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Les récentes attaques de Marine Le Pen ont provoqué des réactions mitigées au sein de la classe politique algérienne. Le président du Sénat et deux partis proches du pouvoir ont choisi de dénoncer tandis que la plupart des formations politiques se sont montrées indifférentes face à une affaire «franco-française».

La présidente du Rassemblement national (RN) ne semble pas avoir provoqué de tollé avec ses récentes déclarations sur l’Algérie. Marine Le Pen réagissait, lundi 6 juillet, à la demande formulée par le Président Abdelmadjid Tebboune à l’État français de présenter des excuses officielles pour les crimes commis durant la colonisation.

«Héritiers des criminels de l’armée française»

L’Alliance nationale républicaine (ANR), mouvance proche du pouvoir dirigée par Belkacem Sahli, est le premier parti politique algérien à avoir réagi à l’attaque de Marine Le Pen dans un communiqué publié sur sa page Facebook.

«L’ANR dénonce énergiquement les tentatives répétées et désespérées de la leader du parti de l’extrême droite française et d’autres chantres de la valorisation du colonialisme et des théoriciens de l’idéologie néocolonialiste qui sont les héritiers des criminels de l’armée coloniale française et de l’Organisation armée secrète (OAS)», écrit l’ANR.

Jeudi 9 juillet, c’est au tour du Rassemblement national démocratique (RND) de dénoncer les propos de Marine Le Pen qu’il qualifie «d’irresponsables». Proche du pouvoir, ce parti estime cependant que cette action de la cheffe du Rassemblement national entre dans le cadre d’une stratégie mise en œuvre par «des lobbies politiques et des milieux médiatiques français, dans le but de briser toute tentative de nouer des relations entre l’Algérie et la France». 

L’unique réaction d’un responsable algérien a été enregistrée également ce jeudi par la voix de Salah Goudjil, le président du Sénat.

«Nous avons tous entendu la réaction de l’un des partis qui appartenait aux colons et à l’Algérie française. Ceux qui entravent les relations entre l’Algérie et la France, c’est cette classe politique qui n’a pas oublié l’Algérie. Ils s’en souviennent comme s’ils voulaient revenir en Algérie», a déclaré Salah Goudjil dans son discours prononcé à l’occasion de la clôture de la session parlementaire.

«Une affaire franco-française»

Il faut reconnaître que la majorité de la classe politique, toutes tendances confondues, n’a pas jugé utile de répondre à Marine Le Pen. C’est le cas du parti d’opposition Jil jadid. Dans une déclaration à Sputnik, Soufiane Djilali, son président, affirme ne pas accorder d’intérêt à une affaire «franco-française». Selon lui, Marine Le Pen essaie de récupérer l’opinion publique qui est à droite et qui ne veut plus de l’immigration tandis qu’Emmanuel Macron tente de regagner un électorat algérien qui vit en France.

«Je pense que ce parti (Rassemblement national) fait de la politique dans son pays. La question algérienne est très importante en France car il y a un potentiel électorat anti-immigration et anti-algérien. Je n’ai pas à commenter les déclarations d’une responsable de parti qui fait de la politique politicienne.»

Par le passé, son parti a pourtant déjà répondu à d’autres ingérences étrangères. «À Jil Djadid, nous avons jugé important de réagir à deux reprises: en mars 2019, lorsque le Président Emmanuel Macron avait pris position pour encourager Abdelaziz Bouteflika à prolonger son quatrième mandat et également lorsque l’Union européenne s’est immiscée dans les affaires internes de l’Algérie sous l’impulsion de courants d’extrême droite», souligne Soufiane Djilali, en allusion à la résolution sur la situation des libertés en Algérie, adoptée en novembre 2019 par le Parlement européen.

Mémoire en otage

Pour sa part, Hakim Boughrara, professeur en sciences de l’information et analyste politique, estime que la question des excuses de l’État français pour les crimes commis durant la colonisation est perdue d’avance pour les Algériens. Il explique à Sputnik que les positions de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron convergent vers un seul et même point, «les intérêts de l’État français». 

«Il peu probable que la France présente un jour des excuses officielles à l’Algérie. Laissons de côté les sentiments et soyons objectifs: la France est en position de force face à l’Algérie, sur les plans politique, économique et culturel. Pour obtenir des excuses, l’Algérie doit être un État fort, ce qui n’est pas le cas actuellement», note Hakim Boughrara.

L’analyste cite également l’exemple des archives algériennes qui sont encore en possession de l’État français et qui constituent un point de crispation entre les deux pays. «La mémoire de l’Algérie est toujours détenue par un autre État. Il faudrait être naïf de croire que Paris restituera facilement un trésor aussi précieux qui peut lui servir encore très longtemps», indique Boughrara.

Pour lui, les gouvernements français de la Ve République ont eu la même stratégie dans la gestion de ce dossier. «Tous les dix ans, la France remet un pan de mémoire aux Algériens. La dernière livraison date d’à peine quelques jours avec la restitution des crânes des combattants qui ont lutté contre l’invasion française.»

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Tags:
colonisation, France, excuses, Marine Le Pen, Algérie
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