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    Pour Julien Aubert, député LR, Marion Maréchal et Emmanuel Macron sont des «bébés-lumière»

    © AFP 2019 JOHN THYS
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    Julien Aubert, député et candidat malheureux en octobre dernier à l’élection du président de LR, a répondu aux questions de Sputnik sur le néolibéralisme incarné par Macron, le refus de «l’union des droites» et l’islam en France. Entretien.

    Emmanuel, le faux prophète (Éd. du Rocher) débute par une lettre ouverte au Président de la République. Son auteur, le député LR Julien Aubert, y tutoie le chef de l’État, ayant été l’un de ses camarades à l’ENA, appartenant lui aussi à la promotion Léopold Sédar Senghor. Deux ans et demi après son investiture, à mi-mandat, la nouvelle étoile montante de la droite confie n’avoir jamais cru en Macron, «1% de réforme, 99% de communication».

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    Nous recevant dans son bureau à l’Assemblée nationale, affable et disponible, Julien Aubert nous montre en préambule le carton de la réponse cordiale d’Emmanuel Macron à l’envoi de son livre. 

    Libéralisme politique et économique

    Pourtant, le jeune député du Vaucluse n’a aucun scrupule à critiquer le Président. Réunis à l’école de «l’élite» durant deux années, leurs idées sont aux antipodes, «lui, le social-libéral épanoui dans la mondialisation» et «moi le gaulliste de droite attaché à la Nation.» La crise des Gilets jaunes, qui célébrait le 17 novembre son premier anniversaire, a dévoilé le visage du président Macron et son arrière-plan idéologique. «L’apôtre de la mobilité» face à cette «révolte de l’enracinement».

    «Emmanuel Macron était le représentant d’intérêts essentiellement capitalistiques, financiers, de la haute administration.»

    Deux fondamentaux en Emmanuel Macron, l’hémisphère gauche, le progressisme qui lui permet aisément, via le féminisme, la PMA, de gauchiser et verdir son mandat. Puis l’hémisphère droit, l’économicisme. Répondant aux Gilets jaunes par des mesures budgétaires et le Grand débat qui s’apparente davantage à de la communication, il se base en priorité sur «l’économie pour voir la société».

    Y a-t-il de la place entre Macron et Le Pen?

    Ce logiciel économique néolibéral était mis en exergue par la plupart des candidats à la primaire de la droite fin 2016. Un constat finalement masqué par l’affaire Fillon, mais le programme présidentiel de LR était effectivement qualifié d’ultralibéral, notamment avec la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires. Selon Julien Aubert, le manque de refondation idéologique de la droite depuis des dizaines d’années explique la prise de pouvoir au sein de LR de cette droite «plus attachée aux sujets économiques», au détriment de «la droite plus attachée aux sujets politiques et sociaux», dont il est le tenant aujourd’hui.

    «Après 1992, 93, elle a embrassé les grands dogmes de l’époque, également portés par la gauche, le libre-échangisme, toujours moins de limites aux frontières, la libre-concurrence et puis les privatisations. Aucune remise en cause.»

    Vu comme le candidat le plus «droitier», Julien Aubert a recueilli 21% des suffrages lors de l’élection du président des Républicains, remportée avec 62,58% des suffrages par Christian Jacob. Julien Aubert ne retient que «les forces vives» qui auraient voté pour lui, c’est-à-dire les jeunes militants. Car dans son livre, il déplore que LR soit devenu grosso modo un parti de retraités, le parti du moins d’impôts et du plus de flics: «un programme de plus en plus simple, le plus petit dénominateur commun». De la présidentielle aux Européennes, il existe encore de nombreux élus au parti, mais de moins en moins d’électeurs. C’est ce que dénonce l’élu gaulliste:

    «Le jour où dans votre mouvement politique, il n’y a plus que des gens qui ont un mandat, vous avez ensuite l’avenir du CNIP, vous êtes présents au Sénat, vous vous réduisez de mandat en mandat jusqu’à perdre vos derniers élus, parce que vous ne défendez plus rien dans la société.»

