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Les islamistes de Rachad, un mouvement qui rassemble d’anciens membres du Front islamique du Salut, dissous en 1992, ont appelé avec insistance à la reprise des marches à l’occasion du 70e vendredi du Hirak. Un mot d’ordre qui n’a trouvé aucun écho, leur infligeant ainsi un cuisant échec.

Rachad joue et perd. En lançant un appel pressant à la population algérienne pour reprendre les manifestations, vendredi 19 juin, les membres de ce mouvement islamiste basé en Europe espéraient s’imposer comme les leaders incontournables du Hirak. Les jours qui avaient précédé ce 70e vendredi, le retour des manifestations avaient donné lieu à un large débat sur les réseaux sociaux. Rachad, dans un communiqué rendu public le 17 juin, a déclaré qu’elle «ne peut que soutenir cette initiative». Sur Facebook, principal espace d’action des responsables de cette organisation qui sont tous installés en dehors d’Algérie, les appels à manifester se sont multipliés. Les personnes qui ont appelé à faire preuve de retenue et de patience ont été accusées de vouloir « casser une initiative populaire». C’est le cas notamment d’Abdelghani Badi, un des principaux membres du collectif des avocats des détenus qui a fait l’objet d’attaques sur plusieurs pages et comptes liés à Rachad.

Mais le 19 juin, les citoyens engagés dans le Hirak ont maintenu le gel des marches qui avait été décidé au mois de mars pour éviter la propagation du Coronavirus. Ce choix s’explique notamment par un rebond de la Covid-19. Selon les chiffres officiels, l’Algérie compte 11 771 cas confirmés dont 845 décès.

La Kabylie, une exception ?

Tout au plus, il y a eu quelques petits rassemblements dans certaines villes du pays, notamment à Alger, Annaba et Constantine mais qui ont vite été dispersés par la police qui a également procédé à des arrestations. La région de Kabylie est pourtant sortie du lot. Les villes de Tizi-Ouzou et Bejaia ont connu des manifestations relativement importantes ce vendredi 19 juin. Des heurts ont même éclaté entre les manifestants et les forces de l’ordre.

Dans une déclaration à Sputnik, le journaliste indépendant et activiste Idir Tazerout dément tout lien entre l’appel de Rachad et les marches qui se sont déroulées dans les wilayas (départements) de Kabylie. «Cette organisation islamiste n’a aucune crédibilité et aucun relais dans notre région».

«Si nous sommes sortis vendredi c’est pour dire que le Hirak est là et que les revendication du 22 février 2019. Nous sommes face à une dictature qui ne dit pas son nom, incarnée par un pouvoir illégitime. Depuis l’arrivée du Covid, par conscience les citoyens ont gelé les manifestations du vendredi. Une aubaine pour le régime qui au lieu de mettre en place un confinement a imposé un couvre-feu qui dure depuis plus de trois mois. Pour le pouvoir, c’est une occasion d’interdire toute protestation. Après avoir constaté une nette diminution des cas de Covid-19 nous avons décidé de sortir. De plus je considère que l’Algérie n’est pas exposée à cette pandémie», affirme Idir Tazerout.

Héritiers du FIS

‏Le mouvement Rachad est ce qu’il reste du Front islamique du salut (FIS), parti politique créé en février 1989 et qui a été dissous par la justice algérienne en mars 1992. Les éléments radicaux de cette formation politique ont versé dans le terrorisme au sein de plusieurs organisations, notamment dans l’Armée islamique du salut (AIS), considérée comme la branche armée du FIS.

Mourad Dhina, membre de la direction du FIS et diplômé du Massachussetts Institute of Technology, préside Rachad à partir de Suisse où il jouit de l’asile politique depuis 1994. Dhina est également le directeur de l’ONG Al Karama, une association «de défense des droits de l’homme» dont le siège est également Genève, qui bénéficie de fonds qataris et qui est une des officines de l’internationale des Frères musulmans. Co-fondateur d’Al Karama, le qatari  Abdulrahman al-Nuaimi, intéresse depuis quelques années les services de renseignements suisses pour ses activités en lien avec le financement d’organisations terroristes. Il est notamment soupçonné par le Trésor public américain d’avoir versé des fonds au Front Al-Nosra**, la branche syrienne d’Al-Qaïda*. Pour sa part, Larbi Zitout, ancien diplomate algérien et figure médiatique de Rachad, est chargé à partir de son exil londonien  de diffuser les «mots d’ordre» de l’organisation lors de Facebook lives quotidiens. Faisant office de e-gourou, Zitout tente de se positionner depuis plus d’une année comme le leader incontesté du Hirak. En terme de force de mobilisation, Rachad ne représente pratiquement rien en Algérie. Le mouvement est surtout présent en Europe à travers quelques centaines de militants répartis entre Paris, Londres, Bruxelles et Genève. Rachad est plus un phénomène médiatique, grâce à une maîtrise des réseaux sociaux, qu’une réalité politique. Un constat qui a fini par se confirmer ce vendredi 19 juin 2020.

* **L’État islamique, Al-QaÏda et Jabhat-Al-Nosra sont des organisations terroristes interdites en Russie

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