Interviews
URL courte
Par
0 275
S'abonner

La ville-héros russe de Volgograd (ancien Stalingrad) a beaucoup de villes jumelées, parmi lesquelles Liège belge. Le bourgmestre de Liège Willy Demeyer évoque ces liens.

Statue du soldat avec l'enfant et la croix gammée brisée. Treptower Park. Berlin
© Sputnik . Tatiana Firsova
Sputnik: Depuis quand les liens de jumelage existent-ils entre Liège et Volgograd?

Willy Demeyer: Les premiers contacts entre les deux villes ont été établis en 1954 et la Charte d'amitié, qui lie les deux municipalités, a été signé en septembre 1959 lors d'une visite officielle qui a été effectuée par le maire de l'époque.

Sputnik: Et comment ces liens se développent-ils?

Willy Demeyer: Tout d'abord l'origine du jumelage tient au rôle majeur que les villes ont joué pendant la deuxième guerre mondiale. La ville de Liège et Volgograd ont joué un grand rôle dans la résistance aux nazis, particulièrement Volgograd évidemment avec la grande bataille de Stalingrad, mais Liège est également la capitale de la résistance en Belgique, et c'est dans ce cadre-là que les liens se sont développés. Après cela nous avons eu une série de contacts, d'expositions, d'échange de délégations. Moi-même je me suis rendu, alors que j'ai été un jeune conseiller communal, à Volgograd en 1989 avec les Amitiés belgo-soviétiques, et j'ai été reçu à la mairie. J'ai aussi visité le champ de bataille et j'ai visité également votre magnifique musée, qui retraçait l'ensemble de la bataille, et j'étais à l'époque guidé par des vétérans, qui nous ont expliqué tout le déroulement de cette bataille extrêmement importante. Ce que nous avons fait jusqu'à présent, ce sont des échanges bilatéraux, et en ce qui concerne le 70-ième anniversaire, nous avons d'abord les relations avec l'ambassadeur de Russie. Nous avons aussi un projet qui me tient fort à coeur, qui est un projet de vidéoconférence entre les jeunes de nos villes pour qu'ils puissent échanger, parce que évidemment la deuxième guerre mondiale est assez loin maintenant et n'en ont pas toujours le souvenir. Il faut faire en sorte, que les jeunes puissent s'approprier cette démarche. Сe que je vous peux dire encore, c'est que j'ai reçu une invitation pour le mois de mai pour les cérémonies officielles, et j'avais demandé au collège communal la réponse à votre invitation. Nous avons aussi chaque année une quarantaine d'adolescents de Volgograd, qui viennent nous visiter à Liège avec un programme culturel, qui leur est proposé à chaque fois.

Nous fêtons le 70-ième anniversaire et les associations d'anciens combattants demandent que le bourgmestre de Liège sera présent. Nous essayons de voir s'il est possible que nous soyons représentés éventuellement par une autre personnalité liégeoise, pour ne pas être absent.

Sputnik: Vous savez bien sûr que les prisonniers des camps de concentration nazis, situés sur le territoire belge pendant la guerre, se sont évadés et après ils ont combattu dans les rangs de la Résistance, et aussi dans la région de Liège.

Willy Demeyer: Oui, nous avons dans les réseaux de résistance, notamment le Front de l'Indépendance, nous avons eu beaucoup de russes, de soviétiques qui étaient présents, et nous avons d'ailleurs, je dois le dire avec fierté, nous avons dans le cimetière des résistants à la Citadelle de Liège. Nous avons des partisans russes, qui sont enterrés, qui ont été fusillés la-bas et que nous honorons chaque année avec la présence de l'ambassadeur, qui vient déposer avec nous les gerbes de la reconnaissance.

Sputnik: Et je dois souligner tout le soin et l'amour avec lesquels les Belges soignent ces tombes et rendent honneur aux soldats morts pour la liberté et de la Belgique aussi.

Willy Demeyer: Oui, tout à fait. Et je dois vous dire que ces soldats russes, ces soldats de la résistance, sont enterrés avec les belges. Ils sont enterrés côte à côte pour l'éternité. Il y a plusieurs centaines de tombes là-bas et avec aussi les tombes des partisans russes.

Sputnik: Ces temps derniers il y a aussi l'initiative, qu'on appelle chez nous la diplomatie populaire, c'est à dire des liens entre de simples citoyens, dans notre cas de Liège et Volgograd, qui peuvent s'échanger des idées, des délégations, des visites. Vous avez raison que beaucoup de jeunes ne connaissent pas très bien les événements de cette époque-là.

Willy Demeyer: Tout à fait. C'est un problème que nous avons partout évidemment. Les jeunes belges, les jeunes russes n'ont plus la mémoire de la Deuxième guerre mondiale. Donc, il faut continuer les échanges de jeunes et leur expliquer que nous avons à la fois beaucoup souffert, et l'URSS a payé un très lourd tribut à la Deuxième guerre mondiale avec plusieurs millions de morts, et leur expliquer que nous avons beaucoup de choses en commun, puisque Liège et Volgograd sont parmi les villes, qui ont reçu la Légion d'Honneur française pour des faits de résistance. Liège pour la première guerre mondiale, et Volgograd, Stalingrad à l'époque, pour la deuxième guerre mondiale. Nous avons de beaux musées sur la Résistance. Vous avez le musée panoramique de Volgograd, nous avons un centre de la mémoire également à Liège, et nous sommes aussi actifs dans les réseaux mondiaux de villes, qui oeuvrent pour la paix. C'est important que les jeunes puissent être au courant de cela, ils apprendront beaucoup de choses et ils ne seront pas obligés de les revivre pour les connaître.

Lire aussi:

Devoir de mémoire?
L'Europe sous-estime le rôle de l'Armée rouge
Au temps où Moscou et Washington collaboraient
2GM: comment les animaux se sont battus pour la Victoire
Tags:
Seconde Guerre mondiale, Belgique, Russie, Liège, Volgograd
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook