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    USA: «Ce qui est important, c’est de convaincre l’opinion publique et non pas d’obtenir un impeachment»

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    Après l’affaire russe, l’affaire ukrainienne pourrait provoquer l’impeachment de Donald Trump, voire sa destitution. Retour sur les enjeux politiques de cette enquête avec Olivier Piton, avocat en droit public français, européen et américain basé à Washington.

    Trump pire que Nixon? Difficile de percevoir le vrai du faux dans cette nouvelle affaire qui empoisonne le Président américain. Les auditions publiques sont terminées. L’enquête devrait donc entrer dans une nouvelle phase à la Chambre des représentants, à majorité démocrate, qui devrait sans nul doute avant Noël voter l’impeachment de Donald Trump, c’est-à-dire son acte de mise en accusation pour corruption et abus de pouvoir. La procédure passerait ensuite au Sénat, à majorité républicaine, où une destitution du chef d’État américain avant le scrutin de novembre 2020 paraît improbable.

    Dans quelles mesures cette enquête pourrait déterminer le sort de l’élection présidentielle américaine? Sputnik a interrogé Olivier Piton, avocat en droit public français, européen et américain, auteur de Les transgressifs au pouvoir (Ed. Plon).

    Sputnik France: Les auditions dans l’enquête sur l’affaire ukrainienne ont pris fin. Selon vous, le Président américain peut-il être destitué?

    Olivier Piton: «Il ne faut jamais dire jamais. Il faut toujours rester prudent. Mais la procédure de l’impeachment est en deux phases. Une première phase d’audition a eu lieu à la chambre des représentants majoritairement démocrate où il y a de très fortes chances qu’une majorité simple se dessine pour poursuivre la procédure d’impeachment jusqu’au Sénat qui est la chambre décisionnaire en la matière. Au Sénat, pour que l’impeachment aboutisse, il faudra que ceux qui sont en faveur de la destitution du Président Trump, obtiennent 67 sièges sur 100. Or les républicains ont la majorité à la chambre. Il faudrait quasiment une trentaine de républicains du côté de la destitution, ce qui est hautement improbable sauf fait nouveau absolument extraordinaire. Donc non. On est dans le théâtre d’ombres. On est dans une forme de cirque médiatique, mais également de bataille concomitante dans le cadre de la campagne électorale de 2020. Ce qui est important, c’est de convaincre l’opinion publique et non pas d’obtenir un impeachment.»

    Sputnik France: Après la «chasse aux sorcières» chez les Russes, la «chasse aux sorcières» ukrainienne. Comment jugez-vous la stratégie des démocrates?

    Olivier Piton: «Ce qui n’a pas été repris dans les médias français, c’est pourquoi est-ce que maintenant, à l’occasion de l’affaire ukrainienne et après l’affaire russe, les démocrates ont finalement décidé de lancer la procédure d’impeachment? Au-delà de la gravité des soupçons concernant l’affaire ukrainienne, les démocrates étaient coincés par le fait que le fils de Joe Biden, Hunter Biden était concerné. Je pense qu’il y a une solidarité de la part des démocrates pour défendre Joe Biden et défendre Hunter Biden qui les a amené jusqu’à l’impeachment. Et l’aile centriste menée par Nancy Pelosi, qui jusqu’à présent était hostile à l’impeachment, a basculé afin de protéger l’un des principaux candidats à la primaire démocrate, qui est Joe Biden. Malheureusement ce qui se passe à l’heure actuelle, c’est le silence assourdissant de Joe Biden qui ne parle pas beaucoup et qui semble être à ce stade, beaucoup plus que Donald Trump, la première victime de cette procédure. Il est rattrapé dans les sondages, en particulier dans l’Iowa par Elizabeth Warren, voire même par d’autres candidats. Même Sanders n’est pas extrêmement loin. Il a repris des points après son malaise cardiaque. À ce stade, je trouve que la tentative de sauver le soldat Biden par les démocrates qui les lance dans cette procédure d’impeachment nuit d’abord à Joe Biden, en tant que candidat favori des primaires démocrates.»

    Sputnik France: Que pensent les Américains de cet acharnement des démocrates contre Donald Trump?

    Olivier Piton: «Il n’y a pas de juste milieu. Ceux qui sont convaincus que Trump est Dieu sur terre refusent absolument d’entendre tous les arguments concernant une possible tentative de corruption du Président ukrainien pour tenter de discréditer Hunter Biden. Et d’un autre côté, ceux qui sont plutôt démocrates et qui pensent que Trump est frappé d’une forme d’illégitimité depuis l’élection de 2016 considèrent que Trump est de toute façon coupable. Il n’y a pas de gens qui se trouvent au milieu du gué, vous avez les anti-Trump forcenés ou les pro-Trump forcenés.»

    Sputnik France: Quelles conséquences cette affaire peut-elle avoir sur l’élection présidentielle en 2020?

    Olivier Piton: «Je pense vraiment qu’il y a un impact impeachment. Non pas en raison de la procédure elle-même, mais des forces qui sont mises en place d’un côté ou de l’autre de l’impeachment et leur impact sur l’opinion publique américaine. C’est ça qui est en jeu. Très honnêtement, l’impeachment n’aboutira pas pour les raisons évoquées. Ce qui est en jeu, c’est l’impact de cette procédure sur l’opinion publique américaine et en particulier sur les États susceptibles de basculer. Parce qu’ils avaient basculé en faveur de Donald Trump en 2016 et qu’ils pourraient rebasculer de l’autre côté. On remarque que l’aile radicale de gauche est très en pointe et profite d’ailleurs de la procédure pour avancer un certain nombre d’idées que nous ici en France, on pourrait trouver parfaitement centristes comme la quasi-gratuité des prêts étudiants, une réforme profonde du système de santé voire, la mise en place d’un salaire minimum. On a deux fronts du côté des radicaux: la fois la volonté d’être jusqu’au-boutiste dans l’impeachment et profiter pour faire avancer des idées programmatiques.

    Jusqu’à présent, la partie centriste démocrate — Joe Biden, Nancy Pelosi et les ex-soutiens d’Hillary Clinton — étaient dans une situation compliquée parce qu’ils soutiennent l’impeachment, mais en même temps sont opposés à cette radicalisation du parti démocrate. On a donc des figures qui sortent, des figures d’avenir du Parti démocrate, pas pour ce coup-là mais pour le coup d’après. Sur l’opinion publique, ça a incontestablement un impact même s’il est léger. On sent quand même un frémissement des critiques anti-Trump et une légère hausse du doute qui habite les électeurs quant à la stratégie de Trump.»

    Sputnik France: Comment ont réagi les Américains face aux déclarations d’Emmanuel Macron sur l’Otan qui serait en état «de mort cérébrale»?

    Olivier Piton: «C’est très amusant parce que ça a été relativement peu repris par la presse américaine. Ça a été extrêmement repris par la presse britannique et européenne. Ce qui est mis en avant par la presse américaine, c’est plus le conflit de plus en plus ouvert entre la France et l’Allemagne sur l’Otan que les positions françaises sur l’Otan. On juge moins la position de Macron qui parle d’encéphalogramme plat concernant l’Otan, que de la résistance allemande à la position française et à la fracture de plus en plus importante entre la France et l’Allemagne. C’est ça qui intéresse les Américains. [...] On note d’ailleurs, et c’est plutôt à l’avantage d’Emmanuel Macron, qu’il semblerait que la position allemande soit considérée comme une position de faiblesse, et que finalement, l’avenir de Europe, c’est plutôt celle d’Emmanuel Macron.»

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    Tags:
    Hillary Clinton, Emmanuel Macron, Donald Trump
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