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Dans le sillage du rapatriement des restes mortuaires de résistants algériens, le Président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé la création d’une instance officielle mixte pour le travail mémoriel conduite, côté français, par l’historien Benjamin Stora. L’expert français affirme n’avoir jamais entendu parler de cette «commission mixte».

Le Président algérien Abdelmadjid Tebboune a visiblement une longueur d’avance sur son homologue français en matière de gestion de la très sensible question de la mémoire commune aux deux pays. Peut-être même un peu trop d’avance.

En effet, lors d’une interview accordée le 13 juillet 2020 à l’Opinion, le chef de l’État algérien annonçait qu’une commission mixte (franco-algérienne) verrait le jour pour entamer un travail mémoriel. Dans la foulée, Abdelmadjid Tebboune évoquait la désignation de Benjamin Stora, historien français originaire de Constantine, par le Président Emmanuel Macron pour effectuer «ce travail mémoriel du côté français».

«Nous avons évoqué cette question (de la mémoire) avec le président Macron. Il est au fait des événements qui ont marqué notre histoire commune. L’historien Benjamin Stora a été désigné pour accomplir ce travail mémoriel du côté français. Il est sincère et connaît l’Algérie et son passé, de la période d’occupation jusqu’à aujourd’hui. Nous allons nommer son homologue algérien dans les 72 heures. Ces deux personnalités travailleront directement sous notre tutelle respective. Nous souhaitons qu’ils accomplissent leur tâche dans la vérité, la sérénité et l’apaisement pour régler ces problèmes qui enveniment nos relations politiques, le climat des affaires et la bonne entente», a affirmé Abdelmadjid Tebboune au média français.

«Pas de commission mixte»

Côté français, aucune réaction officielle sur cette initiative. Le 15 juillet dernier, Benjamin Stora répondait sur sa page Facebook à un commentaire sur une éventuelle participation à l’écriture de cette histoire commune avec d’autres historiens:

«Il s'agit de notes personnelles de réflexion que je dois remettre prochainement, à la demande de la présidence française, sur la colonisation et la guerre d'indépendance algérienne. Il n'y a donc pas, à ma connaissance, de commission mixte d'historiens sur ces questions d'histoire mise en place par les États».

Dans sa réponse, l’expert français laisse clairement entendre que son vis-à-vis est l’Élysée et qu’il n’a pas été approché pour travailler dans le cadre d’une initiative entre les deux pays.

Dimanche 19 juillet, le Président Tebboune est revenu sur le sujet lors d’une rencontre télévisée avec deux journalistes algériens. Il a annoncé la désignation d’Abdelmadjid Chikhi, conseiller auprès de la Présidence de la République, chargé des archives nationales et de la mémoire nationale en qualité de représentant de l'Algérie pour mener le travail en cours avec l'État français sur les dossiers inhérents à la mémoire nationale et à la récupération des archives nationales.

Abdelmadjid Chikhi, qui occupe le poste de directeur général des Archives nationales depuis plusieurs années, est, selon le Président algérien, «le plus informé» pour mener cette mission.

Lettre de mission

Pour Alger, le cadre est définitivement posé et les experts n’ont plus qu’à commencer à travailler. Mais la situation ne semble pas aussi claire de l’autre côté de la Méditerranée. Contacté par Sputnik, Benjamin Stora a affirmé avoir vu «l’information» relative à la désignation de celui qui est censé être son vis-à-vis, signifiant au passage que celui-ci est combattant de l’Armée de libération nationale (l’ALN), qui mena de 1954 à 1962 la lutte armée pour l’indépendance de l'Algérie.

«Je viens de voir cette information sur la désignation d’un haut fonctionnaire algérien pour les questions mémorielles, ancien combattant de l'ALN. Pour ma part, je suis toujours dans l’attente de "la lettre de mission" signée du Président de la République française, pour définir les conditions d’écriture sur ce travail mémoriel. Mais je n’ai jamais entendu parler de commission mixte», a-t-il précisé en réponse à un courriel de Sputnik.

Le silence de l’Élysée à propos de cette initiative est plutôt étrange. L’annonce du Président Tebboune sur le lancement de ce cadre de travail mémoriel est intervenue à la suite de l’entretien téléphonique qu’il a eu avec le Président Macron le jeudi 9 juillet, soit quelques jours après le rapatriement des restes mortuaires de résistants algériens qui avaient lutté contre l’invasion française au XIXe siècle. Lors de cet entretien, les deux chefs d’État avaient évoqué la nécessité de «travailler à la réconciliation des mémoires des peuples des deux pays». Donc l’intention d’instituer ce cadre est un acte conjoint.

Le passé colonial en Algérie étant un sujet très sensible en France, du fait de l’existence de groupes de pression dans différentes strates de la société et au sein du monde politique, il est possible qu’une telle initiative place Emmanuel Macron dans une situation inconfortable.

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Tags:
mémoire, histoire, France, Algérie
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