Maghreb
URL courte
Par
8239
S'abonner

Pour la cinquième année consécutive, les autorités algériennes ont coupé l’accès à Internet dans tout le pays afin d’empêcher les candidats au baccalauréat de tricher. Une mesure qui a fortement perturbé plusieurs secteurs d’activité. Des Algériens envisagent de déposer plainte contre Algérie Télécom, l’opérateur Internet public.

Le gouvernement a décidé de reconduire une des décisions les plus impopulaires initiées sous l’ère Bouteflika: la coupure d’Internet durant la semaine du baccalauréat. L’objectif est d’empêcher les 637.000 candidats de tricher durant cet examen qui se tient exceptionnellement au mois de septembre à cause de la pandémie de coronavirus.

L’idée de bloquer Internet est apparue consécutivement à la fraude massive qui avait caractérisé la session de 2014. Des élèves avaient utilisé leurs smartphones pour obtenir les solutions de sujets qui étaient diffusées sur les réseaux sociaux, d’autres s’étaient servis d’oreillettes miniatures pour recevoir les réponses d’un complice.

En 2015, les autorités ont tranché et Internet a été coupé durant la semaine du baccalauréat. Une mesure simple et radicale. Interrogé par Sputnik, l’économiste Souheil Guessoum estime que le gouvernement aurait dû, au contraire, utiliser les nouvelles technologies de l’information pour protéger cet examen de toute tentative de fraude «au lieu de priver toute une nation d’un outil socioéconomique ô combien nécessaire pour le développement durable».

«Les sujets peuvent être uploadés sur des serveurs 100% sécurisés. Pour cela, il est possible de recourir à la blockchain, un concept moderne sécurisant totalement toute plateforme de données. Ils peuvent ensuite être imprimés directement à distance sur des imprimantes sous IP 5 à 10 minutes avant le début des épreuves. De plus, il est possible d’utiliser des brouilleurs de réseau au sein des centres d’examens tout en interdisant l’entrée de tout téléphone. Une telle procédure protégerait totalement les examens», propose Souhil Guessoum. 

Déstabilisation

Souheil Guessoum relève que les répercussions de cette coupure sur les entreprises, déjà fortement déstabilisées par le Covid-19, peuvent les mettre en grandes difficultés. 

Ainsi, une société classique «qui emploie Internet uniquement pour des échanges par mail perdra en productivité à cause d’une communication nettement diminuée». «Mais d’autres utilisent Internet comme outil principal à leurs activités. À l’instar de celles qui gèrent une plateforme en ligne d’e-commerce, de téléphonie IP comme les centres d’appels ou encore qui ont une activité basée sur des fondements Cloud», note-t-il.

Les répercussions sur le télétravail, concept qui s’est imposé durant la pandémie, sont également très importantes puisque les plateformes de vidéoconférence ont cessé de fonctionner.

«Imaginez la baisse de productivité, voire l’arrêt total, de certaines entreprises pendant tous les jours d’examens (BEM et baccalauréat), soit huit jours pleins. Imaginez le coût d’opportunité relatif à cette baisse de productivité. Il y a un impact certain sur la création de richesses au niveau national», explique Souhil Guessoum. 

En 2019, l’ONG Internet sans frontières avait estimé que les coupures de connexion durant les cinq jours du baccalauréat avaient causé à l’Algérie une perte financière estimée à 250 millions de dollars, soit plus de 30 milliards de dinars.

Incohérence

Souhil Guessoum fait remarquer que le gouvernement «transmet un message  d’irrationalité et d’incohérence» en coupant Internet alors «qu’il ne cesse de marteler l’importance des nouvelles technologies, de la numérisation et des start-up».

«Une start-up en démarrage, fragile financièrement, pourrait subir des conséquences dramatiques dues à l’absence de connexion même pendant quelques jours seulement. Une start-up basée sur des technologies nouvelles a un besoin accru de travail continu sans aucune interruption et surtout sans incertitudes. Le blocage Internet ne peut qu’avoir des répercussions négatives», regrette l’économiste.

Ces coupures d’Internet ont également eu des conséquences fâcheuses pour les projets de nombreux Algériens, à l’instar de la jeune lycéenne Ibtihal Bezzah, championne internationale de calcul mental, qui n’a pu participer à un championnat en ligne de Soroban (boulier japonais).

Certains ne veulent pas rester inactifs face à cette nouvelle période de jeûne numérique imposée par le gouvernement. Me Abdallah Heboul, un avocat engagé dans la défense des détenus d’opinion, a lancé l’idée d’une plainte contre l’État, principal fournisseur d’Internet. Selon l’avocat, cette coupure est une «infraction aux articles 4 et 7 de la loi fixant les règles générales relatives à la poste et aux communications électroniques». En effet, l’article 4 de cette loi dispose: «Dans le cadre des prérogatives attachées à ses missions, l'État veille notamment à la continuité et à la régularité des services offerts au public.»

Lire aussi:

Le ministre marocain de la Santé explique que l’hydroxychloroquine est la cible de l’industrie pharmaceutique - exclusif
Diego Maradona est décédé à l'âge de 60 ans
Frappes israéliennes en Syrie: «un comportement d’État voyou»
Tags:
fraude, coupure Internet, Baccalauréat, Internet, Algérie
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook