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Des habitants de Ouargla, la ville la plus importante du Sud algérien, ont manifesté pour dénoncer les conditions de vie dans leurs quartiers. La remontée des eaux usées, la dégradation des routes et le retard dans la réalisation d’un nouvel hôpital figurent parmi leurs revendications.

«Nos revendications ne sont pas politiques». Dimanche 14 juin, les manifestants de Mekhadma , quartier populaire de la ville de Ouargla (800 km au sud d’Alger), ont mis en avant ce slogan afin que les autorités prennent conscience des conditions désastreuses dans lesquelles ils vivent. Plusieurs centaines de personnes ont pris part à cette marche pacifique, qui s’est achevée par un sit-in devant le siège de la wilaya (préfecture). Présente sur les lieux, la police anti-émeute n’est pas intervenue pour disperser ce rassemblement.

Cette manifestation s’est cependant déroulée au moment où la région de Ouargla connaît une recrudescence de cas de Covid-19. Selon les chiffres officiels, la région compte 315 patients atteints et totalise 24 décès. La question de la prise en charge sanitaire figure au centre des revendications, puisque Ouargla, principale région pétrolière d’Algérie, ne dispose toujours pas d’hôpital moderne. La construction d’un centre hospitalo-universitaire est prévue depuis 2012. Sauf que ce projet a été gelé avant d’être relancé en 2018. Mais la population devra encore attendre la construction et la mise en service de cet établissement.

Pandémie, insalubrité, la double peine

Les habitants de Mekhadma , l’un des quartiers de la ville, vivent dans un environnement quasi insalubre à cause de la remontée des eaux usées et de la dégradation du réseau routier. Amar, jeune commerçant de ce quartier, explique à Sputnik la difficulté d’y vivre:

«C’est une situation insupportable. Nous vivons dans la puanteur et au milieu de nuées de moustiques. Cela empire durant les grosses chaleurs, puisque la température descend rarement en dessous de 40 degrés. Le projet lancé par les autorités pour combattre le phénomène de remontée des eaux a montré ses limites et, au lieu de régler ce problème, elles en ont créé d’autres, puisque les entreprises ont détruit tout le réseau routier. Aujourd’hui, des chantiers sont laissés à l’abandon», explique Amar.

Ouargla étant construite dans une cuvette, l’État a engagé en 2007 plus de 15 millions d’euros pour réaliser un système visant à lutter contre la remontée des eaux usées. Mis en service en 2011, il consiste à pomper l’excédent d’eau et à le transférer vers des exutoires situés à des dizaines de kilomètres de la ville. Faute de budget de maintenance, le procédé a fini par montrer ses limites: plusieurs quartiers de la ville, dont Mekhadma , ont une nouvelle fois été inondés. En 2018, deux entreprises publiques ont été désignées pour effectuer des travaux complémentaires pour atténuer ce phénomène, mais ces chantiers avancent difficilement.

Malgré le pétrole, un chômage endémique

La question de l’emploi reste l’un des dossiers les plus épineux dans cette région. La Sontrach, société nationale d’hydrocarbures, les compagnies étrangères et les différents sous-traitants qui s’activent dans le secteur pétrolier attirent des employés de l’ensemble du pays. Une situation qui a mis la main-d’œuvre locale en difficulté. Dès 2013, des actions de protestation ont été menées pour dénoncer une «discrimination». Abdelmalek Ibek, militant membre de la Coordination nationale de défense des droits des chômeurs (CNDDC), estime que le marché de l’emploi reste toujours entre les mains de certains «cercles mafieux».

«Il y a toujours autant de pression dans le processus de recrutement, car les mesures sont toujours opaques et soumises aux passe-droits. La protestation est permanente dans notre région pour dénoncer les pratiques de certains cercles mafieux qui ont le monopole sur ce secteur. Les choses ne pourront s’arranger que lorsque le mouvement sera organisé afin que les autorités puissent prendre conscience des revendications des demandeurs d’emploi», déclare Abdelmalek Ibek à Sputnik.

Les choses risquent de se compliquer, puisque le gouvernement a annoncé, au mois de mars, la réduction de 50% du budget de développement de la Sonatrach. Une mesure qui a eu pour conséquence directe l’arrêt de nombreuses opérations, notamment dans le domaine de la recherche d’hydrocarbures.

Pour Abdelmalek Ibek, les revendications sociales pourraient très vite rejoindre les revendications d’ordre politique et s’inscrire dans le cadre plus large du Hirak, du nom du vent de contestation sociopolitique qui souffle sur l’Algérie depuis février 2019.

«À Ouargla, comme dans toutes les régions du sud du pays, il faut s’attendre à un retour en force du Hirak. Les gens veulent que les choses changent. Je pense que les autorités sont conscientes de la situation. L’interpellation [le 14 juin] de Mohad Gasmi, un activiste de la région d’Adrar [sud], semble avoir un lien avec la reprise du Hirak», conclut-il.

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