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Les incertitudes sont multiples pour 2021. L’espoir du vaccin contre le Covid a fait son apparition mais il est trop tôt pour en mesurer les effets. En attendant, le virus circule et affecte durablement l’économie. Cette année sera-t-elle pire que la précédente? Éléments de réponse avec Philippe Béchade, président des Éconoclastes.

«Si l’on s’en tient aux chiffres macroéconomiques, c’est ce qu’on a connu de pire depuis la période 1930-1932.»

Philippe Béchade, président des Éconoclastes et spécialiste de la finance, a pris la mesure du désastre économique qu’ont connu de nombreux pays en 2020. La pandémie de Covid-19 et les dispositions sanitaires pour la combattre ont provoqué des récessions historiques partout à travers la planète. La France devrait accuser une chute de son PIB de 9% à 10% en 2020.

«C’est une crise inédite depuis la Seconde Guerre mondiale. La plus grave que la France ait connue auparavant avait été celle des subprimes, avec une récession d’environ 3%. C’est donc une crise trois fois plus importante que la dernière récession», expliquait récemment l’économiste de l’OFCE Mathieu Plane lors d’un point presse.

«Nous n’assistons pas à un effondrement de l’économie sur elle-même lié à une pénurie de liquidité comme en 1929, mais à la mise à l’arrêt de la machine économique», souligne quant à lui Philippe Béchade au micro de Sputnik.

Afin de réduire l’impact de la crise sur des pans entiers de l’économie particulièrement touchés, les gouvernements de la planète ont mis la main à la poche. En France, pas moins de 470 milliards d’euros d’aides publiques ont été avancés. Et 20 milliards d’euros de dépenses d’urgence ont été ajoutés in extremis dans le projet de budget pour 2021 afin de soutenir les entreprises impactées et les plus précaires.

«Financièrement à l’agonie»

Ces aides ont ainsi permis à de nombreuses sociétés de garder la tête hors de l’eau et ont empêché une explosion du chômage et des faillites. Mais pour combien de temps?

Récemment interrogé par Sputnik, l’économiste Philippe Simonnot lançait un avertissement: «On n’a encore rien vu du chômage et des faillites.» Même son de cloche du côté de Philippe Béchade:

«Je suis d’autant plus d’accord avec lui que parmi mes amis, j’ai des experts comptables. Ils me disent que malgré les aides –par exemple pour les restaurateurs ou les exploitants de salles de sport–, beaucoup sont financièrement à l’agonie.»

«Il faut absolument que l’économie redémarre d’ici au mois de mars. Pour le moment certaines entreprises sont en apnée mais d’ici à mars, elles seront malheureusement noyées», prévient l’expert.

​Problème de taille: les statistiques de la pandémie sont toujours inquiétantes. Le nombre de cas quotidiens a énormément varié depuis la mi-décembre, oscillant entre quelque 3.000 et plus de 21.000. Un chiffre encore loin, en moyenne, de l’objectif gouvernemental de descendre à 5.000 contaminations par jour.

De plus, l’ombre du variant britannique du Covid-19, plus contagieux, plane désormais sur le monde… et la France. «À ce stade, nous avons une dizaine de cas suspectés ou avérés de variant anglais», a déclaré le ministre de la Santé Olivier Véran sur RTL ce 5 janvier. C’est ce même variant qui vient de pousser l’Angleterre et l’Écosse à se reconfiner totalement pour plusieurs semaines.

«Réduction fantastique de nos libertés»

Si une telle mesure n’est, pour le moment, pas d’actualité en France, elle n’est pas non plus écartée, comme l’a rappelé Olivier Véran toujours sur RTL: «Si je vous disais, "nous ne reconfinerons pas", c’est que je m’inclurais de fait dans la catégorie des prédictologues, dont vous savez que je ne fais pas partie.»

«Je dirais de façon un peu taquine que l’on évitera un troisième confinement en prolongeant indéfiniment le deuxième que l’on vit actuellement. On nous dit que nous sommes simplement en période de couvre-feu mais à partir du moment où il n’y a rien à faire le soir nulle part, nous sommes face à une réduction fantastique de nos libertés et une désintégration de notre mode de vie», se désole Philippe Béchade.

Ce dernier fait notamment référence au couvre-feu à 18h instauré dans plusieurs départements français particulièrement touchés par l’épidémie.

