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Propagation du coronavirus dépisté en Chine - 2020 (672)
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Les Algériens commencent à prendre conscience de la dangerosité du coronavirus, malgré le retard pris par les autorités à imposer des mesures strictes pour freiner l’épidémie. Le pays enregistre une soixantaine de cas et quatre décès. Des appels au confinement sont lancés depuis vendredi 13 mars, jour d’une importante marche du Hirak.

La situation est grave, de nombreux Algériens commencent à en prendre conscience. Ils reproduisent les mêmes actes effectués à travers le monde par des millions de personnes: achat de masques, de gants, d’alcool chirurgical et de gel hydroalcoolique. Ces produits nécessaires pour éviter de propager le coronavirus ne sont presque plus disponibles dans les pharmacies. Dans les supermarchés et les épiceries, les rayons de pâtes et de couscous ont été vidés. La semoule commence à manquer, de nombreuses familles préfèrent préparer de la kesra, la galette traditionnelle, plutôt que de sortir acheter du pain dans les boulangeries.

Cette prise de conscience subite semble avoir débuté vendredi 13 mars, lors de la 56e marche du Hirak. Sur les réseaux sociaux, la question de maintenir les manifestations avec le risque de propagation du coronavirus a donné lieu à un large débat. Plusieurs figures du mouvement citoyen ont plaidé pour le maintien des marches, à l’instar de Samira Messouci qui a purgé une peine de six mois de prison pour port du drapeau amazigh.

Interrogée par Sputnik, la réalisatrice Drifa Mezenner considère que ce qu’il se passe actuellement sur les réseaux sociaux est positif et que l’épidémie ne préfigure en aucun cas la fin du Hirak.

«Les gens se parlent et essaient de comprendre ce qu’il se passe, en l’absence d’une communication efficace sur les dangers du Covid-19 de la part des autorités. Les Algériens suivent de très près les événements en Europe et ils ne veulent pas subir la même situation catastrophique que celle de l’Iran. Si certaines personnes continuent de se rassembler, c’est qu’elles n’ont pas conscience du caractère exponentiel de la propagation de cette maladie. Par contre, je ne pense pas que l’arrêt des marches à cause du Coronavirus provoquera la division du Mouvement car le Hirak n’est pas un parti politique. Au contraire, il peut le renforcer par des actions citoyennes visant à créer une entraide entre les Algériens», explique-t-elle.

L’Etat attend une fatwa…

Mardi 17 mars, jour de la marche des étudiants, de nombreuses personnes sont sorties dans les rues de la capitale. Pourtant, la veille, les principales organisations estudiantines du Hirak avaient annoncé l’annulation de leur participation à la marche.

En fait, jusqu’à présent, les autorités n’avaient pris aucune mesure restrictive concernant les rassemblements dans les espaces publics à l’exception des manifestations sportives et culturelles. Le refus, par le gouvernement, de fermer immédiatement l’espace aérien et maritime du pays reste une véritable énigme. La compagnie Air Algérie, qui a été sommée dans un premier temps de limiter ses vols vers les pays européens, doit arrêter mardi soir toute activité. Mais de nombreux passagers en provenance d’Europe, déclarée épicentre mondial du Covid-19 par l’OMS, ont continué à arriver, jusqu’à ce lundi, sur les vols d’Alitalia, d’Air France, de Lufthansa et de Vueling. Des compagnies du Golfe ne subissent aucune restriction et continuent de transporter des passagers en provenance d’Asie… 

Par ailleurs, il a fallu attendre ce mardi pour que le ministère des Affaires religieuses décide de fermer les mosquées. Dimanche dernier, le Premier ministre avait déclaré sur les ondes de la radio Alger Chaîne III que l’État attendait une… fatwa.

«Une réunion de savants musulmans pour examiner les fondamentaux de la charia et étudier toutes les possibilités pouvant limiter la propagation du coronavirus se tiendra aujourd’hui. Je laisse donc aux experts et aux spécialistes de cette question le soin de prendre les mesures nécessaires allant dans l’intérêt de nos concitoyens», a déclaré Abdelaziz Djerad lors de cette émission de radio.

400 lits de réanimation…

Sur le plan sanitaire, la situation pourrait très vite tourner à la catastrophe. Les structures de santé seront incapables de faire face à une crise de grande ampleur. De l’aveu même du ministre de la Santé le professeur Abderrahmane Benbouzid, le pays ne dispose que de 400 lits de réanimation.

«Nos capacités en lits de réanimation étaient estimées à 200, elles ont dépassé les 400 aujourd'hui et des instructions ont été données aux établissements sanitaires pour l'identification des espaces et des moyens disponibles», a souligné le ministre sur les ondes de la radio publique.

Il compte sur l’engagement des établissements privés mais surtout sur les moyens de l’armée pour faire face à une crise à laquelle l’Algérie ne devrait pas échapper. De son côté, la population n’a pas attendu les autorités pour s’organiser. De nombreuses familles ont décidé de se mettre en confinement pour éviter tout risque de contamination. Sur Facebook, des groupes se sont formés pour informer les internautes sur les bonnes pratiques à entreprendre face à la maladie ou encore pour organiser l’aide en faveur des personnes en difficultés, à l’instar du groupe Section Logistique Solidarité Alger Coronavirus.

Dans le registre des actes citoyens, on peut également citer l’initiative de Moncef Chetitah, un ingénieur en informatique, qui a développé une plateforme de visualisation de la propagation du Covid-19 en Algérie. Celui-ci, qui intervient en qualité de développeur freelance, explique à Sputnik: «J’ai répondu à un appel des autorités algériennes adressé aux compétences algériennes pour faire face au Covid-19. Il n’y avait pas de plateforme de visualisation et j’ai donc décidé d’apporter ma contribution.»

«L’objectif est d’avoir l’état de la situation sanitaire en parcourant la carte. La plateforme sera prête dans deux ou trois jours et je la remettrai au ministère de la Santé publique qui se chargera d’introduire les données pour une diffusion en temps réel», précise à Sputnik Moncef Chetitah.

Les Algériens restent toutefois en attente de mesures concrètes des autorités pour contrer la maladie et éviter le scénario iranien. Ces dispositions pourraient être annoncées sous peu. Mardi soir, le Président Abdelmadid Tebboune doit prononcer un discours. Une intervention très attendue car le chef de l’État ne s’est pas présenté une seule fois face aux Algériens depuis le début de cette crise du Coronavirus.

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confinement, fatwa, Covid-19, Abdelmadjid Tebboune, Algérie
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