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Études sur le coronavirus – mai (46)
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Malgré l’interdiction de prescription de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19, le professeur Raoult continue à défendre son protocole de soins. Sputnik a interrogé l’un de ses plus ardents défenseurs, le député européen Gilbert Collard, qui fustige «l’acharnement» contre le scientifique.

Le couperet est tombé le 27 mai: le gouvernement a mis fin à l’autorisation de l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19, tout en se défendant de toute décision «politique». Suite à la publication de l’étude dans la célèbre revue médicale The Lancet sur son éventuelle inefficacité, Olivier Véran avait donné le 23 mai un délai de quarante-huit heures au Haut Conseil de la Santé publique (HCSP) pour l’analyser et proposer une «révision des règles dérogatoires de prescription» quant à l’usage de ce médicament.

Contacté par Sputnik, Gilbert Collard dénonce un acharnement contre le professeur Raoult, principal promoteur en France de l’hydroxychloroquine. Selon le député européen du groupe Identité et Démocratie, le scientifique serait victime d’une «lutte d’influence» sur les plans médiatique, universitaire et pharmaceutique. Dans le cadre de la crise sanitaire et de la crise économique qui s’annonce, le trublion du Rassemblement national estime en outre que «le grand vainqueur, c’est le souverainisme» face aux partisans de la mondialisation et de l’Union européenne.

Retrouvez l’entretien en vidéo sur YouTube

Réagissant à cette décision, l’IHU Méditerranée Infection, dirigé par le professeur Raoult, a indiqué qu’il «continuera à traiter» ses patients «avec les traitements les plus adaptés».

Une lutte d’influence?

Alors que ce dernier persiste à défendre son protocole de soin, une association d’hydroxychloroquine et d’azithromycine, certains doutes émergent quant à la fiabilité des auteurs de l’étude britannique.

​Quant à Gilbert Collard, il défend avec ardeur l’infectiologue, revendiquant avoir «des raisons» de s’intéresser à la question du traitement, en tant qu’éventuel «patient». Admettant n’être «pas scientifique, ni médecin», celui-ci ne comprend pas comment ce médicament qui était «jusqu’à une date tout à fait récente, en vente libre» se voit interdit. Il conteste la méthodologie scientifique de l’étude, où le médicament aurait été «administré à des cas qui étaient quasiment en phase terminale», là où protocole du professeur Raoult indique que le traitement doit être administré «dès le début» des symptômes:

«Si l’on vous donne la chloroquine en même temps que l’extrême-onction, c’est sûr qu’il n’y a pas beaucoup de chance», tacle Gilbert Collard.

Pour le député européen, la raison de «cette campagne contre» le professeur Raoult, c’est une lutte d’influence au niveau universitaire attisée «par des guerres d’ego», des «jalousies universitaires» et «la guerre des marchés économiques» engendrée par une puissante industrie pharmaceutique.

«Si on avait autrefois les marchands de canons –on les a toujours –, on a aussi maintenant les marchands de médicaments qui valent, croyez-moi, les marchands de canons.»

Le résultat? Selon le sondage Harris Interactive réalisé pour LCI, publié le 26 mai, près de la moitié (45%) des Français confie avoir une «bonne opinion» du scientifique. Chez les sympathisants LFI et RN, sa popularité atteint même 72% d’opinions favorables. Alors que Laurent Joffrin de Libération en est à accuser le scientifique de «populisme sanitaire», Gilbert Collard comprend cette adulation pour cet homme et déclare: «Quelque part, de manière sous-jacente, le peuple aime ça […] Raoult exprime une franchise, une loyauté d’opinion, une détermination qui fait défaut à la classe politique».

«Pujadas ne fait pas venir Raoult, c’est Pujadas qui va à Raoult»

Le député européen évoque aussi son côté «esprit libre» vis-à-vis des codes médiatiques:

«Pensez que la plupart de nos hommes politiques rampent pour aller chez Bourdin et que Raoult, lui, n’y va pas, et que Bourdin est fâché: “Comment, quelqu’un ne vient pas à domicile chez moi, le prêtre de la grande gueule?” Pujadas ne fait pas venir Raoult, c’est Pujadas qui va à Raoult.
Ça compte, ça, ce sont des signes salutaires d’un homme qui s’en fout, qui n’a pas besoin et qui va aller jusqu’à nous dire que pour passer à la télé, il ne se fait pas maquiller. Ça plaît au peuple, parce que ça a un parfum d’authenticité et aujourd’hui, ça nous manque.»

Depuis début mars, la séquence du coronavirus a absorbé l’ensemble des sujets et problématiques politiques. Résultat, les réformes de l’assurance chômage et des retraites ne sont même plus évoquées par le gouvernement. Selon un conseiller ministériel interrogé par Mediapart, cette dernière serait carrément enterrée: «c’est fini, on peut mettre le texte à la poubelle».

La victoire du souverainisme?

Le contexte de crise favorise généralement le pouvoir en place, ainsi la cote de popularité de plusieurs gouvernements européens a-t-elle fortement augmenté ces derniers mois, sauf en Espagne et en France. Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et France Info, publié le 11 mai, seulement 34% des Français estiment que le gouvernement a été «à la hauteur». Pourtant l’opposition politique à Emmanuel Macron a-t-elle su réellement faire entendre sa voix? Dans son blog politique, Jean-Luc Mélenchon préconise le rassemblement autour de «causes communes» plutôt que la «conflictualité» habituelle. Gilbert Collard admet qu’il «est très difficile» d’intervenir dans un «contexte qui est proprement médical».

Celui-ci rappelle pourtant que le Rassemblement national a été «le premier à exiger la fermeture des frontières» tandis que le Président de la République affirmait, lors de son allocution le 12 mars, que «le virus n’a pas de passeport». Pour défendre son bilan, le député européen constate avoir la «vérification de ce que nous avons souvent alerté», quant à la situation de l’hôpital, le localisme et le souverainisme: «nous sommes les avocats premiers du souverainisme».

Une bataille idéologique qu’il considère avoir gagnée face aux chantres de la mondialisation. Confronté à de nombreuses pénuries durant cette crise sanitaire, Emmanuel Macron a fait évoluer son discours, entre glorification de l’État-providence, un «atout indispensable quand le destin frappe», du système de santé, «des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché» et un souverainisme relatif, refusant de «déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner». Est-ce à dire que l’action de l’État sera réinventée dans le monde d’après? Le député européen n’est pas optimiste:

«Je n’y crois pas. Comment voulez-vous que je croie aux promesses de l’homme politique qui a vendu nos plus beaux fleurons? Il a vendu les plus beaux fleurons de l’industrie française, on n’a plus de manufacture en France […] notre modèle ne nous protège plus.»

Si le souverainisme semble avoir gagné la bataille des esprits, Gilbert Collard espère-t-il la concrétisation de cette victoire dans les urnes pour l’élection présidentielle en 2022? Raflant la pole position aux élections européennes en 2014 et 2019, le Rassemblement national peine toujours à percer le plafond de verre sur le plan national. Là encore, le truculent député se montre pessimiste et n’épargne pas ses confrères en politique, dénonçant des combines et «arrangements entre copains»:

«On a quand même vu cette incroyable “partouze” politique où des hommes de gauche et de droite qui avaient fermement critiqué Macron, l’ont rejoint en rampant.»
Dossier:
Études sur le coronavirus – mai (46)

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Didier Raoult, Gilbert Collard, Edouard Philippe, Emmanuel Macron
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