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Le Président algérien a pris de nouvelles mesures pour endiguer la propagation du coronavirus dans le pays. La plus importante consiste à interdire durant une semaine la circulation dans la moitié du territoire national. Une décision qui cause des désagréments à de nombreux Algériens et qui risque de bloquer l’économie du pays.

Après avoir maintenu la fermeture des frontières, les autorités algériennes ont décidé d’interdire la circulation des citoyens dans 29 wilayas (départements) sur les 48 que compte le pays. Cette mesure figure dans la liste du nouveau dispositif adopté jeudi 9 juillet par le Président Abdelmadjid Tebboune lors d’une séance de travail consacrée à la situation sanitaire dans le pays.

L’Algérie connaît une nette augmentation des cas de contamination avec 17.808 patients testés positifs, dont 460 nouveaux cas, et dix décès selon les statistiques officielles rendues publiques jeudi. Pour freiner la contagion, le gouvernement a décidé de limiter les déplacements au strict minimum à partir du vendredi 10 juillet jusqu’au jeudi 16 juillet.

Panique

En clair, les Algériens ne pourront pas circuler d’une wilaya à une autre dans leur voiture personnelle ni même en transports en commun durant cette semaine. Les déplacements intradépartement sont autorisés, à l’exception du week-end pour les transports en commun.

Jeudi soir, dès l’annonce de ces mesures par la présidence, un vent de panique a soufflé dans les réseaux sociaux à cause du manque de clarté du communiqué officiel. Le premier texte faisait allusion à 19 wilayas, puis un second à 29 wilayas. La première mouture laissait supposer que les automobilistes ne pourraient pas se déplacer durant le week-end. L’ambiguïté a été levée dans la seconde version.

Les Algériens ont également dénoncé le fait que cette interdiction soit applicable immédiatement. Surprises par cette mesure, de nombreuses personnes qui étaient en déplacement devront attendre une semaine pour rentrer chez elles. À condition que le dispositif ne soit pas reconduit.

«Fie-toi à Dieu»

Avocate de profession, Hayet Guettal estime avoir eu de la chance. Durant la semaine, elle habite Alger et se rend chaque week-end chez ses parents à Boumerdes, wilaya limitrophe située à 45 kilomètres à l’est de la capitale.

Vendredi matin, elle s’est rendue dans un commissariat pour savoir si elle pouvait se déplacer. «Le policier était désemparé, il ne savait pas quoi me dire. Il a fini par me dire ‘Etekli aala rabi’, fie-toi à Dieu», explique Hayet à Sputnik.

«J’ai suivi le conseil du policier et je me suis fiée à Dieu! Arrivée place Audin, au cœur de la capitale, un autre agent m’a arrêtée dans un barrage de police, certainement à cause de mon véhicule qui est immatriculé à Boumerdes. Il m’a dit que je n’avais pas le droit de quitter les limites du territoire d’Alger et que je risquais d’être arrêtée sur mon chemin. Après avoir insisté, il a fini par me laisser partir et j’ai finalement pu rentrer chez mes parents. La route était libre et les gens circulaient normalement», souligne Hayet.

L’avocate estime que le processus de prise de décision au plus haut sommet de l’État n’a pas pris en considération la réalité dans laquelle vivent les millions d’Algériens. «Ils gèrent cette crise sanitaire sans même se soucier de nous. Je refuse de décrypter des décisions officielles, l’information institutionnelle doit être parfaitement claire. Et actuellement ce n’est pas le cas.»

Mustapha Zebdi, président de l’Association algérienne de protection et d'orientation du consommateur et son environnement (Apoce), regrette lui aussi le manque de précision dans les actions de communication du gouvernement.

Il avoue ne pas savoir si les personnes qui travaillent dans une autre wilaya que celle où elles résident pourront rejoindre leur poste de travail dès dimanche.

«Nous aurions souhaité que le communiqué soit plus explicite afin que les Algériens n’aient pas à s’interroger et puissent prendre leurs dispositions. Par exemple, nous ne savons pas si les gens qui travaillent dans la capitale et qui habitent dans les régions limitrophes pourront reprendre leurs activités professionnelles la semaine prochaine. À mon avis, il faut attendre la publication d’un autre communiqué du gouvernement qui précise les mécanismes d’application des décisions prises par le Président de la République», note Mustapha Zebdi.

Concernant les personnes qui ont pu être surprises par cette interdiction alors qu’elles étaient en déplacement, Mustapha Zebdi précise que certaines wilayas ont accordé un délai d’une journée pour leur permettre de retourner chez elles. Il cite le cas d’Oran, dont les autorités locales ont pris une mesure exceptionnelle qui prendra fin vendredi à minuit.

Reste l’essentiel: ce nouveau dispositif de lutte sanitaire permettra-t-il de limiter la propagation de la pandémie de coronavirus dans un pays qui a opté pour une stratégie basée principalement sur un couvre-feu partiel plutôt que sur un confinement total? Réponse dans une quinzaine de jours pour en constater les effets.

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Tags:
Algérie, Covid-19, coronavirus SARS-CoV-2, liberté de déplacement
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