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La rentrée scolaire 2020-2021 fait sortir bien des Marocains de leurs gonds. En cause, la formule décidée par le ministère de l'Éducation nationale qui laisse aux parents d’élèves le choix entre cours en «distanciel» ou en «présentiel». Sputnik fait le point.

«Il n'y aura pas de report de la rentrée scolaire compte tenu de l’évolution imprévisible de la situation épidémiologique liée au Covid-19.»

Catégorique, le ministre marocain de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a ainsi mis fin aux doutes, mercredi 26 août. Saaïd Amzazi s’était exprimé lors d’une réunion de la Commission de l’enseignement à la Chambre des représentants à Rabat. Il faisait écho aux nombreux appels au report du retour à l’école qui se multiplient ces derniers jours à travers le pays.

C’est donc décidé, comme l’avait déjà annoncé son département dans la soirée du samedi 22 août, le démarrage des cours pour le public, le privé et les missions aura bien lieu le 7 septembre. La recrudescence du nombre de contaminations au Covid-19 constatée ces derniers temps dans le royaume n’y changera rien. Sauf que la patate chaude a été refilée aux parents. Le ministère de l'Éducation nationale leur impose désormais de choisir entre envoyer leurs enfants à l’école ou leur faire suivre les cours à distance. Une situation inédite qui, dès son annonce, a été vivement critiquée par les représentants du corps enseignant, les parents d’élèves et même des formations politiques comme le Parti authenticité et modernité (PAM). Tous dénoncent une «déresponsabilisation» du ministère.

Face cette levée de boucliers, Saaïd Amzazi persiste et signe:

«Notre démarche ne signifie aucunement un manquement à notre responsabilité, mais il s'agit de faire face collectivement à l'épidémie avec, pour chacun, le sens de ses propres responsabilités», s’est-il écrié devant les députés de la Commission de l’enseignement, mercredi dernier.

Le ministre a même qualifié le modèle pédagogique adopté par son département de «sage» et de «responsable». Il s’est aussi et surtout focalisé sur les enjeux que cette opération implique: «Il ne s'agit pas de décisions purement pédagogiques, mais de la gestion d'une crise en rapport avec la préservation de l'ordre public, en coordination avec les autorités sanitaires et sécuritaires», avant d’ajouter: «Une éventuelle recrudescence de l’épidémie impliquerait la généralisation de l’apprentissage à distance alors qu’une amélioration de la situation devrait se traduire par un retour à l’enseignement en présentiel.»

Mais le compromis trouvé par le département d’Amzazi entre «distanciel» et «présentiel» peine à convaincre tant les parents que les enseignants. Pour ces derniers, l’heure est à la confusion mêlée d’une indignation clairement exprimée. Abdelghani Erraki est secrétaire général du Syndicat national de l'enseignement affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT), l’une des centrales syndicales les plus représentatives du secteur au Maroc. Contacté par Sputnik, il dénonce une «non-décision» du ministère de l’Éducation nationale qui serait pour lui «impossible à appliquer sur le terrain».

«Nous ne sommes qu’à une semaine de la rentrée scolaire et pourtant rien n’est clair quant à la mise en place de ce protocole sur le terrain. Le ministère ne s’est même pas concerté avec les syndicats du secteur avant de prendre cette décision irrationnelle… A-t-on pensé aux enseignants, la colonne vertébrale de cette opération? Comment un seul et même professeur peut-il donner un cours en présentiel et à distance en même temps? C’est un casse-tête tout juste insensé», martèle-t-il.

Pour le syndicaliste, le modèle pédagogique «mixte» pour lequel a opté le Maroc porte atteinte au principe même de l'égalité des chances: «Malheureusement, la division des élèves en deux clans ne fera qu’augmenter les disparités spatiales et sociales déjà criantes dans le pays.» «En cédant aux parents le choix de la formule pédagogique à suivre, qu’ils sont sommés d’entériner par écrit, les autorités se désengagent ainsi de toute responsabilité en cas de contamination des élèves et des étudiants», regrette-t-il.

Les parents d’élèves désireux de voir leurs enfants retrouver les bancs de l'école le 7 septembre prochain doivent en effet remplir un formulaire et le déposer auprès des établissements scolaires dès le 1er septembre.

Ali Fannach, vice-président de la Fédération nationale des associations des parents d'élèves au Maroc (FNAPEM), déplore lui aussi la non-association des familles à la prise de décision par le ministère des représentants.

«La FNAPEM rejette catégoriquement cette formule qui met les parents devant un dilemme qui n’a pas lieu d’être. Nous appelons au report de la rentrée, au moins le temps que la pandémie se calme dans le pays et que les conditions adéquates de reprise des cours en présentiel soient réunies.»

Le report tant souhaité par la fédération et de nombreux parents d’élèves ne semble plus être une option. Le ministre marocain de l'Éducation nationale décrit lui-même cette possibilité comme étant pire que la pandémie elle-même. «C’est clair, la pandémie s’aggrave dans le pays, le nombre de contaminations monte en flèche ces dernières semaines et pourtant il n’y a ni action concrète de sensibilisation pour les élèves, ni mesures pour les protéger. Les parents craignent fortement que les écoles ne se transforment en foyer de contamination», répètent plusieurs militants associatifs.

Un autre problème se pose avec acuité, celui du report de l’examen régional du baccalauréat. Initialement programmée les 4 et 5 septembre, cette épreuve a été ajournée sine die. «Il faut déterminer une date, laisser les élèves dans l’expectative est une grave torture morale», se plaignent de nombreux élèves concernés.

Interrogé par Sputnik, Aziz Laaouissi, enseignant et chercheur en pédagogie, résume cette situation kafkaïenne en s’arrêtant sur le gap qui sépare les enseignements privé et public au Maroc. «Les établissements privés et les missions vont adopter majoritairement l’option des cours présentiels puisque leurs infrastructures et les moyens dont ils disposent leur permettent de respecter les mesures préventives (réduction du nombre d’élèves dans les salles de classe, respect de la distanciation, masques, désinfection...). Mais les établissements publics, eux, ne vont pas pouvoir suivre», alerte-t-il. Et l’expert de poursuivre:

«Les autorités ont encore une fois cédé face aux pressions du lobby des écoles privées et ont renvoyé la balle aux parents. Cette façon de faire n’est pas durable.»

Il en conclut que la rentrée scolaire dans le pays s’annonce pour le moins confuse. 

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