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Coup de tonnerre dans le procès de Julian Assange. Selon la défense du lanceur d’alerte, Donald Trump aurait offert au fondateur de Wikileaks sa grâce s’il admettait l’absence d’implication russe dans le piratage du Parti démocrate. Décryptage avec Antoine Lefébure, expert des technologies de la communication.

La bombe lâchée par Jennifer Robinson, l’avocate de Julian Assange, a fait son effet devant la justice britannique. La Maison-Blanche s’est vue obligée de démentir l’information selon laquelle Donald Trump aurait proposé la grâce présidentielle au fondateur de Wikileaks, menacé d’extradition aux États-Unis. En contrepartie, le lanceur d’alerte devait disculper la Russie, accusée par les services de renseignements américains d’être impliquée dans la fuite de courriels internes au Parti démocrate.

Lors d’une audience préliminaire, la défense du lanceur d’alerte a cité ce 19 janvier, l’existence d’un document affirmant cette proposition du Président américain, par l’intermédiaire de l'ancien député républicain Dana Rohrabacher.

Selon l’agence britannique Press association (PA), le texte accrédite le fait que M. Rohrabacher est «allé voir M. Assange et lui a dit, sur instruction du Président, qu’il lui proposait une grâce ou une autre issue, si M. Assange […] disait que la Russie n’a rien à voir avec les fuites du parti démocrate.»

N’ayant jamais dévoilé sa source, Julian Assange a toujours nié l’implication de hackers russes dans la fuite de 20.000 courriels qui avait alimenté en 2016 l’hypothèse d’une très probable partialité du Parti démocrate en faveur d’Hillary Clinton contre Bernie Sanders.

Julian Assange a déclaré qu’un «gamin de 14 ans aurait pu pirater Podesta». Pourquoi le Comité national démocrate a-t-il été aussi imprudent? Il a dit aussi que ce ne sont pas les Russes qui lui ont donné ces informations.

Un ancien expert de l’Onu pour les droits de l’homme, Alfred de Zaya, a lui aussi estimé que cette proposition de Donald Trump n’était «sûrement pas pour Assange une offre de mensonge». Celui-ci a ajouté «ne pas apprécier le terme de pardon, car cela implique qu’il y a eu un procès et une condamnation». Or c’est lui, «la victime de l’arbitraire, des irrégularités, des abus de la justice américaine, britannique, suédoise et équatorienne.»

Alors que le lanceur d’alerte, fondateur de Wikileaks, risque jusqu’à 175 ans d’emprisonnement pour espionnage aux États-Unis, quel serait l’intérêt pour Donald Trump de gracier Julian Assange? Sputnik a interrogé Antoine Lefébure, expert des technologies de la communication, essayiste et auteur de L’affaire Snowden: Comment les États-Unis espionnent le monde, paru en 2014 (Éd. La Découverte).

Sputnik France: L’offre de grâce du Président américain à Julian Assange est-elle plausible selon vous?

Antoine Lefébure: «Il est difficile de répondre précisément. Sur ce genre de tractations secrètes, ceux qui savent ne parlent jamais et ceux qui parlent ne savent pas. Ainsi, nous sommes obligés de dresser des hypothèses. Ce qui est sûr, c’est que c’est une possibilité envisageable. Mais dans la mesure où c’est révélé, c’est-à-dire les médias relatent des tractations, à ce moment-là, tout est annulé.

Il n’y a aucun intérêt pour Donald Trump de gracier Julian Assange, et certainement pas de prouver qu’il n’y a aucune relation entre les Russes et la campagne de piratage contre Clinton. À partir du moment où Assange le certifie, tout le monde va plaisanter. Il l’a déjà dit. Mais il y a eu tout de même des enquêtes très précises d’organisations techniques du FBI qui démontrent que c’est effectivement des Russes qui sont entrés dans les sites de l’équipe de Clinton.»

Sputnik France: Vous êtes un spécialiste de l’affaire Snowden. Que représente pour vous Julian Assange? Est-il un lanceur d’alerte?

Antoine Lefébure: «Julian Assange est quelqu’un qui, sans discrimination, a réussi –et cela lui a été reproché– à sortir des documents confidentiels très importants, qui ont démontré toutes les failles des interventions américaines, notamment en Irak. Il a joué un rôle important, il a beaucoup gêné l’Administration américaine et c’est pour ça qu’il est persécuté aujourd’hui. C’est tout à fait un lanceur d’alerte. C’est à cause de ses alertes qu’il est véritablement dans une très mauvaise situation.»

Sputnik France: Quels sont les torts qui lui sont imputés par les États-Unis?

Antoine Lefébure: «On lui reproche d’avoir publié des documents secrets. Dans la mesure où ceux-ci sont publiés, l’administration est très gênée et elle se venge. Si d’autres personnes diffusaient les mêmes choses qu’Assange, ça serait encore pire. Quand quelqu’un fait un péché de ce type-là contre l’armée américaine, il faut absolument que sa vie soit pourrie, sinon l’armée américaine pourrait penser que d’autres soldats ou d’autres lanceurs d’alerte se lancent. Il ne mérite pas du tout le sort qu’il a. Il est enfermé dans des conditions totalement dégradantes dans une prison de très haute sécurité, soi-disant prévue pour des détenus d’Al-Qaida* ou de Daech*, inaugurée en Grande-Bretagne, à Londres par un lanceur d’alerte.»

Sputnik France: Après Wikileaks et l’affaire Snowden, les pratiques américaines d’espionnage du monde entier ont-elles évolué?

Antoine Lefébure: «C’est toujours difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est que les normes de sécurité pour les documents confidentiels et secrets ont maintenant été augmentées. Il y a eu un grand effort de préalerte, d’examen des personnes habilitées au secret-défense, qui sont plus régulièrement examinées.»

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Julian Assange détenu à la prison londonienne de Belmarsh (73)

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Tags:
Hillary Clinton, Emmanuel Macron, Edward Snowden, Donald Trump, Julian Assange
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