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Le déconfinement en France (62)
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Comment manifester son opposition au gouvernement tout en respectant les règles sanitaires? Voilà l’un des dilemmes auquel sont confrontés avant l’élection présidentielle Gilets jaunes, partis politiques ou syndicats. L’essayiste Philippe Pascot dresse le portrait de la contestation dans la France d’après Covid-19. Entretien.

«Pour l’instant, stratégiquement, ça me paraît être une erreur fondamentale qui va renforcer le pouvoir de sécurité que Macron pourrait mettre en place. Donc aujourd’hui, avec le Covid-19, la manifestation, comme on la faisait, a changé. Il faut qu’on invente d’autres méthodes de manifestation.»

Philippe Pascot, auteur de Mensonges d’État (Éd. Max Milo), n’approuve pas les tentatives dispersées de manifestations des Gilets jaunes lors de ce premier week-end de déconfinement dans plusieurs villes en France, malgré les interdictions.

Ancien dirigeant du Parti radical de Gauche, engagé aux côtés des Gilets jaunes, il évoque le risque pour le mouvement contestataire de se couper de la population, particulièrement des commerçants, qui ont déjà été touchés de plein fouet par les grèves et la crise sanitaire. De plus, l’essayiste craint de voir encore «des images négatives de la colère du peuple» provoquées par des «infiltrés». Pourtant, il ne croit guère à la radicalisation dépeinte par le renseignement territorial dans une note confidentielle du 6 mai.

Rassembler «l’ensemble des mécontents»

Philippe Pascot appelle ainsi à la création d’autres modes de contestation sociale, mais surtout au rassemblement de «l’ensemble des mécontents», trop divisés selon lui, de «la caissière de supermarché à la soignante, jusqu’aux chauffeurs d’ambulance et de bus».

«Personne ne peut plus supporter la politique de M. Macron, mais chacun défend sa propre sacristie, sa propre boutique.»

Pour lui, il est inutile de descendre dans la rue à 5.000 dans chaque ville de France chaque samedi. Depuis le début du mouvement en 2018, l’essayiste milite pour une seule grande manifestation unitaire:

«Aujourd’hui, il y a plus de 10 millions de gens en France qui souffrent réellement. Ce sont ces gens-là qui doivent se réunir, mais en un seul endroit, et en un seul nombre. Nous sommes le nombre. Eux ne sont que quelques poignées. Nous sommes des millions.»

Difficile néanmoins d’envisager immédiatement ce grand raout. Peut-il avoir lieu avant 2022? C’est en tout cas ce que semble espérer de son côté Jean-Luc Mélenchon, qui préconise dans son blog le rassemblement autour de «causes communes» plutôt que la «conflictualité» habituelle.

«Ils mentent de plus en plus»

Entre «incompétents» et mensonges, l’exécutif ne trouve pas grâce aux yeux de Philippe Pascot dans la gestion de la crise sanitaire. Comme 66% des Français, il estime que le gouvernement n’a pas été «à la hauteur» de la situation, selon un sondage Odoxa du 10 mai pour Le Figaro et France Info. Alors que la France est classée par l’OCDE comme étant le plus taxé parmi les pays riches, il s’étonne des pénuries et de la faillite du système sanitaire français:

«Nous sommes l’un des pays où la sécurité sociale est la meilleure, et on n’a pas été foutus de traiter cette crise en temps et en heure. On n’a pas été foutus d’avoir des respirateurs qui marchent. On n’a pas été foutus d’avoir des masques. On n’a pas été foutus de tester l’ensemble de la population.»

Tandis que le Président de la République a déclaré sur BFMTV que «nous n’avons jamais été en rupture» de masques, l’auteur de Mensonges d’État considère qu’«ils [le gouvernement NDLR] mentent de plus en plus. Ils sont dans une pyramide de Ponzi, dans du Madoff». Au-delà de cette communication, l’essayiste dénonce un gouvernement qui ne soucierait pas des plus pauvres. Il pense notamment à la suppression, le 9 mai par le gouvernement, d’un amendement qui prévoyait l’exonération des frais bancaires pour les plus vulnérables: «ils ont crevé la dalle, ils ne savent plus comment régler leurs factures, ils ont eu des découverts, mais il faut quand même qu’ils paient leurs agios

​Alors que le confinement a dans l’ensemble été respecté par les Français, certains s’inquiètent du prolongement de l’état d’urgence sanitaire, qui justifierait de nouvelles restrictions aux libertés publiques et politiques. Dans son collimateur se trouvent en particulier le traçage numérique des personnes infectées, mais aussi l’adoption de la loi Avia, qui entend lutter contre la «cyber haine». Philippe Pascot s’oppose frontalement à cette loi, qui renforcerait selon lui le «politiquement correct» et la réduction de «la liberté d’expression».

Des procédures judiciaires sans avenir?

Sitôt la crise sanitaire terminée, les professionnels de santé souhaitent trainer en justice les responsables politiques. Soixante-trois plaintes à l’encontre de membres du gouvernement auraient déjà été déposées, a indiqué le 12 mai François Molins, procureur général près la Cour de cassation, au micro de RTL. Philippe Pascot ne croit pas à ces poursuites judiciaires, comparant la situation à deux précédents scandales:

«Il y a eu beaucoup de condamnés sur le sang contaminé? Il y a eu beaucoup de condamnés sur l’amiante? […] Ils s’en foutent, de cette réputation. Il est où, Laurent Fabius, aujourd’hui? [Il est président du Conseil constitutionnel, ndlr] On est d’accord, c’est vachement grave, la punition.»

Pour lui, la solution consiste à ne plus voter pour cette majorité le moment venu: «on est encore en démocratie et on ne s’en sert pas assez». Ainsi, il «adore» Front populaire, la nouvelle initiative de Michel Onfray, revue qui entend réunir souverainistes de droite et de gauche. Peut-elle avoir un effet disruptif sur l’élection présidentielle de 2022?

Dossier:
Le déconfinement en France (62)

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