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Ce 31 janvier marque le début du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, une première dans l’histoire de l’UE. Les négociations commerciales entre Londres et ses partenaires européens vont pouvoir débuter. Seuls, les Britanniques ne manquent pourtant pas d’atouts, comme le souligne à notre micro François Asselineau, président de l’UPR.

Les eaux de la Tamise se changeront-elles en sang à minuit, heure de Paris, comme l’ironise Vincent Brousseau, responsable national UPR responsable de l’euro? Pour la première fois, un pays membre va quitter l’Union européenne. Ce soir à minuit, heure de Paris, le Brexit sera acté. Après 47 ans de présence, les 73 députés britanniques du Parlement européen céderont leurs sièges, dont cinq seront repris par des élus français.

Pour autant, ce départ n’est toujours pas pleinement effectif, puisque le Royaume-Uni continuera d’être considéré par Bruxelles comme un État membre à part entière, conservant provisoirement ses droits d’accès au marché unique et continuera d’appliquer le droit européen, y compris les règles qui seront adoptées par les instances bruxelloises.

C’est donc une période de transition qui s’ouvre, jusqu’au 31 décembre 2020 au moins, les termes de la future relation entre Londres et Bruxelles restant à déterminer. Pour autant, cette journée reste «historique», comme le soulignent nombre de nos confrères, et les Brexiters ne seront pas les seuls à la célébrer. En France, l’Union Populaire Républicaine (UPR), le parti du Frexit, créé et présidé par François Asselineau depuis 2007 a également prévu de marquer le coup. Il revient à notre micro sur ces plus de trois années et demie, marquées par les rebondissements politiques et les discours médiatiques alarmistes (qui ne cessent pas). Trois années et demie qui nous séparent du vote du 23 juin 2016 où les Britanniques se prononcèrent en faveur du divorce avec l’UE.

Sputnik: Clap de fin pour le feuilleton du Brexit. Ce soir minuit, le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne, ou du moins entrera dans la période de transition menant à sa sortie effective des 28. Quel est votre sentiment, ce jour, vous qui plaidez justement pour la sortie de la France de l’UE depuis plus d’une décennie?

François Asselineau: «Mon sentiment est une grande joie et ça devrait être la grande joie de tous les démocrates. 52% des Britanniques ont voté pour le Brexit le 23 juin 2016 et pendant plus de trois ans et demi, on les a fait lanterner pour mettre en œuvre ce qu’ils avaient décidé, c’était une atteinte majeure à la démocratie.

On se réjouit que la démocratie fonctionne encore au Royaume-Uni. Notons que cela fonctionne beaucoup moins bien en France puisque 55% des Français ont voté “Non” au référendum de 2005 sur la Constitution européenne et après avoir fait patienter les Français pendant à peu près la même durée, en 2008, la France a ratifié dans le dos du peuple français la Constitution européenne, ré-intitulée traité de Lisbonne, qui reprenait 99,9% de ce qu’il y avait dans le premier texte. Ce qui est une forfaiture, non pas juridique, mais morale et politique vis-à-vis du peuple français.

François Asselineau
© AFP 2020 Geoffroy Van Der Hasselt
La deuxième chose pour laquelle on se réjouit, c’est que le peuple français et les peuples d’Europe vont pouvoir juger sur pièces, puisqu’on a promis depuis des mois et des années aux Britanniques, comme on l’avait fait auparavant aux Suédois s’ils refusaient l’euro, le scénario catastrophe, l’apocalypse. On voit que plus on se rapproche de la date, plus les cassandres se font discrètes et on assiste même à des virages sur l’aile spectaculaires.

Le Front Monétaire International, du temps de Christine Lagarde, avait annoncé que les semaines suivant un référendum négatif seraient une apocalypse financière. Depuis trois ans et demi, l’apocalypse financière n’a pas eu lieu, bien au contraire, puisque le chômage n’a pas cessé de diminuer au Royaume-Uni et que tous les indicateurs économiques sont quasiment au beau fixe. Il y a quelques jours, c’est le FMI lui-même qui annonce qu’après le Brexit, il n’y aura pas l’apocalypse annoncée.»

Sputnik: Mais la sortie de l’UE n’est pas effective immédiatement… 

François Asselineau: «Ce soir à minuit, heure de Paris, le Royaume-Uni va sortir juridiquement de l’Union européenne, mais il entre dans une période dite de transition, dont la durée n’est pas parfaitement précisée, mais dont le Premier ministre Boris Johnson a dit qu’il souhaitait qu’elle ne dure pas au-delà du 31 décembre 2020. Le Royaume-Uni reste dans le marché commun, dans l’union douanière et se voit encore appliquer la Cour de Justice de l’Union européenne. Certains pourront faire valoir que le plus gros reste à venir: la nature de l’accord commercial qui sera conclu.

