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«Ce qui se passe en termes de fourniture en armes, les démonstrations militaires […] dans les rues sunnites et chrétiennes et ce qui se déroule actuellement dans le gouvernorat de Baalbek-Hermel signifient tout simplement l'effondrement de l'État» libanais, a déclaré Saad Hariri à M TV, mettant en garde contre le risque «d’une guerre civile».

La polémique autour de l’échec de l’initiative d’Emmanuel Macron pour résoudre la crise politique au Liban continue d’enfler entre les différents acteurs qui se rejettent la responsabilité. Ainsi, lors d’un entretien accordé jeudi 8 octobre à la chaîne M TV, l’ex-Premier ministre Saad Hariri a affirmé que la feuille de route proposée par le chef de l’État français était le seul moyen «d’éviter un effondrement généralisé» du pays. Il a dans le même sens tiré la sonnette d’alarme contre «un risque imminent» de déclenchement d’une «guerre civile» au Liban.

«Si nous travaillons selon l'initiative française, nous pouvons sortir de la crise et reconstruire Beyrouth [après l’explosion de son port début août qui l’a dévastée, ndlr]», a-t-il déclaré, accusant les deux mouvements chiites Hezbollah et Amal «d’avoir bloqué la proposition française qui aurait mis fin à la crise».

Dans le même sens, l’ex-Premier ministre a révélé qu’«Emmanuel Macron avait suggéré à tous les mouvements politiques libanais de mettre de côté leurs différents idéologiques juste pour une durée de six mois, afin d’arrêter l’effondrement du pays» et donner à son initiative toutes ses chances de réussite.

Vue la gravité de la situation, «la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le Hezbollah, le mouvement Amal et le reste des partis politiques qui siègent au Parlement sont toujours d’accord pour mettre en œuvre l’initiative française», s’est-il demandé.

«L'effondrement de l'État»

La situation de blocage politique conjuguée sur le terrain à des démonstrations de force y compris militaires entre différentes factions fait craindre le pire à Saad Hariri qui fait un parallèle avec ce qui s’est passé en 1974 au Liban.

«J'ai peur qu'une guerre civile éclate au Liban», a-t-il lancé. «Ce qui se passe en termes de fourniture en armes, les démonstrations militaires que nous voyons dans les rues sunnites et chrétiennes et ce qui se déroule actuellement dans le gouvernorat de Baalbek-Hermel signifient tout simplement l'effondrement de l'État», a-t-il expliqué. «Si cela veut dire que chaque faction a décidé de prendre les armes, je me retirerais alors de la vie politique», a-t-il averti.

Enfin, l’ex-Premier ministre a attiré l’attention de toute la classe politique sur le fait qu’«après le blocage de l'initiative française, le Liban est actuellement exposé à divers dangers sécuritaires et à l'effondrement économique».

«Aucune constitution dans le monde ne peut réussir dans un contexte où les partis politiques imposent leurs vues avec les armes qu'ils possèdent [en référence aux capacités militaires du Hezbollah, ndlr], ce que les Libanais rejettent», a-t-il conclu.

Le Hezbollah réagit

Lors d’un discours télévisé diffusé par la chaîne Al-Manar proche du Hezbollah, le chef du parti Hassan Nasrallah a réfuté les accusations du Président Macron qui l’avait tenu pour responsable, avec le mouvement Amal dirigé par Nabih Berri, de l’échec de son initiative pour la formation d’un nouveau gouvernement sous la présidence de Moustapha Adib.

«Si vous voulez trouver qui en dehors du Liban a fait capoter votre initiative, cherchez du côté des Américains et du roi Salmane d’Arabie saoudite, notamment son dernier discours», a-t-il déclaré. «Nous n’acceptons pas que vous nous accusiez d’avoir commis une trahison, et nous rejetons et condamnons ce comportement arrogant», a-t-il ajouté.

Par ailleurs Hassan Nasrallah a fait savoir que «nous avons salué la visite de Macron et son initiative, mais nous ne l'avons pas accueilli en tant que procureur, enquêteur, juge, émetteur de jugements et dirigeant paternaliste du Liban».

«Il n'y a pas de mandat, ni pour le Président français ni pour quiconque d'autre pour être le gardien ou le dirigeant du Liban», a-t-il conclu.

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