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Coronavirus oblige, point de sorties nocturnes ni de festivals, ni même de prières dans les mosquées pour les Tunisiens célébrant le ramadan, le mois saint des musulmans, cette année. Un ramadan pas comme les autres en cette période de crise, entre déconfinement progressif et couvre-feu. Comment les citoyens le vivent-ils?

Le ramadan revient chaque année avec son lot de rituels. Outre une vie spirituelle intense, marquée pour beaucoup par le jeûne et les prières nocturnes de «Tarawih», ce mois impose un rythme de vie différent. Les gens ont l’habitude de se rendre visite plus régulièrement pour faire la rupture du jeûne ensemble et de sortir la nuit pour aller aux cafés ou se divertir dans les festivals et les fêtes ramadanesques.

Mais cette année, ce n’est plus possible, coronavirus oblige! Le déconfinement progressif qui, dans sa première phase, s’étale du 4 au 24 mai et ne concerne que 50% du service public, de l’industrie, du secteur des services et des petits métiers, empêche les réunions. Par ailleurs, le couvre-feu se poursuit, même s’il a été allégé après la décision du Président de la République de l’étendre, désormais, de 20h à 6h du matin (il était de 18h à 6h).

Les Tunisiens vivent donc cette année le ramadan d’une manière différente. Le respect des règles de la distanciation sociale les a obligés à rester chez eux, notamment le soir. Par conséquent, pas de visites familiales ni de sorties nocturnes.

Hassan Ayadi, journaliste originaire de Kairouan, passe cette année le ramadan tout seul à Tunis, loin de sa famille et de ses proches.

«Je regrette l’ambiance ramadanesque, surtout les sorties la nuit pour aller jouer aux cartes avec les amis au café. J’ai l’impression de vivre au même rythme, de jour comme de nuit. La routine me tue, et puis l’agitation dans la rue le soir me manque.»

Il lui arrive de sortir durant la journée, mais il n’y a pas la foule qui circule d’habitude durant le ramadan, au moment de faire les courses.

Pour Noureddine Gharbi, retraité, le mois saint a désormais un goût différent. Acculé à rester chez lui, il ne sort qu’une seule fois par jour pour faire des courses. Ce qu’il regrette le plus durant ce ramadan, c’est de ne pas pouvoir faire la prière nocturne de «Tarawih», à la mosquée. «Du coup, je suis obligé de la faire tout seul chez moi!», se résigne-t-il.

Quant à Imed Belhassen, styliste et photographe, tout semble lui manquer. «Le café, les parties de cartes, la mosquée, les rencontres nocturnes, la rupture de jeûne parfois dans des gargotes et la visite des amis et de la famille.» Ne pouvant plus faire de la photographie à cause des règles strictes du déconfinement progressif, il s’adonne à sa deuxième passion, le stylisme, un métier qu’il fait avec un grand plaisir chez lui. Mais il se dit en besoin de «chaleur humaine».

Des ruelles vides

Il est vrai que le ramadan s’annonce fade en Tunisie cette année, avec l’annulation de plusieurs manifestations culturelles et festivals, dont le célèbre Festival la Médina –du nom de la vieille ville– qui rythmait les soirées des Tunisiens. Les rues de cette Médina ne se vidaient jamais, de jour comme de nuit, sauf au moment de la rupture du jeûne. Avec ses boutiques, ses couleurs, ses épices, ses parfums, ses ruelles, elle devenait, pendant le ramadan, le lieu de prédilection des Tunisiens pour s’approvisionner en produits nécessaires à leurs repas du ramadan, mais aussi pour se divertir le soir dans ses cafés et bâtiments, dont certains se transformaient en lieux culturels, à l’occasion.

Aujourd’hui, elle donne l’image désolante d’un espace dépeuplé, sans âme, où ne circulent que des chats.

La réalité n’est pas très différente autour de Tunis. À La Marsa, banlieue chic, les rues sont désertes la nuit, alors que les gens ont l’habitude de sortir en grand nombre pour prendre l’air marin sur la corniche.

Un ramadan sans polémiques

Même la polémique qui se déclenche chaque année autour du non-respect du jeûne dans les lieux publics et qui suscite le débat autour des libertés individuelles, n’a pas eu lieu pendant ce ramadan. D’habitude, les non-jeûneurs se mobilisent contre la fermeture par l’État des restaurants et des cafés pendant le mois saint, en organisant des manifestations et des campagnes sur les réseaux sociaux. Le groupe Facebook #Fater est parmi les plus actifs dans ce sens. Mais le voilà au chômage technique cette année. Pas de mobilisation, puisqu’une bonne partie des Tunisiens restent confinés chez eux. Libre alors à chacun de jeûner ou pas. Les membres du groupe, qui d’habitude se partagent les bonnes adresses des cafés et des restaurants qui restent ouverts durant les journées du mois sacré, se contentent désormais de partager les photos de ce qu’ils consomment comme aliments chez eux, pendant la période du jeûne.

Seule constante durant ce mois saint, ce sont les feuilletons ramadanesques. Après la récente polémique sur la poursuite des tournages de certains d’entre eux, les Tunisiens ont pu finalement suivre les sitcoms et séries nationales, si attendues car produites uniquement à l’occasion du ramadan. Cela reste leur seule distraction du moment!

Toutefois, la situation pourrait s’améliorer à partir du 11 mai puisque les boutiques de vêtements et de chaussures rouvriront, ainsi que les hypermarchés et les salons de coiffure. De quoi faire changer d’ambiance aux Tunisiens à la veille de l’Aïd!

Rappelons que la Tunisie se sortirait plutôt bien de la crise, avec un bilan de 1.018 contaminations et 43 décès, en date du 4 mai 2020.

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coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, ramadan, Tunisie
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