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    Chaque scientifique doit savoir ce qu'est un "facteur d'impact"

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    Tatiana Stoukalova, directrice du centre de soutien informatique à l'activité de formation et de recherche (MIFI), estime qu'aujourd'hui il ne suffit plus d'être un bon enseignant ni d'écrire des articles scientifiques: il faut également savoir choisir les bonnes revues pour ses publications et disposer d'outils bibliométriques.

    L'Université nationale russe de recherche nucléaire MIFI accueillait récemment une conférence scientifique internationale sur "Les communications dans la société multiculturelle". Tatiana Stoukalova, directrice du centre de soutien informatique à l'activité de formation et de recherche auprès de l'Université nationale russe de recherche nucléaire MIFI, a répondu aux questions de Ioulia Ossipova pour RIA Novosti.

    - Pendant la conférence, vous avez évoqué la nécessité d'accroître l'activité de publication des chercheurs et des enseignants. Qui en a besoin et pourquoi?

    — Ce thème est très pertinent pour les universités russes car ce sont justement ces publications — et le nombre de fois qu'elles sont citées — qui permettent ensuite de figurer dans les classements internationaux. Divers mécanismes sont utilisés pour accroître l'activité de publication.

    On exige aujourd'hui que les prétendants au poste d'enseignant dans de nombreuses universités aient déjà publié dans des revues indexées dans la base de données de Web of Science ou de Scopus, sachant qu'on tient compte non seulement de la qualité des publications mais aussi du niveau des revues.

    Il est évident que le cercle de compétences des enseignants s'élargit: il ne suffit plus d'être simplement un bon enseignant ni d'écrire des articles scientifiques: il faut également savoir choisir les bonnes revues pour ses publications, se repérer dans le flux continu de la littérature scientifique, savoir utiliser des services de bibliothèques informatiques et des bases de données de citation, ainsi que disposer d'outils bibliométriques.

    - N'est-ce pas un fardeau excessif pour les enseignants, qui doivent être pédagogues, chercheurs, managers, administrateurs des relations publiques et établir des plans d'enseignement, faire de la science, suivre les indices h (Hirsch)?

    — En effet c'est un grand fardeau, qui est imposé depuis le Décret présidentiel n°555 du 7 mai 2012 sur le mesures pour appliquer la politique d'État dans le domaine de l'éducation et de la science. Cependant, beaucoup réalisent seulement maintenant l'importance et la complexité que cela implique. S'il ne connaît pas les mécanismes de publication, l'enseignant ne peut pas comprendre l'objectif de s'intégrer dans l'espace éducationnel et scientifique international.

    Les chercheurs étrangers passent la majeure partie de leur temps à écrire des articles et des rapports, pas à effectuer des expériences scientifiques et à traiter les résultats. Les scientifiques russes, eux, font bien plus de recherches mais écrivent beaucoup moins, sans toujours mener l'étude jusqu'au résultat final, c'est-à-dire la publication dans des revues scientifiques de premier plan.

    On constate que le niveau de maîtrise des outils bibliométriques n'est pas encore suffisamment élevé au sein du personnel pédagogique et scientifique, ou encore des étudiants à l'université jusqu'au niveau du master et du doctorat. D'une manière ou d'une autre, tous doivent être impliqués dans ce processus et avoir un minimum de connaissances et d'acquis dans le domaine de la scientométrie.

    - Comment déterminer ce minimum?

    — Il s'agit des indices les plus connus comme l'indice h, le facteur d'impact de la revue, le facteur d'impact moyen ou global des revues où ont été publiés les articles, ainsi que les indices de citation. Souvent on étudie de nombreux articles d'une organisation ou d'un chercheur publiés au cours d'une certaine période, ce qu'on appelle une "fenêtre de publication". Elle est tout aussi importante.

    Ce minimum implique également de savoir travailler avec les bases de données de Scopus, de Web of Science, l'indice de citation scientifique russe, d'utiliser des services de navigation sur les ressources de bibliothèques informatiques des universités ("service de découverte").

    Il n'est pas si difficile de maîtriser tout cela. Il existe même au MIFI une discipline spéciale appelée "Espace informatique de l'enseignant d'une université d'ingénierie" dans le cadre de laquelle on explique aux étudiants en doctorat les technologies de travail avec des ressources informatiques spécialisées sur l'exemple de SciVal et d'InCites (suprastructures analytiques de Scopus et de Web of Science). Ils se familiarisent avec les outils pour une analyse comparative de l'activité scientifique. Le programme inclut l'apprentissage des bases de l'écriture académique compte tenu des normes internationales en vigueur. Prochainement cette discipline sera instaurée pour tous les étudiants.

    - Qui est le "champion" du MIFI dans l'activité de publication?

    — Je ne mentirais pas en disant que l'un des principaux auteurs en termes de quantité et de qualité des publications et Nikolaï Koudriachov, responsable de la chaire de mathématiques appliquées au rang de vice-recteur de l'Université nationale russe de recherche nucléaire MIFI. A lui seul, (sans compter les articles dont il est coauteur) il publie entre 10 et 15 articles par an dans les revues de la plus haute catégorie dans ce domaine.

    Notre université compte de nombreux chercheurs avec des indices élevés d'activité de publication, ce dont témoignent les positions de l'université dans les classements internationaux. La tâche consiste à impliquer dans le processus de publication le personnel pédagogique et des étudiants en doctorat peu actifs, qui n'ont pas de telle expérience. Cela concerne principalement les chercheurs des chaires de sciences humaines — philosophie, sociologie, histoire et linguistique.

    - Car ce sont les chaires qui écrivent le plus?

    — Oui, mais elles écrivent principalement en russe. La spécificité de ces disciplines est qu'il leur est difficile de s'intégrer au monde scientifique anglophone. Bien sûr, il y a des revues russes de sciences humaines dans Scopus, par exemples Les questions de psychologie, L'histoire de Russie et d'autres, mais il est difficile d'y entrer car ce sont des revues académiques. Il faut chercher d'autres possibilités, par exemple mener des travaux pour élargir la coopération avec les universités étrangères dans le domaine des sciences humaines.

    - Les agences de notation internationales ont récemment changé la méthodologie des classements universitaires et ont cessé de tenir compte des publications avec un nombre d'auteurs dépassant
    1 000 ou un nombre d'organisations dépassant 10. Qu'en pensez-vous?

    — Rien de bien. Le classement ne tient plus compte de tous les articles préparés en collaboration avec des collègues étrangers dans le cadre des expériences de mégascience. Il faut savoir que la participation aux collaborations pour une université peut être menée aussi bien au niveau d'un chercheur qui travaille à temps partiel que par 20 chercheurs travaillant à plein temps à l'université. Nous sommes dans le second cas. Par exemple, le collectif d'auteurs des articles écrits dans le cadre de l'expérience ATLAS (l'une des quatre principales expériences sur le collisionneur LHC de l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire CERN) comprend entre 15 et 20 employés de de l'Université nationale russe de recherche nucléaire MIFI.

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    Tags:
    publication, science, multiculturalisme, Université nationale de recherche nucléaire (MEPhI), Moscou, Russie
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