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    Quand François Hollande s’en revient de l’Arménie...

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    C’est le vendredi dernier que le Président de tous les Français est descendu en petit nuage sur le tarmac aéroportuaire de la capitale d’Arménie où non seulement il a commémoré le génocide commis à l’encontre du peuple arménien, mais, qui plus est, eut un grand méchant loup à rencontrer – Vladimir Poutine.

    Ils s'y sont mis à deux pour dresser ensemble le bilan de la réalisation des accords de Minsk forgés à 4 (les Quatre de Normandie font pâlir de rage Barak Obama qui voudrait bien faire partie de ce club fermé).

    « Double langage orwellien » — une tournure du cru de Jean-Michel Vernochet, grand connaisseur du sujet parce que membre de l'Académie de géopolitique de Paris, ancien grand reporter au Figaro Magazine et auteur de deux livres traitant de façon analytique de l'Ukraine, parus récemment chez Sigest. Ce langage orwellien fut celui de Hollande. Le Président a su garder la juste mesure entre les extrêmes et ne pas tomber de Charybde en Scylla. S'adonnant à cet exercice fatigant Hollande risqua gros parce que la question des Mistrals non-livrés est un argument redoutable dans la bouche du partenaire russe et en joueur consommé du grand échiquier géopolitique, Vladimir Poutine en a usé sous toutes les coutures.

    A l'aune de ses connaissances Jean-Michel Vernochet nous a jaugé les risques et les gains de ce sommet pour la France.

    Question. François Hollande a été négocier avec Vladimir Poutine sur le respect des accords de Minsk. Quid des résultats, d'après vous?

    Jean-Michel Vernochet. Le dossier ukrainien est un dossier totalement pourri, mais s'il s'agit de la France, je peux vous dire que la France a annoncé qu'elle allait transférer, vendre, donner, procurer les armes non-létales — M. Hollande a bien insisté sur ce point! Pour ceux qui ne comprendraient pas le mot « létal », cela veut dire des armes non-meurtrières. Qu'on ne vienne pas me dire que la France se propose de céder aux forces de Kiev uniquement des gilets de protection, des gilets pare-balles ou des gaz lacrymogènes… Je n'y crois pas un seul instant! Il s'entende que ces armes-là peuvent devenir à tout instant des armes offensives. Il faut parler de 300 conseillers qui sont arrivés, apparemment pour former les milices ukrainiennes qui opèrent en bataillons punitifs dans le Donbass. Je pense qu'il s'agit de bien d'autre chose puisque les Etats-Unis de leur côté se proposent d'opérer des transferts massifs d'armements, pour le coup tout à fait létaux. Et il faut former ces hommes, ces militaires à l'utilisation d'engins, d'outils, d'instruments et d'armes qu'ils ne connaissent pas. Je pense que le danger est là. Nous assistons pour ne pas reprendre le titre justement de l'un de mes ouvrages à une réelle « Escalade » sur ce front!

    Q. Vous, en tant qu'auteur de vos livres à succès sur l'Ukraine, qu'auriez-vous à dire sur le devenir de la zone ukrainienne?

    Jean-Michel Vernochet. Je crois que tout a été dit à travers les deux textes — « L'Engrenage » et « L'Escalade »! C'est des événements à consonance lourde à l'œuvre dans la région avec des conséquences politiques évidentes. Mais à ce moment-là je ne voudrais pas être traité d'un faux devin ni un prédicteur exact.

    Q. Que pensez-vous de la livraison des Mistrals qui rouillent toujours dans la rade de Saint-Nazaire sans parler de toutes les autres sociétés françaises qui ont pâti des sanctions ?

    Jean-Michel Vernochet. D'un point de vue général, on sait très bien que les sanctions à l'égard de la Russie pénalisent très lourdement l'économie européenne y compris les industriels allemands, belges, français et autres. La Russie souffre, elle aussi et très certainement, des sanctions. Mais comme toujours, l'Europe a l'habitude de se tirer une balle dans le pied. Mais nous pouvons d'ores et déjà affirmer que la question des Mistrals sera au cœur des entretiens dès lors qu'ils auront lieu à Erevan entre les présidents Poutine et Hollande. Des négociations sont en cours. On sait très bien que la France ne peut pas livrer des carcasses et beaucoup d'électronique vient aussi bien du producteur THALES que des producteurs russes y compris l'équipement déjà embarqué. Les négociations sont âpres, mais la France est dans un état croulant de son économie nationale avec ses 6 Millions de chômeurs sans parler de tous les assistés sociaux qui pullulent dans cette France qui est fort riche mais qui ne le sera pas éternellement.

    On sent que M.Hollande va débattre de cette question des Mistrals et certainement il trouvera une solution. Mes amis m'ont dit que M.Hollande devrait arriver avec non pas un dossier entièrement ficelé mais en grande partie préparé.

    Q. Alors ces Mistrals seraient ou vendus ou remboursés selon une interview de Hollande à la veille de son départ en Arménie…

    Jean-Michel Vernochet. La France n'a pas tellement les moyens de rembourser!

    Commentaire de la Rédaction. François Hollande a beau se démener: il ne saurait nier la livraison des camions avec l'équipement militaire acheminés à partir des ports ukrainiens de la Mer Noire vers leur destination finale. Et l'invincible Armada otanienne fait de son mieux pour préparer les braves nazis de Kiev, mais à quoi? Selon la logique occidentale, au respect des accords de Minsk. Il va sans dire que les armes livrées contribueront beaucoup à faire régner la paix. Reste cependant à savoir comment Poutine réagira-t-il, maintenant, après la clôture du sommet d'Erevan? Mais là, François Hollande n'est pas dans le secret des dieux. Il n' a qu'à faire confiance à son système « D » en naviguant dans un brouillard politique des plus opaques.

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    Jean-Michel Vernochet, François Hollande, Vladimir Poutine, France, Ukraine
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