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Bravant les dispositions du confinement total, plusieurs individus ont participé à des manifestations nocturnes dans les rues de certains quartiers populaires de Tunis, scandant des slogans invoquant Dieu. Si certains y ont vu une expression populaire de la peur, d’autres y ont perçu un risque terroriste.

Dans la nuit du 23 mars, une manifestation nocturne a été organisée dans le quartier populaire de Sidi Hassine à Tunis. Parcourant les rues, des individus scandaient des «takbir» (Allah Akbar! Dieu est grand!). Les implorations à Dieu avaient d’abord commencé dans les maisons, avant que les personnes ne sortent de chez elles dans la rue pour manifester publiquement, ne tenant pas compte des mesures de couvre-feu imposé de 18h jusqu’à 6h.

Le lendemain, le scénario s’est répété dans d’autres zones de la capitale: Jbel Lahmar, Ras Tabia et Cité Ettadhamen. Ces marches étaient consécutives à «des appels récurrents sur les réseaux sociaux à sortir depuis la veille dans les rues et sur les toits pour prier Dieu afin qu’il lève cette malédiction de maladie», comme le précise le site Tunisienumérique.

Ce comportement avait alarmé l’opinion publique et certains observateurs y avaient vu des tentatives de causer volontairement le trouble, voire de commettre des actes terroristes.

«Ça se passe en Tunisie: des manifestations nocturnes contre le corona!»

Ce n’est pas l’avis de Lotfi Zitoun, ministre des Affaires locales et une des figures de proue du parti islamiste Ennahdha qui a déclaré au quotidien arabophone Achourouk, le 25 mars dernier:

«Ces rassemblements nocturnes constituent une réaction populaire de personnes qui éprouvent de la peur devant la propagation des nouvelles de décès à cause du coronavirus et le nombre croissant de cas de contamination. Il faut les comprendre!»

Les forces de l’ordre, qui sont restées dans un premier temps passives devant ces manifestations, ont dû intervenir plus tard pour faire respecter les règles du couvre-feu. D’ailleurs, un mandat d’arrêt a été mis contre celui qui a appelé au rassemblement populaire nocturne de Jbel Lahmar à Tunis.

Parallèlement, ce même soir du 23 mars, d’autres marches nocturnes implorant Dieu en répétant des «takbir» se sont déroulées dans les rues d’Alexandrie en Égypte. Les manifestants ont parcouru plusieurs artères de la ville avant d’être dispersés par les autorités.

Des manifestations pas innocentes

Contacté par Sputnik, l’expert tunisien en mouvements islamistes Abid Khelifi estime que:

«Ces manifestations nocturnes ne sont pas innocentes. D’une façon générale, le couvre-feu prive les terroristes de la liberté de mouvement. En plus, les actes terroristes s’épanouissent dans les moments d’affaiblissement de l’État. Et puis, les manifestations peuvent épuiser les forces de l’ordre, provoquant la fragilisation de la situation sécuritaire dans le pays.»

D’ailleurs, la réponse terroriste ne s’est pas fait attendre. Le ministère de l’Intérieur a publié le 2 avril un communiqué où il informe  que l’unité nationale d’investigation dans les crimes du terrorisme et du crime organisé avait arrêté deux terroristes qui planifiaient une opération à Siliana (127 km à l’ouest de Tunis). Ils avaient l’intention de se procurer les matières premières pour fabriquer des explosifs.

Deux jours auparavant, le 31 mars, le ministère de l’Intérieur avait démasqué un «loup solitaire» qui préparait  des attaques contre une institution sécuritaire ou un établissement sensible durant le mois du ramadan (qui commencera le 23 avril). Il avait avoué son affiliation à Daech*.

Abid Khelifi ne semble pas étonné de ces tentatives terroristes échouées.

«D’une façon générale, les mouvements terroristes tirent leur force de la faiblesse de l’État et profitent de toutes les circonstances internationales. La crise du coronavirus a plongé les nations et leur appareil sécuritaire dans une grande confusion et a orienté leurs efforts vers la lutte contre le virus. Par conséquent, les organisations terroristes vont chercher à tirer profit de cette situation», estime l’expert.

Ces événements se produisent après l’attentat terroriste aux explosifs qui a ciblé un poste sécuritaire devant l’ambassade américaine à Tunis, faisant un mort et cinq blessés, le 6 mars dernier.

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Covid-19, coronavirus SARS-CoV-2, manifestation, couvre-feu, terrorisme, Tunisie
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