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Les Présidentielles approchent et l’exécutif souhaite redorer son image. Il a mis en ligne un baromètre de l’action publique pour permettre aux Français de suivre l’évolution de plusieurs réformes phares sur le territoire. Pour François Boulo, avocat et figure des Gilets jaunes, l’outil est biaisé et ne répond pas aux préoccupations des Français.

Très critiqué pour sa gestion de la pandémie de Covid-19, l’exécutif veut montrer que «la crise sanitaire n’a pas tout emporté», comme l’a expliqué la ministre de la Transformation et de la Fonction publique, Amélie de Montchalin, dans des propos rapportés par Les Échos. Cette dernière a présenté le 13 janvier aux membres du Conseil économique, social et environnemental (CESE) un tout nouvel outil: le «baromètre des résultats de l’action publique».

​Disponible sur un site Internet dédié, il doit permettre aux Français de mesurer «l’état d’avancement des réformes du gouvernement», une opération de «transparence» selon Amélie de Montchalin. Elle se défend de toute volonté de faire mousser le gouvernement: «Ce n’est pas un outil d’autoévaluation, nous livrons en open data des données observables, “fact checkables” pour qu’ensuite, un certain nombre d’observateurs fassent leur évaluation.»

«Effet de cadrage évident»

Pour François Boulo, avocat et porte-parole des Gilets jaunes à Rouen, cet outil «n’a pas grand intérêt en matière de transparence ou d’élévation du débat public et démocratique entre les institutions et les citoyens.»

«Il a des gros biais. Tout d’abord, ce sont les politiques sélectionnées par le gouvernement. L’effet de cadrage est évident. Il ne va pas mettre en avant les mesures qu’il prend pour tailler dans le portefeuille des Français ou les budgets des services publics. L’exécutif ne pose évidemment pas de questions pour demander ce que les citoyens pensent de la réduction du budget des hôpitaux», analyse-t-il au micro de Sputnik.

Le baromètre propose 25 indicateurs, pour autant de politiques prioritaires du quinquennat d’Emmanuel Macron: du déploiement du plan vélo au plan «un jeune, une solution» en passant par la lutte contre la violence faite aux femmes ou le renforcement de la sécurité au quotidien.

«L’insatisfaction des citoyens tient plus à ce que le gouvernement ne fait pas qu’à ce qu’il fait. Où est le débat sur le rétablissement de l’ISF? Sur le Crédit d’impôt compétitivité emploi? Sur le maintien de la France dans l’euro? Sur la souveraineté en matière commerciale?», s’interroge de manière rhétorique François Boulo.

Avec le nouvel outil du gouvernement, l’internaute pourra avoir une vue de la situation en 2017, l’état de mise en œuvre de la politique en 2020 et l’objectif de l’exécutif pour 2022. Il pourra choisir une déclinaison locale à l’aide de son code postal ou département ou choisir un panorama d’ensemble en cliquant directement sur la politique choisie.

​Point important: les données n’apparaissent «jamais en milliards». Selon Amélie de Montchalin, «c’est un choix politique, nous ne parlons pas de nos moyens, mais de ce qui est produit concrètement.»

«Certains indicateurs sont orientés dans un certain sens afin que la politique sélectionnée apparaisse comme une réussite», dénonce François Boulo.

Comme le soulignent Les Échos, le baromètre est déjà la cible de critiques. Lila Lebas, ancienne présidente de l’UNEF et membre du CESE, a notamment pointé que concernant Parcours sup, c’est le taux de réussite à la fin de la première année qui est retenu sans que l’on puisse consulter «le nombre des jeunes sans affectation après le bac ou de ceux qui décrochent avant la fin de la première année.»

«Il me semble que si l’État voulait s’en donner les moyens, il pourrait proposer une plateforme du type de celle du “Vrai débat” mise en place par les Gilets jaunes et qui concurrençait l’initiative officielle du “Grand débat” qui s’apparentait plus à un monologue présidentiel», assure François Boulo.

Selon la figure des Gilets jaunes, le «Vrai débat» interrogeait les citoyens sur les réformes qu’ils souhaitaient.

