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Plus «d’inclusivité» au cinéma: voici l’objectif affiché par l’Académie des Oscars. Dès 2024, des quotas de minorités seront nécessaires dans les productions cinématographiques pour prétendre au prestigieux Oscar du meilleur film. Une mesure en demi-teinte, selon la réalisatrice indépendante française Cheyenne-Marie Carron. Entretien.

Un «changement essentiel et pérenne de notre industrie»: l’Académie des Oscars se veut désormais plus inclusive. Aussi, celle-ci a-t-elle dévoilé son projet de réforme: à partir de 2024, pour être sélectionnée à l’Oscar du meilleur film, une production devra soit avoir comme acteur principal ou secondaire une personne issue d'une minorité ethnique sous-représentée, soit avoir un casting composé à 30% de personnes issues de groupes sous-représentés (femmes, minorités ethniques, personnes LGBTQ+, personnes souffrant de handicaps), soit avoir au centre de son histoire une personne issue de groupes sous-représentés. Ces critères s’appliqueront également pour l’équipe créative du film (techniciens, distributeurs, producteurs, etc.).

À la suite de l’article Des quotas pour les Oscars: «Le monde se racialise et se radicalise. Pas de raison que le cinéma y échappe», publié le 10 septembre, nous publions l’intégralité de l’entretien avec Cheyenne-Marie Carron qui a, entre autres, réalisé L’Apôtre en 2014 ou Jeunesse au cœur ardent en 2018.

Sputnik France: Cheyenne-Marie Carron, vous êtes réalisatrice. La mesure envisagée par l’Académie des Oscars ne risque-t-elle pas de restreindre les libertés créatives des artistes?

Cheyenne-Marie Carron: «Imposer dans les équipes techniques des handicapés, des non-genrés, des personnes issues de la minorité, me semble vraiment une très bonne chose. Moi, j'ai un petit frère handicapé qui est sourd. Il a un emploi, car les entreprises ont des allégements pour embaucher des personnes atteintes de handicapes. Cela a permis à mon frère d'avoir un travail et l'indépendance financière qui va avec. Ouvrir cela au monde du cinéma est une très belle idée que je soutiens.

En revanche, mettre à l'image des quotas de handicapés, de Noirs, d'Arabes, de Blancs, de non-genrés etc. est une intrusion délirante dans le travail du cinéaste. Personnellement, celui qui m’imposera un quota chez mes comédiens n'est pas né.»

Sputnik France: l’Académie des Oscars est-elle rattrapée par la «woke culture» progressiste et par les polémiques lancées depuis cinq ans autour des dénonciations «Oscars So White»?

Cheyenne-Marie Carron: «Je n'ai ni télévision ni radio depuis plus de 20 ans, et je n'ai suivi tout cela que de très loin. Le monde se racialise et se radicalise, tout cela est la conséquence logique d'un monde qui a remis la race au cœur de ses problématiques. Il n'y a pas de raison que le monde du cinéma y échappe.

Par ailleurs, moi je suis marron clair de peau, mais je ne revendiquerai jamais un quota de "marron clair" de peau au cinéma. En revanche, je dirai aux gens issus des minorités, "travaillez dur et un jour, votre talent sera reconnu". Voilà c'est simple. Le reste ne m’intéresse pas.»

Sputnik France: Le cinéma a-t-il vocation à ménager toutes les sensibilités et à imposer des quotas de représentativité à l’écran?

Cheyenne-Marie Carron: «Le cinéma a pour vocation de donner la liberté de parole aux cinéastes, car le cinéma c'est la liberté. Cette liberté est l'opposé du concept de quotas.

Pour ma part, je viens de faire un film en hommage aux épouses de soldats. Mes comédiennes sont des femmes en grande majorité. Un jour, je ferai un film de guerre intitulé "Theatrum Belli", mon film ne sera tourné qu'avec des hommes. C'est l'histoire qui impose naturellement les profils des acteurs que l'on choisit, et pas l'inverse. Les quotas modifieront le choix des scénarios, des acteurs etc. et finalement cela donnera un quota en images animées, mais ça ne sera pas du cinéma.

Après tout qu'ils le fassent s'ils le veulent, mais qu'ils laissent la liberté aux cinéastes qui ont le désir de choisir la liberté.»

Sputnik France: Cette «ouverture à la diversité» ne peut-elle pas avoir de bons côtés, comme par exemple la nomination du film sud-coréen Parasite pour l’Oscar du meilleur film l’an dernier?

Cheyenne-Marie Carron: «Parasite est un excellent film, mais je ne suis pas certaine que les festivals de premières catégories aient attendu l'obligation de quota pour célébrer les films venus d’ailleurs. Vous savez le cinéma sans quotas, c'est ça la vraie égalité, car lorsqu'un film est bon, il est célébré peu importe son identité et sa provenance.»

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