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L’Algérie aura bientôt son test de dépistage instantané du coronavirus, développé par le Centre de recherche en biotechnologie (CRBT) de Constantine. Les premiers kits devraient être prêts dans deux mois, l’objectif étant de pouvoir procéder à des tests à grande échelle et de permettre à l’Algérie d’être autonome.

L’Algérie devrait bientôt disposer de son propre test de dépistage du Covid-19. Une équipe de chercheurs du Centre de recherche en biotechnologie (CRBT) de Constantine (à 400 km à l’est d’Alger) travaille sur ce projet depuis plusieurs semaines. Contacté par Sputnik, le Dr Ammar Azioune, directeur de ce centre, a indiqué qu’une fois développé, le kit permettra de réaliser un dépistage instantané des personnes infectées par le coronavirus.

«Le kit se présentera sous forme de bandelettes, similaires à celle utilisées par les diabétiques pour surveiller leur glycémie. Il sera beaucoup plus sensible que les bandelettes classiques, car basé sur l’acide ribonucléique (ARN), qui est un acide nucléique présent chez pratiquement tous les êtres vivants ainsi que chez certains virus. Il suffira de réaliser un prélèvement de la muqueuse du nez et de la gorge avec un écouvillon, puis d’extraire l’ARN à partir de cet échantillon et de réaliser le test. L’avantage de la méthode que nous utilisons est de fournir des résultats instantanés et donc de savoir immédiatement si la personne est infectée ou non», explique le Dr Azioune, lui-même biotechnologiste.

Enjeu majeur

Pour une première phase, l’objectif de l’équipe du CRBT est de produire 1.000 tests. «Ils seront prêts dans environ deux mois», souligne Ammar Azioune. Ce premier échantillon de  kits devra être testé pour confirmer la fiabilité de la méthode. Il est nécessaire que les résultats soient concluants pour passer ensuite à la phase de production industrielle qui permettra aux autorités algériennes de procéder à une campagne de dépistage de grande envergure de la population. 

Le directeur du CRBT souligne que le but final est de permettre à l’Algérie de ne pas être «dépendante de l’extérieur» dans sa lutte contre le coronavirus qui a infecté, jusqu’à présent, 1.572 personnes et provoqué 205 décès. Et dans cette guerre, le dépistage est devenu un enjeu majeur.

«Nous avons estimé qu’il serait difficile de transférer de l’étranger la technologie du dépistage instantané lorsqu’elle sera disponible. Nous avons donc décidé de nous lancer immédiatement dans la recherche. Nous savons aussi qu’il ne sera peut-être pas possible de vendre notre test en dehors d’Algérie. Donc nous nous concentrons sur l’essentiel: mettre nos kits à la disposition notre population. Nous avons le savoir-faire, nous pouvons donc réussir», assure-t-il. 

Sur les traces du MIT

Le Dr Ammar Azioune explique que la méthode utilisée pour le développement de ce test est basée sur la technologie CRISPR (de l’anglais Clustered regularly interspaced short palindromic repeats), qui permet de modifier facilement et rapidement le génome des cellules grâce à une enzyme.

Le CRBT a l’avantage de maîtriser cette technologie puisqu’il l’expérimente sur les cellules cancéreuses et les gènes en cause dans la migration de ces cellules. À travers le monde, seul le Massachusetts Institute of Technology (MIT) s’est lancé dans le développement de tests de dépistage pour le Covid-19 basés sur cette technologie CRISPR.

«Les chercheurs américains en sont actuellement à la phase de test, mais leur protocole n’a pas encore été validé par la Food and Drug Administration (FDA, l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux). Nous suivons de près ce qui se fait au MIT, nous apporterons cependant une petite innovation. Le CRBT est un jeune centre, avec beaucoup d’ambition. Nous savons que nous sommes sur la bonne voie, même si nous travaillons seuls, sans aucune collaboration dans le cadre de ce projet. Nous avons un plan de travail et un protocole et nous faisons en sorte de les mettre en œuvre», note le directeur du CRBT.

Le Covid-19 booste la recherche scientifique

Opérationnel depuis 2012, le CRBT de Constantine compte 150 chercheurs et ingénieurs engagés au sein de cinq divisions de biotechnologie: santé, alimentaire, agriculture, environnement et industrie. Il est également le point focal national du Centre international de génie génétique et de biotechnologie (CIGGB) de Trieste, en Italie. 

En Algérie, le secteur de la recherche scientifique dispose de trente établissements, tous placés sous la tutelle principale du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Peu connu du grand public, ce domaine pourrait profiter de la crise du Covid-19 pour réhabiliter les chercheurs et les activités de recherche. Depuis le début de la crise, le département de l’Enseignement supérieur a lancé une série d’appels aux scientifiques afin qu’ils participent à la réalisation d’équipements et de produits permettant de lutter contre la pandémie.

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Tags:
test, Covid-19, coronavirus SARS-CoV-2, Algérie
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