

    En Russie, l'idée de Nouvelle Russie est principalement soutenue par le mouvement nationaliste. En tant que socialiste de gauche, approuvez-vous un tel "voisinage"?

    Il faut faire la différence entre les patriotes de Russie et les nationalistes. Moi, je suis un patriote russe qui veut que la Russie soit un État fort et indépendant, capable de faire face aux grandes puissances occidentales mais qui soit, en même temps, en bonnes relations avec les travailleurs de l'Amérique ou de la Grande Bretagne. Mais je suis contre les méthodes de violence, de racisme ou de fascisme.

    Nous sommes des patriotes. Tout comme dans l'article de Lénine "Sur la fierté nationale des Grand-Russes" où il disait être fier du fait que c'était le peuple russe qui fut le premier à vaincre les seigneurs et les popes et de construire le premier État socialiste au monde. On ne peut quand même pas qualifier Lénine de nationaliste? Non, c'est le patriotisme russe. L'idée russe c'est, sûrement, la lutte de libération qui a un caractère anti-impérialiste et même anti-colonial. Comme Lénine disait, nous soutenons toujours la libération d'une nation quelconque de l'oppression, de l'exploitation et de la discrimination de la part des grandes puissances. En même temps, notre lutte n'est pas dirigée contre un seul pays colonisateur, mais contre tout le système colonial. Nous ne luttons pas contre l'Ukraine, mais contre les pays de l'Occident qui financent ce régime.

    Peut-on parler de la confrontation de deux idées nationalistes — russe et ukrainienne — sur le territoire de l'Ukraine?
    Non, je ne le crois pas. Il ne faut pas confondre: de la part de l'Ukraine — c'est le fascisme et le nazisme, et de la part de la Russie — la lutte populaire de libération.

    Dossier:
    Situation dans le Donbass (2015) (227)
    Tags:
    Ayo Beness, Crimée, Donbass, Ukraine, Russie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik