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Des bâtiments emblématiques de la capitale économique du Maroc sont démolis les uns après les autres. De nombreux acteurs associatifs et internautes, conscients de la valeur du patrimoine séculaire casablancais, dénoncent.

Entre Art déco, Néoclassicisme et Art nouveau, la ville de Casablanca se caractérise, notamment au niveau de son mythique centre-ville, par une architecture unique remontant au XXe siècle. D’anciens immeubles, maisons, villas et édifices font de la ville blanche un véritable musée d’architecture à ciel ouvert. Mais ce patrimoine se trouve plus que jamais menacé. En cause, la négligence et surtout la prédation immobilière. Dernières victimes: deux villas et un édifice historiques.

En plein cœur de la capitale économique du royaume, au niveau du croisement des boulevards Anfa et Zerktouni, un nuage de poussière annonce le chantier. L’emblématique Villa Mauvillier vient d’être amputée de toute sa façade. La pelleteuse a presque tout arraché, il ne reste plus que la partie est du bâtiment éventré, qui tient à peine sur ses poutres fracturées. Sur le sol gisent les ruines d’un véritable joyau de l’art déco casablancais. Il avait pourtant résisté 88 ans aux promoteurs immobiliers avant de succomber. Cette construction mythique a été bâtie en 1932 par le célèbre architecte français Gustave Cottet. Sa disparition émeut les internautes qui manifestent leur indignation sur les réseaux sociaux.

Du côté de l’association marocaine Casamémoire, c’est la consternation. Luttant depuis 1995 pour la préservation du capital architectural de Casablanca, l’ONG déplore une nouvelle atteinte à un patrimoine en danger.

«Ce qui nous a scandalisés, c’est que nous n’avons été à aucun moment consultés concernant cette démolition alors que nous sommes signataires avec la Ville d’une convention pour la protection du patrimoine. En tant que représentants de la société civile, nous devions être avertis en amont», s’insurge Rabéa Ridaoui, présidente de Casamémoire contactée par Sputnik.

L’ONG est membre de la commission de pilotage relative à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine du Grand Casablanca. Cet organe a été créé par le roi Mohammed VI en 2015 afin de protéger notamment le patrimoine architectural et culturel de la capitale économique.

«Le malheur, c’est qu’il y a eu une série de démolitions après celle de la Villa Mauvillier… Dans le même périmètre, il y a quelques jours seulement, une autre villa de style Art déco, située sur la place Ollier, a été complètement détruite. Quelques kilomètres plus loin, au niveau du quartier Racine, un immeuble a également été rasé de la carte», énumère la présidente de Casamémoire.

Pointant du doigt la spéculation immobilière, Rabéa Ridaoui se dit «préoccupée» par le sort des bâtiments à caractère patrimonial de la ville, spécialement ceux des quartiers Gauthier et Racine. «Ce sont des constructions qui se trouvent dans des zones prisées des acheteurs et où le mètre carré coûte très cher… Ce sont malheureusement autant d’ingrédients qui nous font craindre de futures démolitions», déplore-t-elle.

L’Agence urbaine de Casablanca avait pourtant lancé, en juin 2018, une étude pour l’élaboration d’un plan de sauvegarde et de valorisation du patrimoine de Casablanca. Deux ans plus tard, ce projet reste toujours lettre morte. Sur le site de l’Agence, sous une rubrique dédiée aux «études thématiques», il est discrètement indiqué que le plan de sauvegarde et de valorisation du patrimoine du Grand Casablanca-Arrondissement Sidi Belyout est «en cours». Sputnik a tenté, avec insistance, d’avoir des explications de la part de cette entité, en vain.

«Double discours» des autorités

Sans être membre de Casamémoire, Karim Rouissi milite depuis longtemps pour la préservation du capital architectural de la ville blanche. Cet architecte casablancais plaide pour l’intégration du plan de sauvegarde et de valorisation du patrimoine de la ville au plan d’aménagement. «Autrement, le patrimoine architectural restera voué à la démolition et à la vétusté», craint-il.

 «Tant qu’il n’y a pas de document officiel opposable aux propriétaires, les bijoux architecturaux de Casablanca vont disparaître les uns après les autres», affirme catégoriquement Karim Rouissi.

Rabéa Ridaoui abonde dans le même sens: «Nous avons récemment déposé un dossier où on a énuméré de nombreux bâtiments à caractère patrimonial, et avons demandé leur inscription sur la liste indicative du patrimoine à préserver. Pour l’instant, aucune suite n'a été donnée à notre requête.»

L’architecte Karim Rouissi dénonce le double langage des autorités: «Les responsables palabrent en public sur la préservation du patrimoine et autorisent en privé sa démolition.» Ces contradictions exaspèrent les défenseurs de ce qui reste des bâtiments patrimoniaux. Sans grand espoir, ils prédisent d’autres destructions. Pour eux, si la laideur du «tout-béton» continuait à triompher, Casablanca finirait par y laisser son âme.

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Tags:
architecture, Casablanca, Maroc
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