​Pourtant, au moment d’aborder les fractures territoriales, Amélie de Montchalin a eu un mot positif pour les Gilets jaunes, comme l’a noté L’Opinion: «Quand vous regardez les résultats par département, il y a de réelles inégalités. Les Gilets jaunes l’avaient légitimement montré, avaient appelé au fond à une forme d’aide pour que l’État se reconcentre sur la réalité de certains territoires, où certaines réformes manifestement ne progressent pas.»

«On nous parle sans arrêt des territoires. Ce mot est totalement vide de sens. Les Gilets jaunes venaient en grande majorité de la France périphérique, la France périurbaine. Pourquoi? Parce que précisément, leur position sociale et donc leurs revenus sont au bas de la pyramide. Cette situation fait qu’ils n’ont pas les moyens de vivre dans les centres-ville», souligne François Boulo.

D’après l’avocat, auteur de La ligne jaune (Éd. Indigènes), «une fois que l’on a dit ça, les inégalités entre les territoires ne m’apparaissent pas pertinentes.»

Inégalités, précarités, les angles morts du baromètre gouvernemental

«Les Gilets jaunes étaient partout en France. Ils venaient de tous les territoires de la France périurbaine et périphérique», poursuit-il.

«Le problème le plus profond reste l’inégale répartition des richesses. On a bien vu lors du premier confinement qu’un tas de professions essentielles au fonctionnement du pays sont pourtant sous-payées. Pendant ce temps, de grands patrons du CAC40 sont rémunérés à coups de millions. C’est cela qui doit changer. Nous devons retrouver une cohérence entre les salaires et l’utilité publique des métiers.»

D’après l’avocat porte-parole des Gilets jaunes à Rouen, «aucun métier, aussi compliqué soit-il, ne mérite des rémunérations en millions.» D’autant plus que, selon lui, dans les conditions actuelles dans lesquelles l’économique s’organise avec le libre-échange et la compétition mondiale, le travail des grands patrons «consiste à délocaliser au maximum dans des pays à bas coût pour dégager plus de rentabilité et de bénéfices pour les actionnaires.» «Même un âne en est capable», lance-t-il.

François Boulo assure que le gouvernement ne cesse d’accompagner ces injustices en considérant qu’il y a les premiers de cordée qu’il faut aider «car ce sont eux qui tirent le pays vers le haut.». «C’est faux», répond-il. Et de poursuivre: «La réalité, c’est l’explosion des inégalités et la concentration des richesses dans les mains des plus riches.»

Amélie de Montchalin met en avant de son côté que 2020 «n’a pas été une année blanche» et que les résultats «très positifs» du baromètre montrent que le gouvernement n’a pas sacrifié ses politiques prioritaires sur l’autel du coronavirus. Elle assure que la fin du quinquennat sera consacrée à «résorber les écarts» qui existent entre régions afin «qu’aucun territoire, aucun Français [ne soit] oublié.»

Macron bientôt sévèrement sanctionné par l’opinion?

L’élection présidentielle qui se déroulera dans 15 mois approche à grands pas et le timing de la publication de ce baromètre n’est sûrement pas le fruit du hasard. D’autant plus qu’Emmanuel Macron résiste bien dans l’opinion publique. Même les couacs à répétition de la campagne de vaccination n’ont pas entamé sérieusement sa popularité: à en croire le tableau de bord IFOP-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, 45% des Français approuvent son action. C’est quatre points de plus qu’en décembre. Le locataire de l’Élysée se paie même le luxe de faire mieux que François Hollande et Nicolas Sarkozy à pareille époque de leur mandat, souligne Bruno Jeudy dans les colonnes de Paris Match.

​Pas étonnant pour François Boulo: «Ces cotes de popularité sont des mesures assez conjoncturelles. Macron bénéficie d’un contexte extraordinaire de pandémie qui touche l’ensemble de la planète. Les gens ont donc tendance à être plus conciliants avec le gouvernement.»

Il concède que les aides accordées vont dans le bon sens pour essayer de maintenir les entreprises en vie. Mais l’avocat prévient: «Quand la crise sanitaire laissera la place à la crise économique, la popularité de Macron va s’effondrer.»

«Il prendra des mesures pro-CAC40, pro-banques et pro-oligarchie. On va repartir pour de l’austérité et des politiques inégalitaires. On entend déjà la petite musique qui nous dit que l’on devra rembourser la dette Covid», conclut-il.

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Tags:
vaccination, vaccin, vie politique, politique, Emmanuel Macron, France, Covid-19
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