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Le Maroc se déconfine, mais pas son football. Au silence de cimetière des stades, s’ajoute celui, inexpliqué, des autorités gouvernementales et sportives du royaume. Joueurs, clubs et supporters restent dans l’expectative en attendant le coup de sifflet de la reprise ou de la fin du championnat.

La Botola, championnat marocain de football, est à l’arrêt depuis près de 100 jours à cause du Covid-19. Pour contenir la propagation de la pandémie, les autorités avaient décidé, le 14 mars 2020, de suspendre tous les matchs, toutes catégories confondues, jusqu’à nouvel ordre. Plus de trois mois après cette annonce, aucun nouvel ordre n’a encore été donné.

Pourtant, le Maroc va se déconfiner dès jeudi 25 juin, à l’exception de Tanger et sa région, Kénitra (ville voisine de Rabat) et Marrakech. Si les restrictions, qui étaient imposées sur les déplacements vont être levées, les lieux culturels et de loisirs resteront fermés. Les lieux sportifs aussi, y compris les stades. Et sans stades, pas de Botola, mais jusqu’à quand? Sputnik a posé la question à Mohamed Makrouf, porte-parole de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF).

«Aucune décision n’a été prise pour le moment au niveau de la Fédération quant à la reprise ou pas de la Botola. Nous attendons toujours le feu vert des autorités publiques compétentes, c’est-à-dire le ministère de la Santé et celui de l’Intérieur […] Pour l’heure, tout est maintenu en suspens», explique-t-il.

La déclaration du responsable fédéral vient casser en bloc les rumeurs qui circulent depuis plusieurs jours, dont certaines ont été reprises par des médias marocains. La première, la plus persistante, annonce la fin prématurée et définitive de la Botola. Selon les teneurs de cette thèse, le Wydad de Casablanca, actuellement en tête, sera bientôt sacré champion.

En revanche, d’autres annoncent une reprise imminente des matchs, considérant la période de confinement comme un simple temps mort. Ils en veulent pour preuve les récents signaux envoyés par les clubs.

Les dépistages ont enfin commencé

C’est que même en l’absence de décision officielle, des clubs marocains se préparent tout de même pour un éventuel retour sur les pelouses. Campagne de dépistage ou encore désinfection de centre d’entraînement, chaque club s’occupe comme il peut. L’équipe du Raja de Casablanca, par exemple, vient d’effectuer, samedi 20 juin, des tests de dépistage du Covid-19 pour l’ensemble de ses joueurs ainsi que de son staff technique, apprend-on auprès d’Ayoub Nanah, attaquant de l’équipe casablancaise.

D’autres clubs de la Botola ont aussi testé leur effectif. C’est le cas de l’Olympique de Khouribga ou encore du Rapid Oued Zem. L’Olympique Club de Safi a commencé, quant à lui, par une opération de stérilisation et de désinfection générale de son centre d’entraînement, jeudi 18 juin.

En coordination avec la Direction régionale de la Santé et le personnel médical de l’équipe, les joueurs de l’Olympique Club de Khouribga ont tous effectué des tests de dépistage du Covid-19.

«Une dure et frustrante épreuve» pour les fans

Pour les supporters comme pour les joueurs, la paralysie du foot causée par le nouveau coronavirus est un véritable «crève-cœur». «C’est une dure et frustrante épreuve pour nous puisqu’elle nous prive de notre passion», confie à Spuntik Ayoub Nanah, joueur du Raja,.

«Nous avons envie de retrouver les terrains, surtout qu’il nous reste peu de matchs à jouer. Pour l’heure, nous continuons à nous entraîner par vidéoconférence chez nous… Ce n’est pas évident, puisque nous perdons un peu nos repères, mais nous essayons tout de même de garder la forme et le moral», ajoute le footballeur.

Du côté des supporters, l’impatience commence à se faire sentir: «Partout dans le monde, les championnats commencent à reprendre, même dans les pays les plus affectés par le virus, comme l’Italie. Je ne comprends pas pourquoi le Maroc n’en fait pas de même, surtout que notre pays a été relativement épargné par le Covid-19», proteste Amine*, membre des ultras du Raja depuis 2011, interrogé par Sputnik. Même incompréhension du côté wydadi:

«Le foot nous manque terriblement, les chants, les tifos, l’adrénaline, l’ambiance dans les stades. C’est un véritable crève-cœur de devoir attendre aussi longtemps, je ne comprends pas pourquoi ça traîne», confie à Sputnik Nawras, membre des ultras du Wydad depuis 2007.

Bundesliga, Liga, Serie A et d’autres championnats reprennent à travers l’Europe. L’Allemagne a été le premier pays du continent à renouer avec la compétition à la mi-mai. L’Espagne a suivi et, depuis peu, l’Italie.

La fièvre du foot regagne l’Europe

Les échos qui parviennent des stades déjà rouverts intensifient l’impatience du public marocain. C’est le cas presque partout en Afrique. À l’exception de la Tanzanie et du Burundi, le football africain reste largement en hibernation. La Confédération africaine de football ne fait pas mieux que les responsables marocains: son silence joue les prolongations. Jusqu’à quand?

*Prénoms d’emprunt, les personnes en question ayant préféré conserver l’anonymat.

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Tags:
football, déconfinement, Covid-19, Maroc
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