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Saluant l’initiative du roi «qui a su tendre la main à ses amis sur le continent», le Monsieur Afrique du Royaume chérifien estime que jamais l’Afrique n’a eu une position aussi enviable vis-à-vis de l’Europe. Invité de Sputnik, il appelle à une coopération économique plus soutenue après la coopération sanitaire exemplaire pendant la pandémie.

Le Maroc n’est toujours pas sorti d’affaire en ce qui concerne la pandémie de coronavirus.

Mardi 19 mai, il comptait 6.870 cas d’infection, 3.660 guérisons et 192 décès, selon les chiffres officiels. Ce qui met certes le Royaume chérifien très loin de l’Europe et des États-Unis pour le nombre de cas avérés, mais toujours en quatrième position en Afrique derrière l’Afrique du Sud (16.433 cas), l’Égypte (12.764 cas) et l’Algérie (7.201 cas), qui vient de lui passer devant.

Avec 129 nouvelles contaminations au Covid-19 constatées pour la seule journée du dimanche 17 mai, le chef de gouvernement Saad Dine Elotmani n’a pas hésité: dès le lendemain, il informait les deux chambres du Parlement de sa décision de prolonger de trois semaines supplémentaires l’état d’urgence dans le pays. Au lieu du déconfinement espéré pour le 20 mai, le chef du gouvernement a donc préféré maintenir les mesures d’isolement sanitaire afin d’éviter «la prolifération de clusters épidémiologiques industriels, commerciaux ou encore familiaux», a-t-il fait valoir.

Deux mois auparavant, le 20 mars, sous la houlette du roi Mohammed VI, le Maroc avait commencé sa riposte graduelle considérée comme l’une des plus complètes en Afrique. «De la fermeture des frontières à la mise en place d’un fonds de lutte contre la pandémie, jusqu’à la production massive de masques et l’objectif d’une généralisation des tests, le Royaume chérifien s’est distingué très tôt» dans son combat contre le coronavirus, selon Emmanuel Dupuy.

Pour le président de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) –qui en débattait le 15 avril dernier aux côtés de l’économiste marocain Larabi Jaidi et de Bouchra Rahmouni, directrice générale du think tank Policy Center For The New South–, il s’agit véritablement d’une «exception marocaine». Et même si ces mesures ne pourront être levées qu’à la mi-juin, de l’avis de ces experts, une étape a été franchie en ce concerne le repositionnement du Maroc sur l’échiquier africain à l’occasion de cette pandémie.

Invité Afrique de Sputnik France, le 6 mai dernier, le Monsieur Afrique du Royaume chérifien, le Sénégalais Abdou Diop, managing partner chez Mazars, a décrypté pour Sputnik France l’initiative de Mohammed VI. En concertation avec les Présidents ivoirien et sénégalais, deux alliés indéfectibles du Maroc, le souverain a invité ces deux «pays frères» à engager une lutte commune contre la pandémie de coronavirus.

«Avec cette initiative, il ne s’agit pas d’aller en ordre dispersé, mais d’unir nos moyens pour se donner toutes les chances de combattre le coronavirus (qui est commun à nous tous). Le résultat, c’est que, face au péril sanitaire, la résilience de l’Afrique a été bien plus grande que celle de l’Europe, voire du reste du monde», a affirmé Abdou Diop.

Cette initiative se veut avant tout «pragmatique» et «orientée vers l’action». Car, en plus de la production de test et de masques, ainsi que le port obligatoire des masques, l’offre du Maroc aux autres États africains inclut l’accompagnement du secteur informel «afin d’éviter que les effets du confinement ne se transforment en une crise économique à l’échelle  du pays», notamment en ce qui concerne les PME, insiste-t-il.

Le retour du Maroc dans la famille africaine

Même si, rappelle le patron de Mazars à Casablanca, cette initiative n’avait pas vocation, au départ, à être globale, le «partage d’expériences» souhaité par le souverain chérifien a fait qu’elle a fini par le devenir avec, notamment, l’envoi de vivres à la Centrafrique ou l’ouverture d’un hôpital au Mali.

«L’Afrique sait se serrer les coudes quand c’est nécessaire», a expliqué le Monsieur Afrique du Maroc au micro de Sputnik France.

Il a, bien sûr, nié catégoriquement toute arrière-pensée de la part du Royaume chérifien par rapport à sa demande d’adhésion en 2017 à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cdedeao), dont il a été l’une des chevilles ouvrières. Celle-ci «a été acceptée sur le principe», rappelle-t-il. Toutefois, la Cedeao ne prévoyant pas l’intégration de nouveaux pays membres, par rapport aux 15 actuels, «les mécanismes techniques, juridiques sont longs à mettre en place» pour l’intégration du Maroc, fait-il valoir.

