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L’Atlas saharien, dans les Hauts Plateaux de l’Ouest algérien, comporte de nombreux sites préhistoriques de grande valeur archéologique et touristique. Au cœur du Djebel Amour, dans la région de Laghouat, il est possible de voir la gravure rupestre du bélier à disque de Fedjet el Kheil. Une découverte qui exige un trek de plusieurs heures.

À 70 ans, Mohamed Bouhzila est une véritable machine. Avec sa gandoura blanche, son chèche, sa canne et ses baskets usées, il marche à pas cadencés à travers El Gaada, une zone pastorale au cœur du Djebel Amour.

Mohamed Bouhzila, guide originaire d'El Gaada.
© Sputnik . Tarek Hafid
Mohamed Bouhzila, guide originaire d'El Gaada.

Mohamed est agent à la mairie d’Oued Mzi, petite localité de la wilaya (département) de Laghouat située à 400 kilomètres au sud d’Alger.

 En ce mois de juillet caniculaire, il a accepté de nous guider dans sa région natale pour aller à la découverte des noukouch, les gravures rupestres de Fedjet el Kheil.

«Dans la région d’El Gaada, il y a plusieurs sites. Une des gravures rupestres les plus impressionnantes a été taillée à flanc de falaise, elle représente un homme avec un bélier. Mais pour l’atteindre et avoir la chance de l’admirer, il faut marcher plusieurs heures», prévient Amira Benayed, présidente de l’Association des femmes rurales d’Oued Mzi qui a organisé cette virée en montagne.

Guerres et paix

Arezki, l’époux d’Amira, Takia Ziani et Messaouda Mbarki, également membres de l’Association des femmes rurales, prennent part à ce trek. Pour arriver jusqu’à El Gaada, il faut longer les rives de l’oued Mzi, rivière qui prend sa source dans le Djebel (mont) Amour et qui se jette à 400 kilomètres à l’est dans le chott (lac salé) Melghir, près de Biskra. Fougueux dès les premières pluies d’automne, le Mzi se montre plutôt serein en cette période. À condition  qu’il n’y ait pas d’orage d’été.

Le petit groupe tente de suivre la cadence imposée par Mohamed Bouhzila. Après quatre kilomètres de marche, le guide marque une pause à l’ombre d’un pin de l’Atlas et prend quelques gorgées d’eau en attendant les retardataires. Mohamed connaît bien El Gaada. Il est né et a grandi ici. Il a surtout vécu les événements tragiques qui ont marqué ces montagnes. Entre guerre et paix.

«Nous vivions dans une kheima, la vie était tellement belle au milieu de la nature. J’ai passé mon enfance à garder les troupeaux. Un jour, je me souviens que l’armée française est venue et nous a parqués dans un camp de regroupement à Oued Morra, près d’Aflou. El Gaada avait été déclarée zone interdite. Les Français voulaient couper toute relation entre les moudjahidines et les familles nomades qui leur venaient en aide. De nombreuses personnes n’ont pas supporté les conditions effroyables dans ce camp et sont mortes de faim et de maladie. Les hivers étaient terribles, nous n’avions pas de vêtements pour nous protéger de la neige», se rappelle Mohamed.

La communauté des nomades d’El Gaada a retrouvé ses terres ancestrales dès l’indépendance du pays. Les familles sont parvenues à reconstituer leurs troupeaux. Durant les années 1970, l’État a créé la commune d’Oued Mzi, du nom de la rivière, et construit une antenne administrative, une école primaire et un centre de santé. Attachés à la vie nomade, les habitants ont préféré rester dans les montagnes.

Mais tout a basculé une nouvelle fois en 1990 avec la montée du terrorisme islamiste.

«Les terroristes sont venus ici et ont commencé à commettre des crimes. Nous avons une nouvelle fois dû quitter El Gaada pour nous réfugier dans la plaine à Oued Mzi. C’était une période très difficile. Il a fallu plusieurs années pour les éliminer. Beaucoup d’entre nous se sont engagés dans les rangs de la garde communale pour participer à des missions antiterroristes aux côtés de l’armée et des forces de sécurité», explique Mohamed Bouhzila.

