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Au Maroc,1.046 cas de contamination au Covid-19 ont été enregistrés jeudi 30 juillet, en l’espace de 24h seulement. Un record. Pourtant, les plages du royaume, notamment celles de la côte casablancaise continuent, elles aussi, de battre des records de fréquentation. Les mesures sanitaires y sont rarement respectées. Reportage.

La pandémie du nouveau coronavirus n’est pas terminée au Maroc. C’est le message que ne cessent de ressasser les autorités marocaines, en menaçant de reconfiner les agglomérations où des foyers de contamination sont détectés. Ni ces menaces, ni le reconfinement de Tanger et encore moins la récente interdiction des déplacements de et vers huit villes marocaines ne découragent des milliers de baigneurs. Ceux-ci continuent à affluer en masse vers les plages en ces temps de grande chaleur. Le nombre de ces nageurs explose surtout les week-ends.

Dimanche 26 juillet à midi, le mercure affichait plus de 28 degrés Celsius dans le poumon économique du royaume. Le long des plages du quartier industriel d’Ain Sebaa, comme le long de la corniche d’Ain Diab ou un peu plus loin à Tamaris, sous une marée de parasols, c’est serviette contre serviette, transat contre transat et visages à l’air libre que les baigneurs bronzent… Tous semblent avoir tourné la page du Covid-19 depuis le 25 juin, quand les plages ont été rouvertes au public en vertu de la phase 2 du déconfinement.

Le soleil fait oublier le Covid-19

Pourtant, au niveau des entrées principales de chaque plage, de grandes pancartes sont plantées, bien en vue, pour leur rappeler les règles de distanciation physique. Il y est indiqué, illustrations à l’appui, qu’il faut porter un masque et respecter un mètre de distance entre deux personnes et six mètres entre deux groupes. Sauf qu’en se rapprochant du grand bleu, rares sont les têtes qui se lèvent pour lire les consignes «anti-Covid».

  • Des vues des plages de Ain Sebaa, Ain Diab et Tamaris à Casablanca
    © Sputnik . Manal Zainabi
  • Des vues des plages de Ain Sebaa, Ain Diab et Tamaris à Casablanca
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  • Des vues des plages de Ain Sebaa, Ain Diab et Tamaris à Casablanca
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  • Des vues des plages de Ain Sebaa, Ain Diab et Tamaris à Casablanca
    © Sputnik . Manal Zainabi
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© Sputnik . Manal Zainabi
Des vues des plages de Ain Sebaa, Ain Diab et Tamaris à Casablanca

Badr fait partie de cette majorité qui ne veut rien savoir. Allongé sur sa serviette de bain sur le sable brûlant de la plage Nahla, près d’Ain Sebaa, il dit ne pas être préoccupé par le virus. Cet élève ingénieur casablancais est venu avec une dizaine d’amis profiter du beau temps pour se rafraîchir.

«Si on le pouvait, on resterait sur la plage jusqu’à la tombée de la nuit. C’est dire à quel point ce plaisir nous a manqués pendant les mois de confinement total» du 20 mars au 11 juin 2020, confie-t-il à Sputnik.

Badr et ses amis doivent quitter les lieux dans trois heures. C’est le règlement établi depuis le déconfinement partiel, décrété notamment à Casablanca, où l’accès à la plage n’est autorisé que de 8h à 18h.

Les mesures sanitaires noyées dans la foule

Comme la plupart des baigneurs, personne dans le groupe des jeunes amis ne porte de masque ni ne respecte les six mètres rappelés sur les pancartes. «Il fait beaucoup trop chaud, si on met nos masques on va étouffer», se défausse Badr.

«Si personne ne respecte la distanciation, c’est parce qu’il y a trop de monde, on n’y peut rien. C’est l’été et on doit en profiter […] Il ne faut pas vivre dans l’angoisse et la peur à cause de ce maudit virus, la vie doit continuer», poursuit le jeune homme avant d’aller piquer une tête.

C’est cet état d’esprit qui semble régner le long de la côte casablancaise. Une quinzaine de kilomètres plus loin de la plage Nahla, au niveau de celle de Ain Diab, la foule est encore plus dense. Chaque été, cette plage bat tous les records d’affluence et cette année ne fait pas exception. Malgré le Covid-19, elle est noire de monde, même plus que d’habitude.

