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Lors d’un événement organisé à l’Élysée par un think tank américain, Emmanuel Macron a comparé l’invasion du Capitole par des manifestants pro-Trump au mouvement des Gilets jaunes. Une saillie qui n’a pas manqué de faire réagir, notamment l’avocat François Boulo.

Emmanuel Macron va-t-il attiser, de nouveau, la colère des Gilets jaunes? Le Président a participé à une séance de questions-réponses à l’Élysée sous la houlette de l’Atlantic Coucil, célèbre et controversé groupe de réflexion américain, accusé par ses détracteurs de promouvoir l’atlantisme.

Sous les ors du palais, le Président s’est risqué à une comparaison qui a beaucoup fait parler. Invité à s’exprimer sur le climat tendu qui règne dans nombre de démocraties occidentales, Emmanuel Macron a lancé: «2018 en France, 2021 aux États-Unis: voilà en effet la nouvelle violence dans nos démocraties, largement liée à ces réseaux sociaux.» «C'est notre nouveau mode de vie», a ajouté le locataire de l’Élysée.

«2018 en France» marquait le début de la crise des Gilets jaunes.«2021 aux États-Unis», c’est notamment l’irruption dans le Capitole de Washington, le 6 janvier dernier, de manifestants pro-Trump. Les images avaient fait le tour du monde. Et le bilan était lourd. Des dizaines de blessés et cinq morts donc quatre manifestants et un policier.

«Discréditer les Gilets jaunes»

Même du côté des Conservateurs, l’indignation a été de mise. La commentatrice politique Meghan McCain, coprésentatrice du talk-show The View et fille de l’ancien candidat républicain à la présidentielle John McCain, avait qualifié l’invasion du Capitole de «terrorisme intérieur». Un terme repris par Biden lors de son investiture. Pas sûr que les Gilets jaunes apprécient la comparaison de Macron.

​C’est du terrorisme intérieur, arrêtez d’appeler cela une manifestation.

François Boulo, avocat et porte-parole des Gilets jaunes à Rouen, appelle au micro de Sputnik à se méfier des comparaisons «entre deux mouvements politiques qui ont lieu dans des pays différents»:

«Les individus qui ont participé à l’envahissement du Capitole sont les plus ardents supporteurs d’un homme politique, en l’occurrence Donald Trump. Les Gilets jaunes sont “apartisans” et donc très divers dans leur composition sociologique et politique.»

D’après l’avocat, le point le plus marquant est le regard que porte Emmanuel Macron sur les deux événements et le parallèle qu’il en déduit:

«Il fait cette comparaison pour dire quoi? Il y voit l’incarnation et l’expression de ce qu’on appelle aujourd’hui "les populismes". Donc, dans la bouche de Macron: les méchants. Il fait un tel parallèle afin de discréditer les Gilets jaunes et pour expliquer que, finalement, ils ne valent pas mieux que les pro-Trump qui ont envahi le Capitole, qu’ils sont des insurrectionnels, etc.»

Emmanuel Macron s’exprimait pour l’occasion dans la langue de Shakespeare. Il s’en est pris à plusieurs reprises aux réseaux sociaux qu’il a accusés de faire la «promotion de vocables durs» et «du conflit» tout en altérant la «nature de ce que devrait être le débat démocratique».

«Je pense d'abord que la violence, la haine, la xénophobie sont de retour dans nos sociétés. Et je pense que c'est tout nouveau. C'est poussé et légitimé par certains groupes politiques. Et, pour moi, il s'agit d'un grand changement anthropologique», a lancé le Président.

«Macron ne comprend pas que, si un parallèle doit être établi entre les pro-Trump et les Gilets jaunes, c’est le fait que la radicalité que l’on retrouve dans les deux mouvements vient précisément du néolibéralisme. Elle vient de la manière dont les élites, dont Macron, organisent la politique et l’économie», explique François Boulo.

L’auteur de La Ligne jaune (éd. Indigène) pointe des deux côtés de l’Atlantique une même dérégulation de l’économie ayant entraîné délocalisations, désindustrialisation et explosion des inégalités. D’où une baisse du niveau de vie pour les classes populaires et moyennes.

«Le vote Trump était associé à l’ouvrier déclassé. Le parallèle avec les Gilets jaunes peut être fait à ce niveau. Seulement, Emmanuel Macron s’en tient à tenter de discréditer les populismes. Il est dans l’erreur et dans le mépris de classe. Rappelons que, au lieu d’entendre une colère légitime, il a préféré donner des instructions pour faire tabasser les Gilets jaunes», poursuit l’avocat.

D’après l’analyse du Président de la République, le climat de violence qui pèse sur plusieurs démocraties libérales est un défi. Au moment de développer sa pensée, il a lancé une nouvelle phrase polémique: «Pour les gens normaux, c'est inacceptable et ils attendent de nous que nous fassions cesser de telles violences. Mais cela devient très difficile quand cette violence est perçue par beaucoup de gens comme étant légitime. Et c'est exactement ce que nous vivons.»

«Les propos de Macron montrent une nouvelle fois le clivage entre élites néolibérales et populistes. Les "gens normaux" sont les gens qui vivent encore à peu près bien», décode François Boulo.

La figure des Gilets jaunes n’est pas le seul à critiquer la prise de position d’Emmanuel Macron. Front Populaire, «le média souverainiste» de Michel Onfray s’interroge: «Le grand retour du mépris macronien?»

​Virginie Joron, députée européenne RN, s’en prend également au locataire de l’Élysée pour sa comparaison avec les Gilets jaunes: «Il n'a décidément rien compris aux revendications de ce mouvement populaire qu'il a préféré éteindre par une répression violente. Ce mépris perpétuel est odieux!»

«Aveuglement idéologique»

Emmanuel Macron peut cependant compter sur quelques soutiens comme celui de Philippe Buerch. Le fondateur et président d'Agir en politique a défendu le Président sur Twitter: «Encore une brillante analyse d’Emmanuel Macron, le parallèle entre la "giletjaunisation" française et l'insurrection américaine est saisissant, ces deux phénomènes s'inscrivent dans la montée de la violence favorisée par les réseaux sociaux.»

​C’est loin d’être la première fois que le Président recourt à des phrases chocs. Parmi ses hauts faits, la boutade lancée à un jeune horticulteur au chômage en septembre 2018 lors des Journées du patrimoine à l’Élysée. «Je traverse la rue et je vous en trouve», du travail, avait lancé Emmanuel Macron. Une saillie qui avait énervé beaucoup de Français. À commencer par son épouse, Brigitte Macron: «C'est compliqué de dire à un jeune homme une phrase comme celle-là... Bien évidemment, on n'a pas à la dire.»

Pour François Boulo, les récents propos d’Emmanuel Macron démontrent «qu’il n’y a aucune remise en question chez lui». Résultat: «On ne peut évidemment pas compter sur lui pour prendre des décisions de changement.»

«Finalement, l’aveuglement idéologique persiste de la part de ces gens qui versent dans l’arrogance intellectuelle, qui se pensent dans le camp du vrai, du bien et de la raison. Tous ceux qui pensent autrement et ne sont pas contents sont méchants, ignares et stupides et n’ont rien compris à l’histoire, au fonctionnement de l’économie et du monde en général», conclut-il.
Dossier:
Le Congrès US envahi par des manifestants (63)

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Tags:
pauvreté, chômage, crise économique, Capitole, Donald Trump, gilets jaunes, France, Emmanuel Macron
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