Une mesure critiquée par de nombreux élus tels que le maire de Cannes David Lisnard. «Cela veut dire que l’on a juste le temps de rentrer du collège, du lycée sinon on se fait attraper par la patrouille. C’est assez vertigineux», lance Philippe Béchade.

Reste l’espoir du vaccin afin d’éviter un troisième confinement. De nombreux pays à travers la planète ont commencé leur campagne de vaccination mais la France semble en retard par rapport à ses voisins. Alors que le Royaume-Uni a passé le cap du million de personnes vaccinées, Olivier Véran expliquait ce 5 janvier que l’Hexagone avait dépassé les 2.000 vaccinations.

Pour le moment, seul le vaccin de l’alliance biotechnologique américano-allemande Pfizer/BioNTech a été autorisé par l’Agence européenne du médicament (EMA). Celui de l’américain Moderna pourrait bientôt suivre. Les deux produits reposent sur la technique de l’ARN messager, une première pour un vaccin mis sur le marché.

​De nombreux observateurs comme Philippe Béchade sont sceptiques sur la capacité de tels produits à faire sortir rapidement la planète de la crise:

«Ce n’est pas un vaccin mais une thérapie génique. Tout le monde, à force d’entendre répéter le mot vaccin, pense que c’en est un et que cela immunise –comme les premiers vaccins de Pasteur–, que l’on va vaincre et éradiquer le coronavirus à l’instar de la polio, la rage ou le tétanos. Non, nous sommes face à une thérapie génique dont on ne connaît pas l’efficacité à moyen et long terme.»

Philippe Béchade explique avoir un parent en Ehpad et avoir reçu un document concernant la vaccination: «Je lis en toutes lettres qu’il n’est pas immunisant [...] Une fois l’injection reçue, on ne sera pas non contaminant.»

«S’il n’y a pas d’immunité, je ne vois pas comment l’on peut lever les confinements et empêcher à nouveau une vague de cas positifs», s’interroge-t-il.

Quoi qu’il en soit, il faudra encore des mois afin de savoir si ces vaccins et leurs équivalents étrangers comme les vaccins russes ou chinois se montrent efficaces pour stopper la pandémie. En attendant, les banques centrales de la planète pourraient bien continuer à faire tourner la planche à billets à des niveaux historiques, comme cela a été le cas en 2020.

Où est l’inflation?

Afin de soutenir une croissance frappée de plein fouet par le Covid, elles ont injecté des sommes colossales dans l’économie. Maintenant se pose la question des conséquences.

«On vient d’injecter des montants tels que cela devrait mécaniquement être inflationniste», analyse Philippe Béchade qui avance un chiffre choc:

«Environ 20% de tous les dollars qui existent depuis la naissance de cette monnaie en 1785 ont été créés entre mars et décembre 2020.»

En 2020, le bilan de la BCE est passé de 4,3 à plus de 7.000 milliards d’euros. Même dynamique du côté de la Fed qui a vu le sien évoluer de 4,1 à 7,300 milliards de dollars.

Alors pourquoi l’inflation ne frappe-t-elle pas l’économie réelle?

«Elle est tellement incertaine […] que ceux qui mettent la main sur l’argent créé par les banques centrales l’investissent là où il va rapporter presque à coup sûr: dans les actifs financiers», répond Philippe Béchade.

D’après l’expert, il y a beaucoup trop d’inconnues concernant l’économie réelle, ce qui fait que tout l’argent se place dans des actifs financiers, et jusque dans des cryptomonnaies comme le bitcoin qui vient de passer la barre de 30.000 dollars. «Et comme tout le monde va sur les mêmes actifs et que plus l’on en achète, plus ils montent, l’effet d’attraction est fantastique. Mais dans le même temps, vous avez un effet d’éviction pour l’investissement dans l’économie réelle», explique Philippe Béchade.

À quoi s’attendre pour la suite? Le président des Éconoclastes craint que la dynamique actuelle ne provoque de graves problèmes à l’avenir:

«Les masses d’argent créées devraient déboucher sur un épisode inflationniste. Mais plus on crée d’argent, plus il va vers les actifs financiarisés et moins il y a d’inflation dans le monde réel puisque qu’il n’y a pas de pouvoir d’achat, pas d’investissement, etc. Soigner la dette par la dette, on sait que cela ne crée pas d’inflation. Mais un jour, il faudra payer l’addition.»

 

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krach financier, économie, crise économique, obligation vaccinale, anti-vaccins, vaccination, vaccin, Covid-19
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