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La presse marocaine est divisée sur l’interprétation à donner à la décision de la Cour suprême espagnole concernant la levée de drapeaux non officiels dans la sphère publique. En effet, la MAP et d’autres médias qui ont repris l’information estiment qu’elle vise «le fanion du Front Polisario». Le Desk n’est pas de cet avis.

Mercredi 3 juin, la Cour suprême espagnole a rendu sa décision sur «l’interdiction de l’utilisation de drapeaux, fanions ou symboles non officiels à l’intérieur comme à l’extérieur des édifices publics». Une information reprise par l’agence officielle marocaine Maghreb Arabe Presse (MAP) et largement relayée par la presse locale qui a déclenché une polémique née de l’interprétation qui lui a été donnée. En effet, la MAP considère que l’arrêté de la Cour suprême espagnole est «un revers pour le Front Polisario et ses mentors en Espagne». Pour le site d’information marocain Le Desk, cette interprétation est une «extrapolation trompeuse». Qu’en est-il vraiment?

La dépêche de la MAP

L’agence Maghreb Arabe Presse a relayé la décision de la Cour suprême espagnole dans un article titré «Nouveau revers pour le Polisario en Espagne: La Cour suprême interdit l’usage de son fanion dans la sphère publique».

«La justice du pays ibérique a infligé un nouveau coup dur aux séparatistes [du Front Polisario, ndlr] en interdisant l’usage de leur fanion dans la sphère publique», écrit la MAP qui souligne que «cette décision de justice constitue un nouveau revers pour le Polisario qui perd de plus en plus du terrain en Espagne».

Dans le même sens, l’agence ajoute que «l’utilisation de drapeaux, fanions ou symboles non officiels, comme celui des séparatistes du Polisario, dans les édifices et les espaces publics n’est pas compatible avec le cadre constitutionnel et juridique actuel ou avec le devoir d’objectivité et de neutralité des administrations espagnoles». «Le fanion du Polisario ne doit pas coexister avec le drapeau de l’Espagne et les autres légalement ou statutairement institués souligne l’arrêt de la Cour suprême qui met fin à une anomalie des plus étranges dans un pays démocratique comme l’Espagne», soutient-elle. Enfin, la MAP explique que «ce revers cinglant pour le Polisario en Espagne intervient quelques jours après le camouflet magistral essuyé par les séparatistes fin mai dernier à l’occasion de la journée de l’Afrique».

Le ministère espagnol des Affaires étrangères avait alors publié une carte de l’Afrique avec les drapeaux de tous ses pays à l’exception de celui de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

Que dit la décision de la Cour suprême?

Selon El Confidencial, l’arrêté de la Cour suprême concerne une décision prise en 2016 par le conseil municipal de Santa Cruz de Tenerife (Canaries) qui autorisait la levée du drapeau des indépendantistes canariens. Ainsi, la Cour suprême a annulé cette décision qui enfreint le système juridique espagnol car «ce n'est pas le drapeau officiel et que la représentation du peuple canarien ne peut lui être attribuée», précisé le journal espagnol.

Le média considère que la décision de la Cour suprême rouvre le débat sur la question de la levée de drapeaux non officiels sur les édifices publics en Espagne, comme celui de la Catalogne, conséquence d’un long contentieux judiciaire relatif à la situation dans les îles Canaries. Il avance qu’il faudra voir dans le futur comment cette décision sera appliquée et qu’elle étendue sera donnée  «à l’idée du drapeau non officiel».

Une interprétation «trompeuse»?

Réagissant à la dépêche de la MAP, le site d’information Le Desk, qui cite le rapport d’El Confidencial, assure dans son article «Fanion du Polisario banni en Espagne: L’extrapolation trompeuse au Maroc» que le Front Polisario n’est pas «spécifiquement visé par cette décision de justice qui concerne avant tout les Canaries». «Il n’est impliqué qu’indirectement dans cette affaire interne à l’Espagne que parce-que l’extension de cette jurisprudence à tout le territoire ibérique devrait éventuellement affecter les municipalités qui arborent le drapeau de la "RASD" sur leurs édifices».

D’après Le Desk, «cela ne peut être interprété comme "un revers judiciaire" pour le mouvement qui conteste au Maroc sa souveraineté sur le Sahara occidental, car cette procédure ne le vise pas typiquement, même s’il peut en être affecté par effet consécutif».

Enfin, le média ajoute que la décision de la Cour suprême «n’a aucune relation, ni de près ni de loin, avec la décision […] de la diplomatie espagnole de relayer sur son compte Twitter une carte de l’Afrique conforme à la position du Maroc».

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Tags:
décision judiciaire, Cour suprême de Catalogne, conflit au Sahara occidental, Sahara occidental, Espagne, accords UE-Maroc, Maroc
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