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Le poète du Hirak Mohamed Tadjadit a été arrêté et placé en détention provisoire. Il est sous le coup de dix chefs d’inculpation, dont «atteinte à la sécurité et à l’intégrité du territoire national». Incarcéré en compagnie de son ami Noureddine Khimoud, Tadjadit a entamé une grève de la faim à la prison d’El Harrach.

C’est une icône du Hirak, le mouvement citoyen algérien, qui se retrouve une nouvelle fois derrière les barreaux. Mohamed Tadjadit, 26 ans, a été arrêté dimanche 23 août à Aïn Taya dans la banlieue est d’Alger.

Il a été interpellé en même temps que son ami Noureddine Khimoud, dit Nadjib Milano. Tous deux ont été placés en détention préventive et poursuivis pour dix chefs d’inculpation: publications ayant pour but de porter atteinte à l’unité nationale, incitation à attroupement non armé, mise en danger de la vie d’autrui à travers l’incitation à attroupement en période de confinement, atteinte au Président de la République, outrage à corps constitué, atteinte à la sécurité et à l’intégrité du territoire national, diffusion de fausses informations ayant pour but de troubler l’ordre public, discours de haine incitant à la violence et discours de haine via Internet.

Me Meriem Kacimi, leur avocate, indique à Sputnik que l’appareil judiciaire a été actionné après un rassemblement organisé le vendredi 21 août.

«Mohamed Tadjadit avait participé à ce rassemblement qui s’est tenu à la Casbah [quartier populaire d’Alger]. Il l’avait diffusé en live sur son compte Facebook. Pour sa part, Nourredine Khimoud a été arrêté car il apparaît dans une autre vidéo. Nous avons introduit une demande de remise en liberté et de placement sous contrôle judiciaire auprès de la chambre d’accusation. Il est évident que ce sont ses positions politiques et ses écrits qui ont conduit Mohamed Tadjadit en prison», note l’avocate.

Selon Me Meriem Kacimi, «il faut attendre la phase d’instruction qui devrait durer quatre mois pour savoir ce qui est reproché avec précision à Mohamed Tadjadit et à son ami».

Grève de la faim

Les deux jeunes hirakistes ont entamé une grève de la faim vendredi 28 août pour dénoncer leur incarcération. Me Zoubida Assoul, membre actif du collectif de défense des détenus d’opinion, a eu l’occasion de leur rendre visite à la prison d’El Harrach. «Ils sont déterminés à dénoncer la situation arbitraire qu’ils subissent», dit-elle à Sputnik.

«Pour l’heure, Tadjadit et Khimoud m’ont semblé être en bonne santé. Mais ils m’ont assuré être fermement résolus à poursuivre cette grève de la faim jusqu’à obtenir gain de cause. Ils ne boivent que de l’eau. J’ai essayé de leur expliquer que la grève de la faim répondait à des règles et qu’il était important de préserver leur santé. Il est vrai que leur cas ne nécessite pas d’engager de phase d’instruction et donc de les placer en détention préventive puisque les faits ont été rendus publics et assumés par leurs auteurs», assure Zoubida Assoul.

«Acharnement»  

Pour Moumène Khelil, le secrétaire général de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) ,«Mohamed Tadjadit subit un véritable acharnement puisqu’il avait déjà été emprisonné pour son engagement dans le Hirak».

«Le poète dérange car il est issu de la Casbah, quartier mythique d’Ali La Pointe, célèbre révolutionnaire et héros de la bataille d’Alger. Son engagement par la poésie populaire, sans filtre et sans concession, fait de lui un nouvel acteur de la rupture, loin des codes du système, donc loin du compromis et de la compromission. Il est le porte-voix d’une nouvelle génération, il est donc considéré comme dangereux», explique Moumène Khelil à Sputnik.

Pour sa part, Adel Sayad, journaliste et écrivain, n’hésite pas à comparer Mohamed Tadjadit au poète tunisien Mohamed Sghaïer Ouled Ahmed (1955-2016) qui s’est opposé par ses écrits aux Présidents tunisiens Habib Bourguiba et Zine el Abidine Ben Ali et qui a fait partie de l’élite de la révolution de Jasmin.

«La place d’un poète n’est pas en prison, il n’a pas à être poursuivi pour sa poésie. C’est inacceptable en 2020. Ce qui a poussé le pouvoir à le mettre en prison, c’est qu’il est devenu une icône du Hirak. Le pouvoir veut faire taire tous les leaders d’opinion qui marquent de leur empreinte ce mouvement par leurs actions ou leur travail, à l’instar du journaliste Khaled Drareni. L’emprisonnement de poètes, de journalistes et de citoyens libres est une preuve d’une nette régression de la conscience du personnel politique du régime actuel», déclare le journaliste.

Solidarité internationale

Un mouvement de solidarité en faveur du poète du Hirak semble prendre forme à l’international. La section française du Pen Club International, une association d’écrivains fondée en 1921, a lancé un appel pour attirer l’attention sur le cas de Mohamed Tadjadit. 

De son côté, le slameur  français BR La Plume a écrit un poème pour lui rendre hommage.

Mohamed Tadjadit n’est pas une exception, plusieurs dizaines de citoyens algériens sont actuellement en prison pour leur engagement dans le Hirak, des publications sur Facebook ou encore pour avoir exercé leur métier de journaliste, à l’instar de Khaled Drareni.

Interpellé dans une récente interview sur la chaîne France 24 au sujet de ces nombreuses arrestations parmi les figures du Hirak, le Président algérien Abdelmadjid Tebboune a toutefois présenté l’Algérie comme un pays où règne un état de liberté d’expression inédit en Afrique et dans le monde arabe. Il a précisé que «la justice a sévi avec certains qui sont actuellement en détention, ou même ceux qui ont été libérés, pour insultes, incitation aux attroupements et incitation à la mutinerie (…), ce qui est complètement interdit».

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Hirak, prison, poète, Algérie
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