Au milieu de la cohue, lunettes sur le nez et chapeau de paille sur la tête, Aya, la vingtaine, profite du soleil sans masque. «C’est un vrai plaisir de retrouver le soleil, la planche de surf, la liberté. Je n’ai jamais vu autant de monde ici, on a l’impression que le corona n’est plus qu’un lointain souvenir», lance-t-elle à Sputnik avec un grand sourire.

Avec ses deux cousines, la jeune surfeuse est venue échapper à la canicule, et pas seulement.

«J’avais hâte de retrouver enfin la planche de surf et heureusement que le Covid ne survit pas, semble-t-il, dans l’eau de mer», ironise Aya.

Elle n’est pas la seule à faire allusion aux conclusions de certaines études scientifiques, comme celles menées par l’Institut spécialiste des recherches marines en France (IFREMER) ou encore par le Haut Conseil français de la santé publique (HCSP), évoquant des risques faibles de contamination dans l’eau de mer.

L’eau de mer, geste barrière suprême?

Sauf que même ces études insistent sur le strict respect des gestes barrières sur le sable. Une mesure primordiale que Badr, Aya et leurs amis semblent avoir oubliée, à l’heure où les contaminations au Covid-19 repartent à la hausse dans le royaume. Avec Tanger qui compte 22,86 % des cas, Casablanca est l’une des villes les plus touchées, totalisant 25,77 % jeudi 30 juillet. Journée qui a connu 1.046 nouveaux cas positifs au Maroc, dont 265 nouveaux cas dans la seule région de Casa-Settat.

«Depuis le début de la troisième phase de la levée du confinement, nous avons constaté qu’il y a eu un relâchement dans le respect des mesures d’hygiène et barrières», avait regretté Khalid Ait Taleb, ministre de la Santé, en commentant la hausse des cas de Covid-19 dans le royaume.

Certains baigneurs, préoccupés par cette hausse inquiétante des contaminations, tentent tant bien que mal de prendre des précautions. Soukaina et sa petite famille font partie de cette minorité «vigilante». Jouant sur le sable de la plage de Tamaris (à 10 km de Ain Diab) avec sa petite fille de quatre ans, elle garde son masque bien en place et ne laisse pas sa petite toucher le sien.

«On a beaucoup hésité avant de venir à cause du virus, mais notre petite a tellement insisté qu’on n’a pas pu lui dire non […] Elle était tellement excitée à l’idée de venir à la plage ce matin qu’elle s’est réveillée à l’aube», confie Soukaina à Sputnik.

À Tamaris, il y a certes moins de monde qu’à Ain Diab ou à Ain Sebaa, mais les masques y sont ici aussi quasi inexistants.

Les autorités dépassées

De même, la distanciation est très peu respectée. Pour protéger son enfant, Soukaina a délimité elle-même sur le sable sa «safe zone», comme elle l’appelle.

​«Les voisins ne respectent pas la distance de sécurité, donc je fais avec les moyens du bord pour protéger ma petite», murmure-t-elle. Sur les réseaux sociaux, l’imprudence des baigneurs ne semble étonner que de rares internautes. Elle intrigue surtout les étrangers.

​Cet Algérien s’étonne de voir autant de baigneurs sur la plage de Saidia (dans l’extrême Est du Maroc), alors que c’est le désert quelques centaines de mètres plus loin sur la plage algérienne voisine. «Ici il y a corona, au Maroc il n’y a pas de corona», ironise-t-il.

Le ministère de l’Intérieur a prévenu –en vain– que les autorités «n’hésiteraient pas à appliquer les sanctions prévues par la loi», en cas de «relâchement» dans le port du masque, obligatoire dans le pays. Les peines vont jusqu’à trois mois de prison et/ou jusqu’à 1.300 dirhams d’amende (115 euros). Les baigneurs ne jurent pourtant que par la baignade et le bronzage, dans leur écrasante majorité sans la moindre protection. Face à ces foules, les forces de l’ordre jouent les figurants. Certains patrouilleurs se déplacent à cheval à Ain Diab. Ils parlent de temps à autre aux plus imprudents et passent leur chemin.

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