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Alger, qui campe sur sa position de principe de refus de toute ingérence étrangère en Libye, a reçu le Président turc et le chef de la diplomatie émiratie venus développer des partenariats économiques tout en abordant la crise libyenne. Mais l’Algérie tiendra-t-elle sa position malgré les offres économiques de ces deux pays?

Deux protagonistes dans le conflit en Libye, à savoir la Turquie et les Émirats arabes unis, se sont succédés dans des visites de haut niveau en Algérie. En effet, Recep Tayyip Erdogan était à Alger les 26 et 27 janvier où il a été reçu par son homologue Abdelmadjid Tebboune. Puis, le 27 janvier, le ministre émirati des Affaires étrangère Cheikh Abdullah ben Zayed Al Nahyane a emboîté le pas au chef de l’État turc en se rendant dans la capitale algérienne où il a mené des discussions avec son homologue Sabri Boukadoum, ponctuées par une rencontre avec le Président algérien. Dans les deux cas, des communiqués officiels relayés par l’Algérie Presse Services (APS) font état de discussions bilatérales autour de partenariats économiques, mais aussi sur le dossier libyen.

La diplomatie économique de ces deux pays rivaux aura-t-elle raison de la position de principe algérienne en Libye qui soutient une solution politique pacifique loin de toute ingérence étrangère?

Pour quelles raisons la Turquie s’engage-t-elle en Libye?

Dans un entretien accordé à Sputnik, Michel Scarbonchi, ancien député européen et désormais à la tête d’un cabinet de consultant à l’international dont l’expertise sur l’Afrique est reconnue, explique l’engagement turc en Libye.

«Les Turcs sont en Libye pour deux raisons», affirme-t-il. «La première, c’est parce qu’Erdogan est confronté à des problèmes économiques terribles dans son pays et à une opposition de plus en plus forte», signale-t-il, soutenant que «quand vous avez des problèmes internes, la fuite en avant, c’est la guerre». «Et la deuxième raison, c’est que les Frères musulmans* de Tripoli et Misrata sont ses grands amis», ajoute-t-il.

Ainsi, «la Turquie qui a signé des accords économiques avec le gouvernement d’el-Sarraj [accord concernant les eaux territoriales libyennes et turques qui pourrait permettre à Ankara d'effectuer des forages dans des zones disputées et entraîner un conflit avec des pays comme la Grèce et l'Égypte, ndlr] fera tout pour les préserver», poursuit auprès de Sputnik le docteur Abdelkader Soufi, enseignant à l’Université de Blida et expert en études stratégiques et politiques de défense, indiquant qu’«Ankara se trouve face au dilemme de préserver également ses intérêts en Algérie».

Les relations économiques algéro-turques

Lors de son intervention à la clôture des travaux du Forum d'affaires algéro-turc à Alger, Recep Tayyip Erdogan a affirmé que «l'Algérie occupait la troisième place quant à la présence des entreprises turques de par le monde». Dans le même sens, il a appelé à la création «dans les plus brefs délais» d'une zone de libre-échange entre l'Algérie et la Turquie, faisant état de plusieurs mesures devant être prises «rapidement» dans ce sens, selon l’APS.

Le Président turc qui a rappelé que les sociétés turques avaient investi plus de 3,5 milliards de dollars dans 377 projets en Algérie, créant 30.000 emplois, a fait savoir que les deux pays avaient décidé de porter très bientôt les échanges commerciaux à cinq milliards de dollars, alors qu’ils sont actuellement de quatre milliards.

Concernant l’intervention turque en Libye, l’annonce par le Président Erdogan de l’envoi d’experts militaires et ses menaces proférées la veille de son voyage en Algérie à l’adresse du maréchal Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne (ANL), ont provoqué l’ire d’Alger qui voit également d’un très mauvais œil l’arrivée de combattants syrien à Tripoli avec l’aide de la Turquie.

Abou Dhabi, soutien d’Haftar également à Alger

Dans un communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères fait savoir que les discussions entre les chefs des diplomaties algérienne et émiratie ont porté sur «la coopération bilatérale dans le volet économique et le domaine de partenariat et d'investissement». Les deux parties ont insisté sur certains secteurs qui intéressent les deux pays, à savoir «l'environnement, l'énergie, l'agriculture saharienne, le tourisme et les industries mécaniques», précise la même note citée par l’APS.

Par ailleurs, le même communiqué indique que «parmi les principaux dossiers qui nous intéressaient figure la situation prévalant actuellement en Libye».

Depuis des années, les Émirats arabes unis soutiennent le maréchal Haftar. En effet, dans une déclaration au journal La Croix, Jalel Harchaoui, chercheur à l’institut néerlandais de relations internationales Clingendael, affirme qu’en deux semaines, du 12 au 26 janvier, pas moins de 37 avions-cargos ont décollé des Émirats arabes unis pour venir en aide aux forces du maréchal Haftar.

«Si l’on compte en moyenne 75 tonnes de matériel par avion, ce sont quelque 2.700 tonnes de matériel qui ont été acheminées en 15 jours», a-t-il déclaré, ajoutant que «depuis dimanche, des rumeurs se font insistantes sur la livraison de chars d’assaut».

Alger fédère les voisins de la Libye

L’Algérie, qui cherche à diversifier son économie pour s’affranchir de sa dépendance aux hydrocarbures qui constituent sa principale source de revenus, a organisé jeudi 23 janvier à Alger à l’initiative du Président Abdelmadjid Tebboune une réunion consultative des ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye. Ainsi, ont pris part à ce sommet les chefs des diplomaties de l’Algérie, de l’Égypte, de la Tunisie, du Soudan, du Tchad, du Niger et du Mali, en la présence du ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne qui a présenté les conclusions de la conférence de Berlin.

À l’issue de cette réunion, les ministres ont exhorté les belligérants libyens à s’inscrire dans un processus de dialogue politique en vue de parvenir à un règlement global de la crise  loin de toute ingérence étrangère, indique le communiqué final relayé par l’agence officielle Algérie Presse Service (APS).

Le sommet de Berlin, auquel ont pris part l’Algérie, les Émirats arabes unis et la Turquie, avait abouti sur la nécessité de créer une commission de suivi selon la formule 5+5. Les principaux pays concernés par le conflit en Libye ont promis de respecter un embargo sur les armes. Les participants aux pourparlers se sont engagés à ne pas aider les parties en conflit.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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ingérence, gouvernement libyen d'union nationale (GNA), Armée nationale libyenne (ANL), Haut conseil d'État libyen, Tripoli (Libye), crise libyenne, Libye, Émirats Arabes Unis, Turquie, Algérie
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