Mais pour ce qui est de l’offre sanitaire du Maroc, elle ne passe pas par des instances régionales telles que l’Union économique et monétaire (UEMOA) ou bien la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Là, les grandes banques et les entreprises marocaines sont très présentes. Et quid, dans ce cas, de la coopération avec ses voisins du Maghreb, à commencer par l’Algérie?

«Si demain l’Algérie avait besoin de masques ou de respirateurs, le Maroc lui en donnerait sans problème et réciproquement. Car les échanges économiques entre nous fonctionnent déjà très bien, contrairement aux idées reçues, et les peuples ont traditionnellement beaucoup de relations les uns avec les autres», répond sans hésiter Abdou Diop.

Repenser les relations avec l’Union européenne

À la question de savoir si cette pandémie va relancer la construction d’un grand Maghreb ou, au contraire, «creuser encore plus le fossé» entre les cinq États qui le composent (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, Tunisie), le conseiller de Sa Majesté préfère rester prudent. Comme il l’est vis-à-vis des initiatives que le président en exercice de l’Union africaine (UA), le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, a lancées à l’échelle du continent pour essayer d’harmoniser les efforts dans la lutte contre le coronavirus.

Un quatuor de haut vol, parmi lesquels le Franco-Ivoirien Tidjane Thiam, ex-patron du Credit Suisse, la Nigériane Ngozi Okondjo Iweala, ex-directrice générale de la Banque mondiale, le Rwandais Donald Kaberuka, ex-gouverneur de la Banque africaine de développement, et le Sud-Africain Trevor Manuel, président de Old Mutual et ex-ministre des Finances, a notamment été désigné pour mobiliser les fonds devant permettre de relever les défis économiques provoqués par la pandémie. Ce que nombre d’analystes considèrent comme une tentative de contrer l’initiative marocaine.

«Le Maroc joue pleinement son rôle au sein de l’UA, tout en développant ses coopérations bilatérales. Cela n’a jamais été antinomique! Nous ne sommes pas revenus [en janvier 2017, ndlr] pour être spectateur. Nous voulons aider à la construction d’une Afrique du futur. Mais, par ailleurs, nous avons des amis que nous entendons soutenir, rétorque l’artisan de la diplomatie africaine du Maroc.

Le Maroc chercherait-il à jouer les «intermédiaires» ou à devenir un point focal pour drainer les fonds de l’Union européenne (UE), avec laquelle il entretient par ailleurs des relations privilégiées dans le traitement de dossiers délicats comme celui de l’immigration illégale? La réponse d’Abdou Diop est tout aussi catégorique.

«L’initiative lancée par le Maroc a été saluée par l’UE qui a fait savoir qu’elle était prête à l’accompagner. Mais elle le fait aussi pour tous les autres pays dans le cadre de l’appui financier consenti au Sénégal ou à la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, le Maroc a une position stratégique sur l’échiquier africain. Du coup, c’est normal qu’il soit un partenaire privilégié de l’UE», argue cet expert.

Pour lui, ce que cette pandémie a révélé, c’est la dépendance «énorme» des pays occidentaux et des grands donneurs d’ordre internationaux vis-à-vis de l’Asie. Non pas à cause du confinement, mais «parce que les usines en Asie étaient elles-mêmes arrêtées», affirme-t-il.

Une dépendance moindre à l’égard de la Chine

Hormis pour l’industrie automobile marocaine, la dépendance du Maroc vis-à-vis de la Chine est bien moindre qu’en Europe. D’autant que les exportations de phosphate et de produits agroalimentaires n’ont jamais cessé.

«Nous n’avons pas non plus eu de rupture d’approvisionnement, même pas en ce qui concerne les produits pharmaceutiques», révèle-t-il.

Un exemple dont les industriels européens devraient s’inspirer, selon lui, pour complètement revoir leurs chaînes d’approvisionnement.Ainsi, dans ce nouveau paradigme, l’Afrique émerge comme le relais stratégique pertinent puisqu’elle compte nombre de pays déjà très bien positionnés économiquement vis-à-vis de l’Europe, à commencer par le Maroc. «Le moment n’a jamais été aussi favorable, car ce qui importe le plus aujourd’hui, ce n’est pas le coût, mais l’accès», comme le constate Abdou Diop. Une leçon dont les «amis» du Maroc devraient être les premiers à pouvoir tirer profit.

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coopération, Europe, Afrique, roi Mohammed VI du Maroc, Maroc
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