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En Algérie, des militants du Hirak ont lancé le «normalisme», une nouvelle tendance qui tente de contrer le conflit idéologique qui oppose les islamistes aux laïcs. Pour les «normaliens», l’objectif premier consiste à neutraliser le pouvoir. Mais cette tendance pourrait faire le jeu des islamistes qui sont mieux structurés que leurs adversaires.

«El nourmalioune», traduction littérale de «normaliens», rêvent de mener une révolution dans la révolution. Dans cette Algérie où continue de souffler, malgré tout et depuis un an et demi, le vent contestataire du Hirak, cette tendance est apparue presque par hasard. Fin juillet, Mohamed Tadjadit, jeune militant du Hirak qui a été emprisonné pour ses poèmes engagés, écrivait alors sur Facebook: «Ni islamistes ni laïcs, nous sommes normaliens.»

Conquis par cette citation, des hirakistes ont décidé d’en faire un concept politique. Psychologue de formation, Anis Alkama, militant installé en France depuis une dizaine d’années, s’est engagé sur cette voie. Créateur de la page Facebook «Les normaliens», il explique à Sputnik l’intérêt que représente cette démarche.

«Ni islamiste ni laïc, juste normalien.»

«Le conflit idéologique stérile qui oppose les islamistes et les laïcs ne devrait pas avoir lieu puisque nous devons nous concerter sur la meilleure façon d’écarter le régime. En Algérie, ce conflit s’est imposé sur les réseaux sociaux, et à Paris place de la République où se rassemblent chaque dimanche des membres de la diaspora algérienne. La réaction du poète Mohamed Tadjadit a interpellé beaucoup de gens, dont moi-même. En fait, c’est le retour aux sources du Hirak du 22 février», souligne Anis.

Dérision

Le concept normalien va lui-même provoquer un nouveau débat au sein du Hirak. Si pour certains, la question de l’unité de ce mouvement citoyen face au régime reste essentielle, pour d’autres, il est impossible de faire taire les représentants des deux tendances idéologiques. C’est ainsi que sont apparus les «antinormaliens» –qualifiés d’élitistes par les normaliens– qui n’hésitent pas à tourner en dérision le concept soutenu par Anis Alkama.

«Nous subissons des critiques sur la forme, mais je demande aux gens de se concentrer sur le fonds, c’est-à-dire le dépassement du clivage laïcs-islamistes. Nous prônons une nouvelle façon de faire de la politique, le temps est au compromis et non pas à la division. Il n’est pas possible de dire aujourd’hui que le normalisme sera un jour une véritable tendance politique et donnera naissance à un parti. Ceux qui nous critiquent ne doivent pas oublier que les grandes idées ont souvent été tournées en dérision lorsqu’elles ont été lancées», affirme le jeune militant.

Bricolage

Avocate de profession, Hayet Guettal suit avec attention le Hirak et la série de débats politiques qu’il a provoqués depuis février 2019. 

Pour elle, le normalisme ne peut rien apporter car il constitue «un refus de voir la société algérienne en face», indique-t-elle à Sputnik.

Les normaliens sont «dans le déni historique» pour tenter de «dépasser le trauma des années 1990 marquées par la violence islamiste». Elle estime également que c’est un refus de reconnaître que le peuple algérien est traversé par deux courants. Et pour cause, «en politique, il y a toujours une configuration binaire et cela est valable pour tous les pays. Il est impossible d’avoir 6.000 projets de société, c’est généralement deux grandes idées qui émergent et qui sont en confrontation».

«Il faut un minimum de sérieux, ce n’est pas un concept réfléchi. C’est seulement un mot qui a été lancé sur Facebook par une personne, et des gens l’ont repris pour en faire une sorte de philosophie politique. Alors qu’il est important d’entretenir la mémoire, de savoir ce qu’il s’est passé et faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Sauf que là, nous sommes dans la négation totale», insiste Hayet Guettal.  

Les islamistes en embuscade

Anis Alkama tient à souligner que la tendance normalienne est encore en construction.

Ainsi, il ne lui sera pas possible de dire si les normaliens seraient pour la stricte application de l’article 52 de la Constitution algérienne qui interdit de fonder des partis politiques sur «une base religieuse, linguistique, raciale, de sexe, corporatiste ou régionale». «Nous n’en sommes pas encore arrivés à prendre des décisions sur ce genre de sujet.»

Hayet Guettal relève que cette démarche pourrait faire le jeu des islamistes «structurés dans des partis politiques et qui sont même présents dans les institutions». Ce qui n’est pas le cas des laïcs.

«Ils veulent aussi mettre sur un pied d’égalité les islamistes et les laïcs, ce qui est très dangereux. Avec quelques mots, ils ont créé une menace qui n’a aucune existence et qu’ils ont appelé le laïcisme. Mais en Algérie, il n’y a pas de partis politiques laïcs forts. Alors que l’histoire récente démontre que le pays souffre à cause de l’islamisme», dénonce l’avocate.

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Tags:
islamisme, laïcité, Hirak, Algérie
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