Joseph Fadelle, apostat: «Il y a une fatwa qui ordonne de me tuer»

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Réfugié en France depuis dix-huit ans, après seize mois de prison à Bagdad et s’être fait tirer dessus par sa famille, Joseph Fadelle coule enfin des jours heureux. Son crime? Avoir quitté l’islam pour se convertir au christianisme.

«Oui bien sûr que je suis toujours menacé. Il y a une fatwa qui ordonne de me tuer. Je ne communique pas mon adresse et demeure très prudent dans mes déplacements. Même en France, j’ai été menacé de mort.»

Rendez-vous avait été fixé dans une église à Paris, discrétion oblige face à ces perpétuelles menaces. Deux mois que cet entretien était arrêté. Et nous voilà enfin devant Joseph Fadelle, auteur de Le prix à payer, (Éd. L’œuvre). Préférant s’exprimant en arabe, il est ainsi accompagné de son interprète afin de nous raconter ses terribles épreuves.

L’apostasie de l’islam

Tout commence en Irak dans les années 80. Pendant son service militaire, durant la guerre contre l’Iran, Mohamed Moussaoui (désormais Joseph Fadelle), appartenant à un illustre clan chiite, fait la connaissance de Massoud, son camarade de chambrée, un chrétien. Sitôt passée la méfiance réciproque, chacun essaie de convertir l’autre à sa religion. Massoud enjoint ainsi Mohamed à relire le Coran et à chercher à le comprendre. Et là, il tombe des nues.

«J’ai alors compris, en poussant mes recherches, que le Coran ne pouvait être la parole de Dieu, que Mahomet ne pouvait avoir aucun rapport avec Dieu et ne saurait être prophète. C’est alors que j’ai quitté l’islam.»

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Puis Massoud lui prête un exemplaire du Nouveau Testament, qu’il trouve bien plus convaincant. Il devient alors progressivement chrétien. Jusque-là, pas de problème pour nos esprits occidentaux, habitués à la liberté religieuse depuis belle lurette. Il ne s’agit pas de nier en Occident, l’Inquisition, la croisade contre les cathares, les Morisques en Espagne et les pogroms dans l’empire tsariste. Sauf qu’il s’agit de ce qui se passe actuellement en Irak, avec ses traditions claniques et qu’il s’agit surtout de quitter l’islam, ce qui est considéré comme un crime dans de nombreux pays musulmans, et en tout état de cause un parcours personnel complexe. Les cinéphiles se souviennent d’ailleurs de L’apôtre, de Cheyenne Carron, film remarquable traitant d’une difficile conversion en France d’un musulman au catholicisme.

Rescapé de la prison et des balles

Joseph Fadelle est le témoin toujours vivant de la situation plus que dramatique de ces ex-musulmans. Une fois son apostasie découverte, débute son calvaire.

«J’ai été emprisonné pendant un an et quatre mois dans une prison, où les conditions de détention étaient parmi les plus dures en Irak. Quand j’ai quitté cette prison, il n’était plus possible pour moi de rester en Irak. Mon calvaire s’est poursuivi après la prison. Le seul pays dans lequel on était autorisé à se rendre, nous autres Irakiens, c’était la Jordanie. Alors ils m’ont poursuivi jusqu’en Jordanie et ils m’ont tiré dessus. Je remercie le Seigneur qui m’a sauvé. C’est ma famille qui a tiré sur moi. Quatre de mes frères et un oncle.»

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L’islam et sa critique

Des scènes qui ne paraissent plus invraisemblables après l’épisode monstrueux de Daech*, qui infligeait tortures et mort aux mécréants (chrétiens et yézidis) et aux hérétiques (chiites). Mais la simple critique de l’islam en tant que telle reste un sujet extrêmement sensible en ce moment. En témoigne la récente polémique aux Universités d’été de la France Insoumise sur l’islamophobie et le droit de débattre sereinement des religions. Charlie Hebdo en a fait l’amère expérience avec l’assassinat terroriste de la plupart des membres de sa rédaction. Pour Joseph Fadelle qui cite notamment le verset 89 de la sourate 4, le coupable est tout désigné.

«C’est l’islam, la seule religion sur terre qui interdit à celui qui y adhère de la quitter, sous peine d’être tué. Il te faut quatre secondes pour faire ta conversion, et c’est définitif. Soit tu restes musulman, soit tu meurs. Cela n’a rien à voir avec les Arabes ni le Moyen-Orient. C’est bien l’islam le problème.»

Ce qui a pour conséquence marquante l’accueil initialement réservé à Joseph Fadelle par les chrétiens d’Orient: de la méfiance, du rejet et surtout de la peur. Le prosélytisme leur est tout à fait interdit, sous peine de graves sanctions pour la communauté. Un climat de peur pour ces minorités chrétiennes qui s’est d’autant plus alourdi avec la chute de Saddam Hussein. Sacrifier une brebis pour sauver le troupeau? Ainsi, ce réfugié en France déplore ce renoncement de l’esprit missionnaire:

«Les chrétiens d’Orient sont repliés sur eux-mêmes, parce qu’ils craignent les autres, parce qu’ils ont peur de l’islam! Ils arrivent à peine à se mettre à l’abri des problèmes. Alors, ils se méfient quand quelqu’un vient les rejoindre, de peur qu’il ne soit un espion, ou qu’il vienne les impliquer dans des problèmes.»

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L’Exode

Après sa fuite en catastrophe d’Irak et quelques mois très compliqués en Jordanie, la famille Fadelle parvient enfin à s’échapper du Moyen-Orient et à trouver refuge en France en 2001. Deux années après, George W. Bush déclenchait le chaos en éliminant Saddam Hussein. Cela fait ainsi dix-huit ans que Joseph est arrivé à Paris, il a obtenu depuis la citoyenneté française et vit maintenant d’une allocation de handicapé. Se défendant de toute haine envers les musulmans, il passe désormais son temps à témoigner de ses épreuves lors de conférences et à vouloir convertir ses ex-coreligionnaires. C’est ainsi qu’il a réussi à renouer contact avec sa famille:

«Deux d’entre eux, un frère et une sœur, sont aujourd’hui chrétiens. Un de ceux qui avaient tiré sur moi est aujourd’hui chrétien et réside également en France. Et un autre est sur la voie, j’espère que l’on entendra bientôt une bonne nouvelle à son sujet. Il a quitté l’islam, mais il n’est pas encore chrétien.»

*Organisation terroriste interdite en Russie

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