    Difficile en effet de mettre sous le tapis des divergences de plus en plus importantes entre ceux qui flirtent avec la majorité LREM, comme Christian Estrosi et Jean-Luc Moudenc, et d’autres, qui tentent d’exister entre Le Pen et Macron.

    Plutôt Chevènement que Marine Le Pen

    Souvent courtisé par les zélateurs de «l’union des droites», celui qui se définit comme «séguino-pasquaïen» ne veut pourtant pas en entendre parler. À l’image des velléités régulières de la gauche de s’unir, ce concept plutôt flou, qui souhaiterait réunir l’ensemble des droites pour arriver au pouvoir, est revenu sur le devant de la scène depuis 2017. C’est Nicolas Dupont-Aignan qui a rompu la digue au deuxième tour de l’élection présidentielle en se ralliant à Marine Le Pen. Sans lendemain. Julien Aubert est catégorique sur la question.

    «Non, pas d’union des droites.»

    Car pour lui, le Rassemblement national est un fourre-tout idéologique, sans cohérence:

    «Il y a des gens qui pensent comme moi, donc je n’aurai aucun problème à travailler avec eux, ils étaient chez nous avant. Et puis il y a des gens qui étaient nos adversaires les plus farouches, parce qu’ils sont d’extrême-droite.»

    En outre, il n’y voit même pas l’intérêt comptable. Marion Maréchal ne représente pas non plus une solution miracle, il rappelle ainsi son inexpérience administrative. Aubert ne souhaite pas reproduire le phénomène Macron.

    «Vous avez le bébé-lumière. C’est-à-dire qu’un jour, on vous jette quelqu’un sur la place publique en disant, c’est un beau produit, beau physique, intelligent, il parle bien, les gens disent ça y est, on a trouvé. Macron, ça a été ça. Les gens sont allés voter, ont suivi le prophète.»

    Le diagnostic qu’il pose, c’est que l’élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée a fait exploser le clivage droite-gauche et que la droite représentée par LR disparaît petit à petit. Il s’agit pour lui de former un bloc républicain, social et patriote. Donc une alliance avec certains à gauche, notamment le courant chevènementiste, sous-représenté en politique, mais qui pourrait s’avérer porteur.

    «La droite peut être sociale, ce qui nous permettra de nous mettre en raccord avec des gens de gauche qui aiment la nation et qui aiment la République.»

    «Mohamed Rachid et Jean Rachid»

    Les voix à droite sont peu audibles dans le débat public, Macron lui ayant «volé» ses thématiques économiques et Le Pen celles liées à la sécurité. Sur les polémiques sur le voile de ces derniers mois, Julien Aubert adopte un discours plutôt ferme, estimant néanmoins qu’il est tout à fait possible d’être «être citoyen français et musulman.» Seulement, il demande à la communauté musulmane d’abandonner une série d’us et coutumes «qui ne sont pas raccord avec la société française», du port du voile au hallal.

    «À Rome, fais comme les Romains. Je reprends la phrase de Clermont-Tonerrre, tout donner aux musulmans comme individus, tout leur refuser comme nation.»

    L’une de ses propositions-phare a fait polémique, celle de donner aux Français d’origine étrangère un deuxième ou un troisième prénom français. L’essayiste Éric Zemmour avait été accusé de racisme en proposant sur le plateau de «Salut les Terriens» de renommer Hapsatou Sy «Corinne». Le député LR y voit un moyen de faciliter l’intégration dans le milieu du travail et dans la société, pour «essayer le moins possible de vous différencier du collectif.»

    «Le voile en est un bon exemple. Le nom est également un bon exemple. Ce n’est pas la même chose que de s’appeler Mohamed Rachid et Jean Rachid. Dans l’un, vous vous dites, tiens, c’est un étranger, dans l’autre, c’est un Français d’origine étrangère.»

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    Tags:
    Marion Maréchal-Le Pen, Emmanuel Macron, Julien Aubert
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