Néanmoins dans le monde économique, les décisions d’investissement se prennent très longtemps à l’avance. Or, non seulement on n’assiste pas à un mouvement de panique et de retrait des entreprises du Royaume-Uni, mais bien au contraire au phénomène inverse. Donc nous on se réjouit de constater que les peuples d’Europe et la France vont avoir une preuve par A+ B qu’il y a une vie après la sortie de l’Union européenne, que cela se passe très bien, c’est notre sentiment.»

Sputnik: Pour quelle raison?  

François Asselineau: «Je remarque qu’il n’y a pas seulement le ton du FMI qui a changé, mais également que la presse française commence à évoluer.

​Pour nous, c’est en train de changer complètement les perspectives, à la fois du point de vue historique, puisque les peuples commencent à se rendre compte que l’on peut sortir de l’Union européenne. Or, ce principe même était en doute dans l’esprit des gens. La deuxième chose qui va arriver, c’est de montrer que la vie est meilleure lorsqu’on est sorti de l’Union européenne, plus démocratique.»

Sputnik: Entre 23 juin 2016, le vote des Britanniques et ce 31 janvier 2020, il s’est écoulé mille trois cent dix-sept jours. Pourquoi autant de temps pour –simplement– acter le résultat vote?

François Asselineau: «Il y avait d’abord une ambiguïté. Lorsque les Britanniques ont voté, c’était pour le Brexit sans entrer dans le détail et des forces économiques et médiatiques au Royaume-Uni ont essayé de faire croire que le choix était soit que le Royaume-Uni sortait avec un accord, soit il n’y avait pas de Brexit. C’est-à-dire que l’hypothèse d’une sortie sans accord –le No deal– a été présentée comme quelque chose que les Britanniques auraient refusé, ce qui n’est absolument pas vrai. Les Britanniques voulaient sortir, qu’il y ait ou non accord.

Quand vous faites négocier le Brexit par d’un côté un gouvernement britannique et une majorité de parlementaires en conflit avec l’opinion publique, qui ne sont pas favorables au Brexit, et de l’autre côté –à la Commission européenne–, des gens qui ne sont pas favorables au Brexit, il s’est passé ce qui devait se passer, c’est-à-dire qu’on a vu apparaître une quantité d’embûches, de traquenards, de roueries politiciennes, de manœuvres tortueuses au Parlement pour en fait empêcher que ceci débouche sur quoi que ce soit… plus personne n’y comprenait rien. Puis madame Theresa May, qui n’a certainement pas la même force de caractère que Boris Johnson, s’était laissée aller à signer un accord qui était totalement inacceptable, puisqu’il revenait à laisser ad infinitum le Royaume-Uni dans une situation où il était en dehors de l’UE, mais en acceptant toutes les règles de l’UE. C’est pour cela qu’il y a eu ce blocage.

Force est de constater que Boris Johnson, en cinq mois et 23 jours, a réussi ce que Theresa May n’avait pas fait en trois ans, c’est-à-dire qu’il a réglé la question de l’Irlande du Nord et de surcroît, il a fait cette période de transition en la limitant à 11 mois. Certains peuvent trouver que la rupture aurait pu être plus brutale, mais la sagesse invite quand même à considérer que c’est la bonne solution, parce qu’une fois le Royaume-Uni sera sorti de l’Union européenne– de même qu’une fois que la France sera sortie de l’UE– on restera bien sûr voisins et on aura bien sûr des relations économiques et commerciales très importantes dans tous les sens, comme d’ailleurs la Suisse a des relations économiques et commerciales très importantes avec ses voisins alors qu’elle n’est pas dans l’Union européenne.»

Sputnik: Quelle sera la marge de manœuvre des Britanniques pour négocier ces futurs accords avec les États membres de l’Union européenne? Londres pourra-t-elle s’entretenir de manière bilatérale avec ces derniers ou devra-t-elle s’adresser à Bruxelles?

François Asselineau: «Ce sera avec l’Union européenne, puisque le marché commun et l’union douanière sont des prérogatives de la Commission européenne. Cela étant, les Britanniques sont suffisamment fins négociateurs et suffisamment rompus aux relations internationales depuis plus d’un millénaire pour savoir que l’une des tactiques habituelles est d’essayer de jouer des intérêts des uns contre les autres. Les Britanniques sont experts en la matière!

On a pu voir au passage la vraie nature des européistes: ce sont des idéologues qui détestent les verdicts des peuples, qui détestent en fait la différence de cultures, de langues, d’histoires, de religions, de tissus sociaux, d’anthropologies sociales, etc. Beaucoup de gens qui avaient dit “on va faire payer les Britanniques le maximum”. Le problème, c’est que maintenant qu’on est au pied du mur, à partir du 1er février, les négociations vont s’ouvrir, les gens vont découvrir que les dossiers sont compliqués et que le Royaume-Uni a de sacrés atouts dans sa manche.»