La situation sécuritaire s’est nettement améliorée depuis une dizaine d’années. Il est temps de reprendre la marche, l’homme se lève et se dirige vers les falaises d’El Gaada.

Amira, Takia et Messaouda profitent de cette sortie pour cueillir des pistaches de l’Atlas afin de faire de l’huile essentielle et de l’alfa, herbe steppique qui sert à confectionner des produits en vannerie. Créée en 2018, l’Association des femmes rurales est très active. Avec près de 300 membres, elle a développé des programmes de soutien aux artisanes, notamment pour les tisseuses des fameux tapis de laine du Djebel Amour.

L’association a reçu l’appui du Réseau des artisanes d’art algériennes à travers le PAP-ENPARD, un programme commun entre l’Algérie et l’Union européenne. Les trois amies sont également très engagées sur le plan humanitaire et participent à aider les familles déshéritées de leur village.

«Nous sommes persuadées que le potentiel touristique et la richesse du patrimoine et de la nature d’Oued Mzi peuvent participer activement au développement de notre commune. Il suffit seulement que la population prenne conscience de la richesse qui est à sa portée», indique Messaouda.

Leur projet, en collaboration avec les élus locaux et l’association Sekfala, est de faire d’Oued Mzi un pôle touristique écologique où l’artisanat local aurait une place centrale. Pour ce faire, la mairie a décidé de réhabiliter la caserne de la garde communale et de la transformer en auberge.

Après quatre heures de marche, Mohamed s’arrête et s’assied sous un acacia. «Pour voir les noukouch, il faut monter jusqu’à la falaise», dit-il, l’air détaché, en pointant du doigt la muraille de roc taillée à flanc de montagne. Mohamed ne viendra pas, ces peintures rupestres il les voit depuis des décennies. Pour lui, elles sont un peu comme de vieilles toiles accrochées dans un salon.

Le petit groupe commence à escalader la pente abrupte en faisant attention à ne pas se tordre les chevilles. Le soleil et la patine de la roche limitent la visibilité. Soudain, Arezki crie: «Il est là, j’ai trouvé l’homme et son bélier!»

Patrimoine oublié

Le spectacle est époustouflant. Dans la roche apparaissent ce personnage coiffé d’une crête et son bélier à sphéroïde, sorte de disque placé sur la tête de l’animal. Les tailles sont impressionnantes: 1,81 m pour le bélier, dont le corps a été entièrement poli, et 1,75 m pour l’homme. Cette œuvre d’art a été sculptée durant la période du Bubale (entre 8.000 et 6.000 ans avant l'ère chrétienne). Sur la droite, un artiste des temps anciens semble avoir commencé la taille d’une autruche. La gravure paraît inachevée.

Contactée par Sputnik, Faïza Riache, archéologue, spécialiste en anthropologie physique et paléopathologie, indique que le bélier était un animal très important durant la période du Bubale. Il est représenté dans plusieurs gravures rupestres dans l’Atlas saharien, de la région de Djelfa jusqu’aux frontières algéro-marocaines.

«Des scientifiques, comme Malika Hachid et Fatma Zohra Khaled, ont étudié ces œuvres. Pour ma part, je travaille actuellement sur un programme d’inventaire des gravures rupestres dans l’Atlas saharien, notamment dans les wilayas de Laghouat, Naama et El Bayadh dans l’objectif  réaliser un catalogue. Pour l’heure, j’ai pu répertorier plus de 200 stations. Aujourd’hui, il est impératif de préserver et de mettre en valeur ce patrimoine d’une richesse exceptionnelle», insiste Faïza Riache qui est également présidente de l’Association nationale Tourath Djazaïrouna (Patrimoine de notre Algérie, ndlr).

L’intérêt de ces sites n’est pas seulement touristique, il est aussi scientifique. Jusqu’à présent,  les spécialistes n’ont pas encore percé les mystères des personnages et des symboles des populations qui ont vécu dans cette région de l’Algérie.

C’est l’heure de repartir. Après avoir avalé une dernière gorgée de café au chih, l’armoise des Hauts Plateaux, Mohamed se lève et se dirige nonchalamment vers Oued Mzi pour une «petite» marche de plusieurs heures.

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Tags:
tourisme, préhistoire, peintures rupestres, gravure, Algérie
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