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Partenaire régional de l’Iran, mais en bons termes avec l’Occident, le Qatar se pose en médiateur entre Washington et Téhéran pour débloquer le dossier du nucléaire iranien. Le petit émirat aurait-il les yeux plus gros que le ventre? Quentin de Pimodan, analyste au Research Institute for European and American Studies (RIEAS), livre son analyse.

Doha prend l’initiative diplomatique. Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, ministre qatari des Affaires étrangères, s’est rendu à Téhéran ce lundi 15 janvier pour rencontrer son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif.

Les deux ministres ont rappelé leur volonté commune d’œuvrer à la pacification de la région, à relancer le dialogue dans le Golfe et à trouver une sortie de crise sur l’épineux dossier du nucléaire iranien. En effet, le retour des signataires de l’accord de Vienne –crispés sur leurs positions– autour de la table des négociations s’annonce problématique.

Facilitateur de négociations

Téhéran a annoncé qu’il mettrait fin aux inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en Iran le 21 février prochain si les autres parties prenantes du Plan d’action global commun (PAGC) signé en 2015 ne respectaient pas leurs obligations.

Le petit émirat du Qatar saura-t-il devenir un gros médiateur dans le dossier du nucléaire iranien? «L’État du Qatar travaille à la désescalade via un processus politique et diplomatique pour revenir à l’accord sur le nucléaire», déclarait il y a une semaine le ministre qatari des Affaires étrangères.

«Les deux pays entretiennent des liens privilégiés. Ils sont d’ordre économique pour le partage d’un champ gazier. Ils se doivent de coopérer et de travailler ensemble. C’est un lien purement pragmatique. Mais il y a également le volet sécuritaire, les deux pays doivent s’assurer de la sécurité et de la sureté du trafic maritime dans la zone.»

Quentin de Pimodan, analyste au Research Institute for European and American Studies (RIEAS), rappelle ainsi au micro de Sputnik les liens entre l’Iran et le Qatar. Ils partagent en effet un important gisement offshore de gaz naturel. Appelé South Pars du côté iranien et North Dome du côté qatari, ce gisement est une «manne financière» pour Téhéran comme pour Doha précise l’analyste, qui est aussi l’auteur de The Khaleeji Voice: Artisans of the Arabian Street (Éd. Union press).

Malgré les tensions dans le Golfe arabo-persique entre l’Arabie saoudite et l’Iran, le Qatar a toujours maintenu des relations avec Téhéran. Lors du blocus imposé à Doha par Riyad et Abou Dhabi entre juin 2017 et janvier 2021, l’émirat avait même renforcé ses liens avec son voisin iranien.

«Ce n’est pas forcément un médiateur, mais plus un facilitateur de négociations. Le Qatar doit apaiser les deux parties pour le bien commun. Doha est opportuniste, il joue la carte du pays du Golfe raisonné, moderne et ouvert au dialogue», analyse Quentin de Pimodan.

Le Qatar avait été soumis à un blocus par ses voisins pendant le mandat de Trump, qui avait préféré renforcer les relations avec Riyad. L’arrivée de Joe Biden coïncide donc sans surprise avec le retour de la diplomatie active du Qatar. En effet, le nouveau Président américain se fait plus critique à l’égard de l’Arabie saoudite et du prince héritier Mohammed Ben Salman envisageant de «recalibrer» la relation avec Riyad. «C’est donc une opportunité que le Qatar est en train de saisir parfaitement», explique notre interlocuteur. Il précise que Doha tente d’éclipser le Sultanat d’Oman dans son rôle de médiateur historique dans les conflits régionaux, entre Palestiniens et Israéliens, entre Iraniens et Saoudiens.

L’Iran impassible

La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères qatari s’est également entretenu avec Robert Malley, représentant américain pour les affaires iraniennes, et le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan. Il était surtout question de «réduire l’escalade» des tensions dans la région. À l’issue de ces pourparlers, le cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani affirmait que le Qatar était bien placé pour favoriser la médiation entre Washington et Téhéran au regard de ses liens stratégiques avec les deux pays. «Chacun veut faire croire qu’il va faire plier l’autre», fait pourtant remarquer Quentin de Pimodan, soulignant l’intransigeance des parties.

Après la tentative de médiation de Macron, qui a reçu une sèche fin de non-recevoir, le Qatar semblait être un interlocuteur plus judicieux. Pourtant, si les interlocuteurs changent, le ton semble rester le même pour Téhéran. Les dirigeants iraniens ne manquent pas d’afficher leur fermeté concernant le dossier de leur nucléaire militaire: pas de retour dans l’accord sans la levée totale des sanctions américaines.

«L’Iran a tout intérêt à rester sur sa position. Trump étant parti, le risque a énormément diminué pour eux. L’Administration Biden, avec notamment de Robert Malley, est quelqu’un d’ouvert avec l’Iran», estime l’analyste.

Et d’ajouter que les agendas politiques des États-Unis et de l’Iran poussent finalement les deux parties à revenir dans l’accord. «si les conservateurs arrivent au pouvoir en juin [en Iran, ndlr], il est fort à parier que les négociations échoueront», prévient Quentin de Pimodan. En attendant, les efforts du Qatar n’ont pour l’instant produit que des déclarations de principe.

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Tags:
nucléaire, Iran, Qatar
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