Sputnik: Quels sont-ils, notamment vis-à-vis de la France?

François Asselineau: «Elle vend au Royaume-Uni chaque année 32 milliards d’exportations et achète 20 milliards d’euros en importations. Ce qui signifie que le Royaume-Uni est pour la France le premier excédent commercial mondial, de 12 milliards d’euros, devant celui de Singapour qui est de seulement 5,8 milliards d’euros.

Cela veut dire que si la France s’avisait de lui faire la vie dure dans les négociations –et Boris Johnson l’a déjà rappelé–, le Royaume-Uni pourrait taxer un certain nombre de produits français, comme le Champagne, les vins, de façon dramatique pour pénaliser les exportations françaises. D’ailleurs, le Royaume-Uni, qui en même temps signe des accords de commerce avec l’Australie, l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande, etc. pourrait très bien se procurer du vin champagnisé ou du vin blanc ou du vin rouge dans ces pays. Donc cela veut dire que la France pourrait perdre des milliards d’euros si elle adoptait une politique de sanctions.»

Sputnik: Et par rapport à l’Allemagne?

François Asselineau: «Entre l’Allemagne et le Royaume-Uni, il y a beaucoup d’échanges interentreprises, c’est-à-dire des entreprises qui ont délocalisé telle ou telle partie de leur fabrication, par exemple des pièces détachées pour des entreprises automobile ou aéronautique. Les Allemands vendent beaucoup d’automobiles au Royaume-Uni, mais il y a des pièces détachées qui sont fabriquées au Royaume-Uni et importées en Allemagne.

Vous avez donc les géants allemands de l’automobile qui ne veulent surtout pas avoir un politique sévère vis-à-vis du Royaume-Uni, puisque cela serait vraiment très pénalisant pour eux.»

Sputnik: Quel est le rapport de forces commercial avec l’UE dans son ensemble?

François Asselineau: «Beaucoup de gens disent que le Royaume-Uni a besoin d’un marché de 450 millions d’habitants, oui c’est possible, mais c’est un marché avec lequel ils dégagent un déficit commercial géant et en même temps, ils négocient des marchés avec 6 milliards d’habitants dans le reste du monde. L’Union européenne, de son côté, a un besoin très important, notamment la France, de maintenir de très bonnes relations commerciales avec le Royaume-Uni.

Pareil en matière de services, où la France dégage aussi un excédent de 6,7 milliards d’euros, pareil en matière d’investissements directs à l’étranger, puisqu’il y a quelque chose comme 3.800 entreprises françaises qui sont présentes au Royaume-Uni […] où elles font quelque chose comme 120 milliards d’euros de chiffre d’affaires, alors que dans l’autre sens il n’y a je crois que 1.200 entreprises britanniques en France dégageant quelque chose comme 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Cela veut dire que nous avons aussi intérêt à protéger les investissements directs. Si on sanctionnait le Royaume-Uni sur ses investissements en France, il sanctionnerait nos investissements au Royaume-Uni. […] Cela devrait conduire, normalement, toutes les parties à avoir une relation raisonnable.»

Sputnik: Pas d’accords-sanctions, donc.

François Asselineau: «Il y a beaucoup de gens qui ont pensé, sous la force de la propagande, que sortir de l’Union européenne, cela voudrait dire forcément entrer au Carmel, devenir la Corée du Nord, ne plus avoir de relation avec personne, couper les ponts, fermer les frontières, ne plus commercer. C’est une vision totalement délirante de la réalité. Tout le monde sait bien que la Suisse ou la Norvège, qui ne sont pas dans l’UE, commercent énormément et d’ailleurs pas uniquement avec l’Union européenne.

Une fois le Royaume-Uni sortie de l’UE, il continuera d’avoir des relations dans tous les domaines, pas seulement commerciales. On avait aussi fait croire, s’agissant des flux de personnes, que des citoyens de pays membres de l’UE installés au Royaume-Uni, pourraient être chassés comme des malpropres. En fait non, tout cela est géré de manière adulte et raisonnable. Il faut bien comprendre que l’objectif fondamental de la sortie de l’Union européenne, c’est d’abord de rendre aux peuples leur démocratie pour qu’ils puissent décider de leur politique économique, sociale, diplomatique, environnementale, agricole et industrielle, etc., mais également d’avoir une politique qui serve leurs intérêts nationaux, ce qui n’est plus le cas.

On le voit bien pour la France, où notre politique ne sert plus nos intérêts nationaux et ne correspond plus à ce que souhaitent les Français. On le voit bien avec les Gilets jaunes, le mouvement sur la réforme des retraites. Je rappelle que les revendications des Gilets jaunes –de même que la réforme des retraites– portent sur des sujets qui sont en fait imposés par la Commission européenne au nom du rapport sur les grandes orientations des politiques économiques, publié chaque année pour la France.»

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Royaume-Uni, Brexit, François Asselineau
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