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Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé trois mesures pour régler le sort du séparatisme islamiste, la responsabilité des élus locaux pose question. Sputnik a interrogé François Pupponi, député du Val d’Oise, ancien maire de Sarcelles et auteur du livre «Les Émirats de la République».

«Nous devons savoir d’où vient l’argent, qui le touche et pour quoi faire» a déclaré Emmanuel Macron le 18 février à Mulhouse, lors d’un discours très attendu sur la lutte contre le séparatisme islamiste.

Déterminé à limiter les «influences étrangères» sur l’islam en France, le chef de l’État a notamment annoncé trois mesures: la disparition des ELCO (enseignements en langues et cultures étrangères), la fin de l’accueil des «imams détachés», ainsi que le contrôle des financements de mosquée. Il s’est finalement interrogé sur la construction de l’immense mosquée An-Nour à Mulhouse, financée en partie par une ONG du Qatar.  

Au-delà de la portée réelle de telles mesures, le constat est clair. Le Président de la République évoque un «séparatisme islamiste» qui existe en France et qui est «incompatible avec l’indivisibilité de la République et la nécessaire unité de la nation». Comment en est-on arrivé là? À l’approche des élections municipales, il s’agirait sans doute de s’interroger sur la responsabilité des élus locaux dans la montée de ce «séparatisme islamiste».

La journaliste Eve Szeftel, qui a publié en février l’ouvrage, Le maire et les barbares, (Éd. Albin Michel) jette un pavé dans la mare. Elle accuse ainsi explicitement Jean-Christophe Lagarde, député de Seine-Saint-Denis et président de l’UDI, de clientélisme avec des caïds et des islamistes de Bobigny. Un exemple parmi d’autres. Dans Les territoires conquis de l’islamisme (Éd. PUF), Bernard Rougier décrit aussi le processus de clientélisme en cours dans certaines communes à forte population musulmane. Les Qatar Papers (Éd. Michel Lafon), de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, souligne aussi la porosité de certains élus à l’influence d’organisations musulmanes étrangères.

Autant de constats qui posent la question du rôle des élus locaux dans la lutte contre le séparatisme. François Pupponi, député divers-gauche du Val d’Oise, ancien maire de Sarcelles et auteur du livre Les Emirats de la République (Éd. du Cerf) a répondu à nos questions. Il propose notamment une modification de la loi de 1905 afin de pouvoir remplacer les financements de mosquées en provenance de l’étranger.

Sputnik France: Que pensez-vous des annonces du Président de la République concernant le «séparatisme islamiste»?

François Pupponi: «Pour l’instant, je trouve que ça va dans le bon sens. Je crois que le Président a conscience de ce qui se passe. C’est une bonne chose qu’il décide de réagir. Je n’ai pas grand-chose à dire sur les annonces. Ça va dans le bon sens, mais on verra si c’est suivi d’effet.»

Sputnik France: L’islam politique est-il une réalité? Comment les islamistes prennent-ils le pouvoir concrètement en banlieue?

François Pupponi: «Oui, l’islam politique est une réalité, il arrive juste. On en est aux prémisses, car il s’organise. Localement, on voit bien comment les choses se passent. Donc, il faut réagir avant qu’il ne soit implanté. Ce sont des associations qui s’organisent et qui investissent le champ éducatif, social et culturel. Ce sont aussi des écoles qui ouvrent, éventuellement des clubs de sport.

Il y a une action qui est menée par un certain nombre d’associations qui sont liées à l’islam radical et à l’islam politique et qui essaient d’être présentes partout à la fois pour avoir des velléités politiques. Ils ne font qu’appliquer que ce qui se passe dans le monde par rapport à l’implantation de l’islam politique et de l’islam radical. Il n’y a rien de nouveau. Ce sont leurs méthodes habituelles.»

Sputnik France: Vous avez été maire de Sarcelles. De quels outils dispose le maire pour faire face à ces associations?

François Pupponi: «Quasiment aucun. Juridiquement, vous ne pouvez pas les interdire. Le maire ne peut pas grand-chose si l’État n’est pas présent et si l’État ne l’aide pas. Le Président de la République dit lui-même qu’il faut faire attention aux financements étrangers: si ce n’est pas l’État ou les collectivités locales qui financent quelque part les mosquées, qui va le faire? À un moment, il y aura un problème de prise en compte des musulmans de France qui veulent avoir des lieux de culte. Il faut qu’on y réponde. On peut continuer à faire comme aujourd’hui, c’est-à-dire, on finance sans le dire, en cachette, ou alors on décide de le faire officiellement

Sputnik France: Combattre l’islamisme, c’est aussi se battre contre les élus, comme Jean-Christophe Lagarde, qui sont accusés de frayer avec les islamistes. N’est-ce pas très difficile justement en période électorale?

François Pupponi: «Il est sûr que des élus ont dealé. À un moment, il faut qu’il y ait un cadre national qui lutte contre cela. Mais c’est très compliqué, parce que ces associations sont légales. Soit on lutte politiquement, soit on lutte juridiquement. En tout cas, il faut faire quelque chose. C’est vrai qu’il y a des élus dont j’ai dénoncé l’islamogauchisme qui passent des accords avec eux. Il y a ce problème global d’islamogauchisme et puis il y a effectivement la mise en cause de Jean-Christophe Lagarde.

Dans certains territoires, pour garder ou gagner des villes, certains vont passer des accords avec des réseaux liés soit à l’islamisme radical soit à l’islam politique. Ça arrive tout le temps et partout. Il y en a qui le font volontairement, d’autres par naïveté, mais évidemment, c’est une réalité dans ces quartiers. Vous êtes sollicités soit par des caïds, soit par des réseaux que vous connaissez, soit par des réseaux inconnus, mais qui sont liés à l’islam radical. C’est le lot quotidien des élus de ces quartiers-là.» 

Sputnik France: L’existence de listes communautaires en vue des élections municipales est-elle un danger, selon vous?

François Pupponi: «Ces listes ne seront pas affichées comme telles. Il y aura des élus qui seront en fait des communautaristes et qui se découvriront après. Mais pendant les élections, ils ne se présenteront pas comme tels. Ils arriveront visage masqué.»

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Marine Le Pen, Jean-Christophe Lagarde, Recep Tayyip Erdogan, Emmanuel Macron
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